Grand Est

Retraites : black-out illimité de la police

Cette fois, plus question de tergiverser. Les principaux syndicats de police appellent à un arrêt de travail immédiat et illimité. Ça va faire mal.

Appel au boycott des syndicats de police

Ils n’en peuvent plus. Les policiers en ont assez d’être pris pour des idiots. Voilà des mois et des mois qu’ils réclament une amélioration de leurs conditions de vie professionnelle. Sans succès. Aujourd’hui, la réforme des retraites vient leur enlever les maigres avantages qu’offrait encore la profession. Ils ne veulent pas de la « retraite low cost » qu’on leur promet.
Les syndicats Alliance, UNSA et SGP lancent un appel à « la mobilisation et au black-out complet et illimité à partir du 11 décembre 2019 ». Concrètement, les policiers sont appelés à ne plus assurer la sécurité des personnalités, à aller sur les manifestations, à prendre les plaintes dans les commissariats….

Un nanti ?

Yves Milla, secrétaire zonal de l'UNSA-Police
Yves Milla, secrétaire zonal de l’UNSA-Police (Photo DR)

« Quand je suis rentré dans la police, j’avais un salaire moitié moins élevé que dans le privé, explique Yves Milla, secrétaire zonal de l’UNSA-Police. Mais je savais que j’allais bénéficier d’autres avantages : une retraite à 75% de mon salaire au bout de 37,5 annuités de cotisation. J’ai calculé que je pouvais partir à 50 ans et six mois. C’était la contrepartie. Mais j’ai vite déchanté. En 2004, j’ai eu droit à une rallonge du temps de travail. Et donc une retraite en vue à 57 ans et demi et à 71% du salaire.
Aujourd’hui, après 24 ans de police, on me change encore les règles du jeu et on modifie mon contrat initial. Et en plus, on me dit que je suis un nanti, un privilégié. De quels privilèges parle-t-on quand i y a dans la police un suicide tous les 5 jours, quand on ne peut pas voir sa femme et ses gosses tous les soirs, quand on se fait taper dessus lors des manifestations, quand on paye les heures de nuit 0,97 €, quand je fais des astreintes qui sont payées une fois sur trois ?
Tous les collègues sont dans la même situation. C’est insupportable. Sait-on que dans la police, il n’y a pas de crèche pour les enfants, pas de cantine pour déjeuner. Pire : nous ne recevons plus nos uniformes ! Certains jeunes collègues travaillent en civil. On n’en peut plus, on arrête ! »

Ils quittent la police

D’ores et déjà, les policiers ont décidé de ne plus siéger au Comité technique départemental, au CHSCT, à la Commission de réforme, à la Commission administrative paritaire et à toutes ces instances qui régissent la vie des 120.000 policiers dont 97.000 Gardiens de la Paix.
« Nous entrons en résistance, explique encore Yves Milla. Il n’y a plus de dialogue social avec le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner. Beaucoup de collègues ont pris des mises à disposition. Ils quittent la police. Pour beaucoup, définitivement. »
Le fil est rompu entre la base et le ministère. La situation est d’autant plus explosive que le pays tout entier entre dans une zone de fortes turbulences sociales.

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