Allumé par un propos maladroit, le 5 juin 2026 à la mairie, l’incendie s’est propagé dans les chaumières, alimenté par les braises encore chaudes des élections municipales. L’ambiance reste électrique. La justice est saisie. Mais l’âme du village est brisée.

Adossé aux derniers contreforts des Cévennes, à l’ombre du mont Baudille et des ruines du vieux Castellas, le village de Montpeyroux (Mont Pierreux) dans l’Hérault, s’étire entre ses écarts de Saint-Etienne, de la Meillade et du Barry autour du coeur de village, l’Adysse. Ancien carrefour de voies de communication (chemins sauniers et pèlerinages) le village médiéval de 1500 âmes est réputé pour la qualité de son vignoble, la beauté de ses paysages, ses sentiers de randonnée, ses oliviers, ses gîtes et chambres d’hôtes confortables et sa douceur de vivre. Ce cadre idyllique attire les touristes mais aussi les néoruraux qui fuient les tracas de la ville.
Comment imaginer que ce décor paradisiaque soit devenu, en quelques jours, le théâtre d’une affaire de cornecul ? Stupide, l’histoire va plonger Montpeyroux dans les affres de Clochemerle, opposant les habitants les uns aux autres comme au pire temps des guerres de religion.
« C’est comme les femmes… »
Tout commence le 5 juin 2026, en mairie de Montpeyroux. Ce jour-là, les quinze élus votent pour désigner ceux d’entre eux qui vont élire les sénateurs. Le vote se fait à bulletin secret. L’assemblée issue des urnes de mars 2026, est composée de onze élus de la majorité, sous l’autorité de la maire, Pauline Curtan (liste Unis pour Montpeyroux), deux élus de la liste d’opposition (Montpeyroux Ensemble pour Demain) et deux élus d’une autre liste d’opposition (Montpeyroux Debout).
Comme le veut le règlement, les scrutateurs sont obligatoirement les deux élus les plus anciens (Blanche Auener et Eric Durand) et l’élue la plus jeune (Clémentine Raymond-Martinez). Tous trois, autour de l’urne, surveillent la régularité des opérations. Le scrutin est rapidement clos. En retournant l’urne, le couvercle qui permet de la refermer, est récalcitrant. Pour le débloquer, Eric Durand tapote sur la fente en glissant à sa voisine : « Tu as vu, c’est comme les femmes, de temps en temps, faut taper dessus ».

Deux élus de la liste d’opposition Montpeyroux Debout, Xavier Borski et Anaïs Leboeuf, crient au scandale. Ils demandent que ‘’ces propos sexistes’’ soient aussitôt inscrits sur le PV. Pauline Curtan, la maire, précise alors qu’elle n’a pas entendu et que c’était un aparté. Comme personne d’autre n’avait entendu les propos incriminés, les deux élus d’opposition demandent à l’auteur du blasphème de bien vouloir répéter son forfait. « Moi, j’assume, explique Eric Durand. J’ai répété ce que j’avais dit à voix basse. » Il ajoute : « Je sais, c’est une connerie, un mot malheureux, je n’ai rien contre les femmes. La preuve, je suis élu sur une liste tirée par une femme ! »
La manif du 9 juillet…
La suite se passe sur les réseaux sociaux. La canicule aidant, les esprits s’échauffent. Dans les rues du village, on se toise. Parfois, on s‘invective. Des élus d’opposition s’offusquent que des jeunes arborent le drapeau tricolore à la salle polyvalente où ils viennent suivre un match de la Coupe du Monde de foot… Bref, l’ambiance est délétère.
Deux camps s’affrontent en vue du conseil municipal du 9 juillet 2026, le dernier avant les vacances. D’un côté, les soutiens d’Eric Durand, ses copains chasseurs et ses amis de toujours au village. De l’autre, un collectif féministe d’une cinquantaine de personnes. Les deux cortèges se retrouvent devant la mairie, vers 18 heures. Les féministes entonnent l’hymne du MLF :
« Debout femmes esclaves/
Et brisons nos entraves/
Debout, debout, debout… »
Les autres répondent par la Marseillaise. L’air est irrespirable.
Alors que la maire ouvre la séance, une énergumène tente de forcer l’entrée dans la salle du conseil. Elle en est empêchée. Il faudra six gendarmes pour ramener le calme. Et permettre aux élus de travailler.
Pauline Curlan fait le point devant son conseil municipal. « Eric Durand s’est excusé auprès de ses colistiers, dit-elle en précisant que « la municipalité dénonce toute forme de violence envers les femmes, les enfants et les hommes. » Elle regrette qu’une « mauvaise blague » fasse l’objet d’une telle polémique. Elle ajoute encore ces paroles empreintes de bons sens et de bienveillance rapportées par Midi Libre : « Eric, je te pardonne pour ta blague de mauvais goût. Anaïs et Xavier, je vous pardonne pour l’animosité créée lors du dernier conseil ».
Une plainte
Fini ? Pas encore. Alertée par les féministes, la jeune Ligue de défense des valeurs républicaines (LDVR) a cru utile de déposer une plainte au parquet de Montpellier, le 13 juillet 2026. La Ligue refuse que soient banalisées les violences faites aux femmes. Sur quel fondement juridique ? Diffamation ? Injure publique ? Propos sexiste ?
Eric Durand s’étrangle : « Je n’ai jamais fait de mal aux femmes ni eu l’intention de leur faire du mal. J’ai dit une connerie, ils en font tout un pataquès. »
Cette triste affaire montre en effet qu’une simple couillonnade montée en épingle par des agitateurs professionnels, peut prendre des proportions insensées. Un mot malheureux, reconnu comme tel par son auteur, vaut-il vraiment ces torrents de haine et de fiel déversés dans le village au point de détruire son âme ?
Le procureur le dira. Et l’Histoire jugera.
Précisions: Nous avons tenté de joindre la maire de Montpeyroux, Pauline Curtan, les conseillers Anaïs Leboeuf et Xavier Borski. Nous avons laissé un mail à leur intention en mairie qui leur transmettra. Il va de soi que nous publierons avec plaisir leur réaction dès qu’ils le souhaiteront.
