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La Covid-19 pour les nuls et les autres

Un an et demi après l’apparition de la Covid-19, la vaccination massive des populations se veut une réponse à la pandémie. De nombreux scientifiques s’opposent à cette stratégie vaccinale. Que sait-on vraiment des vaccins ? Sont-ils sans danger pour les adultes et pour les enfants ? Le point avec le Dr Jean-Marc Sabatier*.

Jean-Marc Sabatier
Jean-Marc Sabatier (DR)

Quatre vaccins sont autorisés en France : Pfizer-BioNTech, Moderna, AstraZeneca et Johnson § Johnson. Les deux premiers sont à ARN messager, les deux autres à adénovirus. De quoi s’agit-il précisément ?

Les vaccins ARNm sont constitués d’un ARN messager protégé au sein de gouttelettes de nanoparticules lipidiques. Ces ARN messagers codent pour la protéine S (dite Spike) modifiée du virus SRAS-CoV-2. Cette protéine S produite par la cellule va servir à stimuler le système immunitaire de l’hôte (la personne vaccinée), dans le but de lui apprendre à reconnaître et à neutraliser le virus en cas d’infection ultérieure au SRAS-CoV-2.
Quant aux vaccins à vecteur viral AstraZeneca et Johnson & Johnson, ils utilisent des virus modifiés (aussi appelés virus recombinants). Ces virus sont modifiés pour être atténués et pour coder la protéine S du SRAS-CoV-2. Le vaccin AstraZeneca utilise un adénovirus de chimpanzé ; le vaccin Johnson & Johnson un adénovirus humain.

Les vaccins à ARNm sont les plus utilisés en France. Que sait-on réellement de ces vaccins ? Protègent-ils vraiment et définitivement contre la Covid-19 et les variants du SRAS-CoV-2, notamment le variant (indien) Delta ?

Les vaccins à ARN messager donnent globalement des taux de protection très élevés, voisins de 95%. Ils apparaissent efficaces contre le SRAS-CoV-2, mais peuvent présenter une efficacité variable selon les variants du virus. L’efficacité est donc différente selon les variants. A titre d’exemples, celle-ci est maximale sur la souche initiale (Alpha) de la 1ère vague, et apparaît minimale sur le variant (californien) Epsilon.
Actuellement, le variant Delta se propage en France. Celui-ci présente une réplication (multiplication) plus rapide et une charge virale supérieure (environ 1260 fois) au virus initial (Alpha). S’il se réplique beaucoup plus vite, le variant Delta semble dix fois moins létal que le virus de la première vague (létalité de 0,2% pour le variant Delta à comparer à une létalité de 1,9% pour la souche initiale Alpha).

Que sait-on de leurs effets secondaires ?

Ces différents vaccins ont en commun des effets secondaires fréquents qui, dans certains cas (heureusement rares), peuvent être graves. Les effets délétères majeurs semblent reposer sur la protéine S vaccinale qui apparaît capable de se fixer sur la cible du virus SRAS-CoV-2, c’est-à-dire le récepteur ECA2 (enzyme de conversion de l’angiotensine 2).
Bien que des effets secondaires mineurs (et transitoires) puissent être associés à certains composés/adjuvants présents dans la composition vaccinale, les effets majeurs reposent sur la production d’une protéine S qui, elle-même, est délétère. En fait, il apparaît que la protéine S seule (dans sa forme trimérique) soit capable de se fixer sur le site récepteur du virus SRAS-CoV-2 et de déclencher une réponse physiologique comparable à celle du virus entier.

Faut-il vacciner aussi les enfants ?

A ce jour, il apparaît déraisonnable de vacciner les enfants, car les enfants sont très peu sensibles au virus SRAS-CoV-2 et ses variants, contrairement aux adultes. De plus, les infections des enfants au virus SRAS-CoV-2 (et variants) ne conduit quasiment jamais à des formes très graves de la Covid-19. La létalité chez les enfants est à ce stade quasiment nulle. En outre, comme la vaccination ne bloque pas la transmission potentielle du virus, elle n’apparaît pas utile chez les enfants. J’ajouterais que nous n’avons pas assez de recul sur ces vaccins (notamment pour les vaccins à ARNm), et que le rapport bénéfice/risque n’est clairement pas en faveur de la vaccination des plus jeunes.

La vaccination massive en pleine pandémie est-elle une bonne stratégie sanitaire ?

On peut comprendre l’urgence d’une vaccination massive pour enrayer la propagation du SRAS-CoV-2. Mais cette vaccination massive, en pleine pandémie, présente l’inconvénient de conduire aussi à l’émergence de variants du virus qui peuvent-être plus ou moins infectieux, et plus ou moins létaux.

Jean-Michel Claverie, virologue, président de la Société Française de Virologie et spécialiste de génomique, Professeur d’université et praticien hospitalier émérite, ancien directeur de l’institut de microbiologie de la Méditerranée (CNRS, Université d’Aix-Marseille) parle de « mensonge d’Etat » sur BFMTV à propos de la quatrième vague de l’épidémie due au variant Delta en France. Faut-il le croire ?

Il semble que le mensonge auquel il fait allusion est l’alerte sur une quatrième vague « dévastatrice » en France reposant sur le variant Delta, nécessitant une vaccination accélérée et une couverture vaccinale la plus complète possible de la population. En effet, le pouvoir infectieux du variant Delta est supérieur à la souche initiale Alpha parce qu’il se réplique (et propage) plus vite et que la charge virale associée est environ 1260 fois supérieure à celle de la souche Alpha. Néanmoins, le variant Delta apparaît à ce jour beaucoup moins dangereux avec une mortalité diminuée de 3 log (facteur 1000) par rapport à la souche Alpha. Il entraîne moins de formes graves et létales de la Covid-19. Apparemment ce virus reste préférentiellement localisé au niveau des voies aériennes supérieures, ce qui en fait un virus SRAS-CoV-2 de moins grande dangerosité et létalité.

Pour conclure, je dirais à titre personnel qu’il est fort probable que l’on évoluera à l’avenir vers des variants plus contagieux du SRAS-Cov-2, mais moins dangereux et létaux, à l’instar du variant Delta.

*Jean-Marc Sabatier, docteur en Biologie Cellulaire et Microbiologie, directeur de recherches au CNRS, affilié à l’Institut de Neuro-Physio-pathologie (INP) de l’université d’Aix-Marseille

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