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Lettre d’août 25 : Gaïa dénonce le mensonge permanent !

Nous publions chaque mois, sous la plume de Gilles Voydeville, l’excellente correspondance entre deux planètes, Gaïa, notre Terre et Aurore Kepler 452 b dans la constellation du Cygne. Aujourd’hui, Gaïa s’inquiète de l’évolution de la société, de l’irresponsabilité des citoyens, de leurs mensonges… et des dérives du monde politique.

Dr Gilles Voydeville
Dr Gilles Voydeville (DR)

Par Gilles Voydeville

Lettre de fin août 2025 sur Gaïa

Mois des terres brûlées sur Kepler

Ma chère Aurore,

J’ai été si heureuse de te lire après cette longue absence. Ce silence sépulcral assourdissait mes perceptions et affadissait mon existence. J’étais comme une veuve qui a perdu non seulement son compagnon, mais aussi la raison de perdurer. Je me morfondais de ne pouvoir partager mes joies et mes amertumes, surtout ces dernières si j’y pense. Car cela soulage de confier à l’autre ses souffrances, tout en sachant se modérer dans cet épanchement qui ne doit pas lasser le ou la confidente.

Irresponsabilité

J’ai la réelle sensation que mon nouveau siècle terrien est devenu celui de l’irresponsabilité. Bien sûr, ce siècle ne l’a pas inventée, mais vraiment redécouverte comme une maîtresse à penser. Cela touche une partie des plus jeunes Charmants et les plus ambitieux des anciens.

Aujourd’hui, ils ne sont plus responsables de ce qu’ils ont dit : c’est leur bouche qui a prononcé les mots. Ils ne sont plus les ordonnateurs des gestes qu’ils ont effectués : c’est leurs bras qui les ont faits. La responsabilité, ils ne la reconnaissent plus. Ils ne se sentent pas engagés par leurs actes parce que la preuve qu’on pourrait leur donner de leur responsabilité est le fruit d’un complot fomenté par une parenté tyrannique ou les supposées élites.

Je me demande, ma chère Aurore, si cela ne vient pas du fait qu’ils ne sont plus les auteurs de leurs jugements, ceux-ci étant modelés, dictés par les media. La cause de l’irresponsabilité serait, selon ma dernière analyse, due à l’influence immense de l’environnement informatique sur la décision individuelle. Jamais coupables, jamais parjures, jamais punissables, c’est bien le medium qui les hypnotise le responsable. Ces Charmants ressemblent de plus en plus à des soliveaux dévalant des torrents et rebondissant de rochers en rochers… après le déluge viendra bien la plaine. Ces branchés n’ont plus d’avis, ils demandent à l’IA…

Les dieux commandaient les croyants, les media commandent les incroyants. « Dieu seul le sait » est remplacé par « Regarde sur ton tel ». Certains philosophes considéraient Dieu comme une intelligence collective. On peut dire qu’Internet l’a supplanté.

Dans Le Gai Savoir, il y a cent cinquante ans, Nietzsche a osé l’apophtegme selon lequel Dieu était mort. Mais il était seulement mourant ! Aujourd’hui, son règne qui – en dépit des malversations d’une partie du clergé – prônait la justice, l’équité, la vérité, la charité, est bel et bien terminé.

L’Internet, conglomérat de pensées et d’algorithmes, l’a remplacé.

Mensonge sans déshonneur

Et que dire de l’emploi itératif du mensonge politique ? D’où lui vient cette aisance à s’installer dans tous discours, à reléguer les vérités au rang de gadget, à entraîner les foules sur des programmes illusoires ? Pour éviter la bagarre permanente, mes charmantes sociétés humaines ont toujours toléré sinon prôné une certaine dose de mensonges entre les individus. Ils permettaient un consensus social en faisant supporter des inégalités niées ou arrangées. Ce mensonge n’a d’ailleurs jamais été classé dans la catégorie des péchés capitaux, car généralisé — il l’est déjà — il n’aboutit pas à l’extinction de la race humaine. Mais est-ce l’exemple récent des dirigeants mentant effrontément — ou déclarant le lendemain l’exact contraire du jour précédent — toujours est-il que les mensonges débités par le pouvoir – ils ont acquis une nationalité américaine et s’appellent désormais Fake News – sont en pleine croissance.

Avant, on n’osait pas…

Avant, l’honneur de l’individu Charmant reposait sur la cohérence, la vérité, l’intégrité du déclarant. L’honneur aurait-il disparu des valeurs dans certaines sociétés occidentales ? C’était déjà le cas dans le monde des affaires où les manigances, les escroqueries, les cachoteries permettent de s’enrichir. Là, seul le résultat compte et distingue le plus riche qui à défaut d’honneur s’honore de bénéfices. Depuis que des agents immobiliers ont accédé au pouvoir, les pratiques semblent avoir gravement contaminé le monde politique. Il est désormais soumis au deal, au résultat dont le succès ne s’embarrasse pas des principes directeurs de l’ancien monde. Le respect de l’autre, la parole donnée, l’échange de bons procédés, la pratique de l’équité me semblent s’être effacés de l’horizon de trop de Charmants politiques, ceux que l’on nomme les populistes.
Pour ceux-là, la société de l’Honneur est morte, vive la société du Déshonneur !

La société de la Parole Donnée a vécu, que vive la société du Mensonge Permanent !

Il faut admettre que l’homme politique actuel a un gros handicap par rapport à ses prédécesseurs : il est soumis au partage instantané des informations et à la généralisation des instantanés photographiques. Donc chacun sait vite s’il ment ; et quand son mensonge est trop gros pour être nié, il change d’avis. Par avis de gros temps, au lieu de voguer sur les abîmes de la post-vérité, il fait demi-tour.

Faiblesse de la démocratie

Malheureusement, je sais bien, ma chère Aurore, que je dois tout cela à la faiblesse de la Démocratie. Le peuple n’a jamais été raisonnable, mais comme il restait pauvre, il avait fallu lui donner plus de pouvoir qu’aux tyrans qui accaparaient les richesses. La nécessité s’était faite jour de donner à chacun homme du peuple un pouvoir électif.
Pour moi, il est maintenant clair que cette Démocratie a atteint ses limites. En ce sens qu’elle exprime toujours la volonté d’un peuple d’obtenir plus que ce qu’il a déjà. Comment demander de la sagesse à la réunion des égoïsmes individuels ? Ce qui va dans mon sens, c’est qu’il apparaît dans un récent sondage que seulement 50% des jeunes habitants du pays de France sont attachés à la Démocratie. Je pourrais m’en réjouir en pensant qu’ils sont mûrs pour cette démocratie tempérée par deux collèges de sages, celle dont je t’ai déjà parlé, mais je ne suis pas certaine qu’ils ne reluquent pas du côté de l’exercice du pouvoir autoritaire de l’oncle Xi ou de l’Ours brun.

Aux États-Unis, le vrai problème du mensonge n’est pas qu’il ne mérite plus le déshonneur, mais ce qui est grave, c’est qu’il enlève du prestige à la fonction présidentielle. Car comme l’écrit Curtis Yarvin (monarchiste antidémocratique), Louis XIV possédait tous les attributs du vrai pouvoir, c’est-à-dire popularité, autorité et prestige. Le bison échevelé qui règne sur les grandes plaines de l’ouest américain plus que sur Manhattan, lui, est un populiste, autoritaire, mais il a zéro prestige. C’est peut-être l’une des caractéristiques de ces populistes qui naissent aux deux extrêmes de l’échiquier politique. En le pays de France, à gauche, le populiste, bien que lettré, a perdu son prestige en défendant l’agression de l’Ours brun et en refusant de qualifier le massacre du 7 octobre. À droite, l’héritière du parti de son père et, malheureusement pour elle, de ses petites phrases antisémites ne pourra jamais les faire oublier : zéro prestige familial.

L’homme politique idéal n’existe pas et bien que le pouvoir se doit d’être exercé par un seul être charmant pour être efficace, ce pouvoir doit être plus qu’éclairé par des lumières. Il doit être partagé – une voix chacun, soit trois voix — avec les deux lumineuses assemblées de sages constituant les deux collèges technique et sociétal que je me propose d’immiscer dans une vie politique d’invective et de désordre.

Vive la Démocratie Partagée.

Voici ma chère Aurore.

Je t’enlace des rubans de mes fleuves, je t’embrasse de la bouche de mes volcans, je t’enserre de la gorge de mes canions. Je t’aime.

Ta Gaïa

Trump-Poutine à Anchorage (Photo Maison-Blanche)
Trump-Poutine à Anchorage (Photo Maison-Blanche)
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