Présenté le 17 juin 2026 par le ministère de la Transition écologique, le plan « Endurance » devait préparer la France à des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes. La copie multiplie les bonnes intentions et les dispositifs déjà connus. Mais un mot, longtemps évité, y trouve enfin sa place : refroidissement.


Trois piliers pour beaucoup de pédagogie
Le document, sobrement titré « Renforcer notre endurance face aux vagues de chaleur », se veut la déclinaison opérationnelle du troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC 3), publié début 2025. L’État y assume désormais une trajectoire de référence d’adaptation à un réchauffement de 2,7 °C en 2050 et 4 °C en 2100 par rapport à l’ère préindustrielle — un chiffre qui, à lui seul, en dit long sur l’ampleur de ce qui nous attend. Le plan s’organise autour de trois piliers : rafraîchir les villes, limiter la surchauffe des bâtiments, et — enfin — les refroidir « en privilégiant les solutions les plus performantes ».
Premier pilier : replanter ce qu’on avait coupé
Le premier axe consiste à rafraîchir la ville en réintroduisant de la végétation. Le dossier rappelle qu’un arbre isolé permet de gagner 2 à 3 °C, et que plusieurs arbres matures dans une cour d’école peuvent faire baisser la température moyenne de 4 °C. Le Fonds vert a ainsi financé, ces deux dernières années, 1 100 hectares de renaturation — cours d’école, forêts urbaines, réouverture de cours d’eau — pour 223 millions d’euros, avec l’objectif de doubler ce rythme. Une mesure de bon sens, mais qui revient surtout à reconstituer, à grands frais, un patrimoine arboré que des décennies de bétonisation et d’abattages avaient fait disparaître.
Deuxième pilier : volets fermés et « brasseurs d’air »
Le deuxième pilier, consacré aux bâtiments, mise sur des solutions dites « passives » : protections solaires, volets, casquettes architecturales, ventilation nocturne et, terme officiel, « brasseurs d’air » — autrement dit des ventilateurs. Ces équipements sont éligibles à MaPrimeRénov’ et bénéficient d’une TVA réduite à 5,5 % depuis janvier 2025. Le programme ÉduRénov, qui revendique avoir déjà accompagné plus de 7 300 écoles, doit désormais intégrer un volet « confort d’été ». Des mesures qui réduiraient l’inconfort thermique de 30 à 50 %, selon le plan lui-même — utile, donc, mais qui ne répond pas à la question du refroidissement actif des locaux lors des pics les plus extrêmes.
La timide avancée : le mot qu’on n’osait plus prononcer
C’est dans le troisième pilier que se loge la véritable nouveauté du document. L’État affirme désormais soutenir des solutions de refroidissement des bâtiments, tout en se disant vigilant aux externalités négatives qu’elles peuvent générer : restitution de chaleur dans l’environnement, émissions de gaz à effet de serre puissants, ou facture énergétique alourdie pour les ménages. Trois leviers sont mis en avant : les réseaux de froid urbains, dont le rendement énergétique serait jusqu’à trois fois supérieur à une installation autonome et dont l’État veut doubler la capacité d’ici 2030 puis la tripler d’ici 2035 ; les pompes à chaleur air-eau ou géothermiques réversibles ; et les pompes à chaleur air-air réversibles, qui bénéficieront d’une TVA à 5,5 % d’ici septembre 2026. Le plan reconnaît d’ailleurs que ces dernières sont, dans les faits, déjà majoritairement installées pour leur fonction de climatisation plutôt que de chauffage — un aveu implicite que la climatisation s’impose, qu’on le formule ainsi ou non.
Le paradoxe que le plan n’explore pas
Le document reste en revanche silencieux sur un argument que ses partisans mettent régulièrement en avant. La France connaît, depuis 2025, un phénomène croissant d’écrêtement de sa production solaire : selon RTE, ces écrêtements ont triplé au premier semestre 2025, atteignant certains après-midis près de 10 % de la production photovoltaïque théorique. Ce phénomène reste aujourd’hui concentré sur les mois de printemps, lorsque l’ensoleillement est fort mais la demande modérée. Il pourrait néanmoins constituer, l’été, une ressource pour alimenter le rafraîchissement actif des bâtiments accueillant du public en journée — écoles en tête — sans peser sur la pointe de consommation du soir. Le plan « Endurance » n’évoque pas cette piste de couplage entre production solaire diurne et climatisation des bâtiments collectifs.
Climatiser pour s’adapter, comme ailleurs
Le plan le concède du bout des lèvres : les solutions passives « peuvent suffire » mais le recours à des équipements actifs « s’avère utile et nécessaire » dans certaines situations, en particulier pour les publics fragiles. C’est, d’une certaine manière, la voie déjà prise par l’Inde ou la Chine, où l’équipement des bâtiments en climatisation a connu une croissance rapide à mesure que les vagues de chaleur se multiplient. Pour le bâti déjà construit, des solutions alternatives comme les puits canadiens existent, mais restent difficiles, voire impossibles, à mettre en œuvre sans travaux lourds.
Petits pas
Reste que le plan « Endurance » avance avec prudence sur ce terrain, multipliant les mises en garde sur les externalités du froid actif plutôt que d’assumer pleinement un objectif de climatisation des écoles et des bâtiments recevant du public en journée. Entre les arbres qu’on replante et les ventilateurs qu’on installe, la marche vers un rafraîchissement actif généralisé est amorcée, certes, mais à petits pas, alors que les prochaines canicules, elles, n’attendront pas.
Sources : ministère de la Transition écologique et ministère du Logement, dossier de presse « Renforcer notre endurance face aux vagues de chaleur », 17 juin 2026 ; RTE, bilans électriques 2025.