Après cinq ans à la présidence du Centre Saint-Michel, Thomas Tomschak ne briguera pas un nouveau mandat. Il dit pourquoi dans un communiqué très critique à l’égard de la municipalité.

Le conseiller municipal de Thionville, Thomas Tomschak dénonce une accumulation de désaccords avec la municipalité : locaux retirés à quelques jours de la rentrée, conventions jamais signées, financements complémentaires restés sans réponse et subvention jugée insuffisante pour le festival Rayon Vert. Derrière cette décision, c’est la place du Centre Saint-Michel dans la politique sociale et périscolaire de la Ville qui est posée.
« Un blocage devenu insurmontable »
Thomas Tomschak a donc choisi de ne pas renouveler sa candidature à la présidence du Centre Saint-Michel (précison qu’il s’agissait d’un poste bénévole, comme tout président d’association).Après cinq années passées à la tête de cette structure associative, il affirme que sa décision est « mûrement réfléchie ». Mais son communiqué du 16 septembre ne laisse guère de doute sur les raisons de ce départ.
L’ancien président évoque un « blocage devenu insurmontable » entre l’association et la municipalité de Thionville.
Il met en cause plusieurs dossiers qui, selon lui, se sont accumulés au fil des années : l’absence de conventions concernant certains bâtiments, des demandes de financement demeurées sans réponse et, surtout, la décision de la Ville de récupérer l’ancienne école de Volkrange.
C’est cette dernière affaire qui aurait constitué « la goutte d’eau ».
Volkrange : les clés réclamées quatre jours avant la rentrée
Depuis plus de dix ans, le Centre Saint-Michel utilise et assure l’entretien de l’ancienne école de Volkrange, explique Thomas Tomschak. Une situation qui, selon lui, n’a jamais été formalisée par une convention avec la municipalité.
Le bâtiment accueillait notamment le périscolaire jusqu’à l’année dernière.
Mais, affirme-t-il, la Ville a demandé à l’association de restituer les clés quatre jours seulement avant la reprise des cours.
Conséquence : plusieurs activités prévues pour la saison 2026-2027 se retrouvent privées de locaux.
Parmi elles figurent le théâtre, la sculpture sur pierre pour adultes et une nouvelle activité de krav-maga/self-défense destinée aux enfants de 5 à 12 ans.
Cette dernière avait déjà enregistré une cinquantaine d’inscriptions, selon l’ancien président.
Les activités du club ados pendant les vacances scolaires ainsi que la fabrication des décors du festival Rayon Vert seraient également affectées.
Pour Thomas Tomschak, cette décision pose une question simple : où vont désormais se retrouver ces enfants, ces adolescents et ces adultes ?
Cinquante enfants devant une porte fermée
Le cas du krav-maga est devenu emblématique du conflit.
Thomas Tomschak affirme que l’activité devait être encadrée par un professeur diplômé d’État et que les règles de sécurité avaient été anticipées.
Il conteste donc que la sécurité puisse constituer un argument suffisant pour écarter l’activité.
Surtout, il estime que des solutions existaient.
Il cite les anciennes salles de squash du domaine de Volkrange, aujourd’hui inutilisées, mais aussi la salle de motricité du nouveau périscolaire, qui serait disponible le samedi.
Selon lui, aucune de ces solutions n’a été proposée.
« Cinquante enfants et leurs parents se sont présentés devant une porte fermée », résume-t-il.
La municipalité aurait proposé une orientation vers le gymnase de la Milliaire.
Une solution que Thomas Tomschak juge éloignée de la vocation d’un centre social de secteur.
Pour lui, les habitants des trois villages doivent pouvoir bénéficier d’activités à proximité de leur domicile, sans devoir rejoindre systématiquement le centre-ville.
L’ancienne école pour des réunions plutôt que pour des activités ?
Autre sujet de crispation : l’APE des trois villages.
Selon des propos de la municipalité rapportés par Le Républicain Lorrain le 14 septembre, l’ancienne école pourrait notamment être mise à disposition de cette Association de parents d’élèves.
Thomas Tomschak s’interroge sur cette décision.
L’APE organisait déjà ses réunions au Centre Saint-Michel, rappelle-t-il. Dès lors, pourquoi mobiliser un bâtiment pour quelques réunions annuelles alors que les mêmes locaux accueillaient chaque semaine des dizaines d’enfants et d’adultes dans le cadre d’activités régulières ?
La question est posée. Elle appelle désormais une réponse de la municipalité.
Le dossier des conventions : dix ans de flou ?
Derrière l’affaire de Volkrange se trouve un autre problème, plus administratif mais potentiellement plus sensible : le statut juridique de l’utilisation des bâtiments municipaux par le Centre Saint-Michel.
Thomas Tomschak affirme que l’ancienne école n’est pas le seul bâtiment concerné.
Le nouveau périscolaire serait également utilisé par l’association sans convention formalisant précisément cette occupation.
Le Centre Saint-Michel y assure notamment des activités périscolaires, des centres de loisirs, les mercredis récréatifs et les accueils pendant les vacances scolaires.
L’association utiliserait également certaines installations pour la motricité et la bibliothèque.
Selon Thomas Tomschak, plusieurs demandes de convention ont été adressées à la Ville, sans réponse.
Plus de 23 000 euros : que dit la loi ?

L’ancien président invoque l’article 10 de la loi du 12 avril 2000 et le décret du 6 juin 2001 concernant les conventions entre collectivités publiques et associations bénéficiant de subventions dépassant le seuil réglementaire.
Il demande donc à la municipalité de préciser publiquement le cadre juridique dans lequel s’inscrit le financement des activités concernées.
Cette question mérite d’autant plus d’être éclaircie que le Centre Saint-Michel assure des missions qui touchent directement aux enfants et aux familles du territoire.
Thomas Tomschak estime que l’association supporte aujourd’hui des charges qui devraient, selon lui, être davantage accompagnées par la collectivité.
Périscolaire : qui paie quoi ?
C’est probablement l’un des enjeux les plus importants du dossier.
Le Centre Saint-Michel participe au fonctionnement de la cantine et de l’accueil périscolaire.
Thomas Tomschak considère qu’il s’agit de services relevant de la responsabilité communale, même lorsque leur exécution est confiée à une association.
Il affirme également qu’une réponse du ministère de l’Intérieur évoque, dans certaines configurations, le recours à une délégation de service public pour confier un tel service à une association.
Selon lui, le dispositif actuellement en place ne fournirait pas au Centre Saint-Michel les garanties financières nécessaires.
L’association supporterait notamment des coûts liés aux salaires, au ménage, aux assurances et à l’augmentation générale des prix.
« Dans les faits, nous sommes livrés à nous-mêmes », déplore l’ancien président.
Une affirmation que la Ville pourra, si elle le souhaite, documenter et contester.
Des demandes de subventions restées sans réponse
Thomas Tomschak affirme par ailleurs avoir adressé des demandes de subventions complémentaires à la municipalité dès novembre 2025.
L’objectif : faire face à l’augmentation des charges liée notamment au développement des activités périscolaires.
Selon lui, les réponses obtenues seraient restées essentiellement orales.
Pas de décision écrite, affirme-t-il.
Pour une association dont une grande partie du personnel serait mobilisée par le périscolaire et la cantine, la question du financement devient dès lors centrale.
Rayon Vert : toujours 6 000 euros
Le festival Rayon Vert n’échappe pas au débat.
Organisé chaque année par le Centre Saint-Michel, ce rendez-vous consacré notamment à la bande dessinée et à l’imaginaire bénéficie, selon Thomas Tomschak, d’une subvention municipale de 6 000 euros.
Un montant inchangé depuis plusieurs années, affirme-t-il.
Dans le même temps, les coûts d’organisation auraient augmenté.
Thomas Tomschak estime que le festival dispose d’un potentiel de développement important et pourrait devenir un événement de référence dans le Grand Est.
Il réclame donc une revalorisation de la subvention.
Là encore, il invite à comparer le soutien financier accordé à Rayon Vert avec celui dont bénéficient d’autres festivals du territoire.
Un conseiller municipal qui quitte une association en conflit avec sa mairie
L’affaire présente une particularité : Thomas Tomschak n’est pas seulement l’ancien président du Centre Saint-Michel. Il est également conseiller municipal à Thionville.
Une situation qui pourrait naturellement alimenter les interrogations.
L’intéressé prend les devants.
Il reconnaît que certains pourraient voir dans ses fonctions politiques une explication aux difficultés rencontrées par l’association.
Mais il refuse de formuler un procès d’intention.
Il rappelle que l’absence de convention concernant l’ancienne école remonte à plus de dix ans, que la subvention de Rayon Vert est stable depuis plusieurs années et que les demandes de financement complémentaire ont été formulées dès novembre 2025.
Autrement dit : les problèmes qu’il dénonce ne seraient pas nés avec son mandat municipal.
Il ajoute toutefois ne pas savoir si son mandat a pu avoir une incidence sur les événements récents.
Cinq demandes posées sur la table
Avant de quitter la présidence, Thomas Tomschak formule cinq demandes à la municipalité :
- trouver un local de proximité pour les activités supprimées à Volkrange ;
- établir enfin une convention écrite concernant le bâtiment périscolaire ;
- répondre officiellement aux demandes de subventions complémentaires ;
- mettre en place un cadre juridique et financier clair pour la cantine et le périscolaire ;
- fixer un calendrier de rénovation du Centre Saint-Michel et revaloriser la subvention du festival Rayon Vert.
Ces demandes constituent désormais une feuille de route possible pour les discussions entre la Ville et l’association.
Le Centre Saint-Michel au cœur d’une équation municipale
Au-delà du départ de son président, le dossier pose une question plus large : quelle place la municipalité de Thionville entend-elle donner au Centre Saint-Michel ?
L’association assure des activités culturelles, sociales, sportives et périscolaires pour les habitants du secteur.
Mais, selon Thomas Tomschak, l’augmentation des missions confiées au Centre ne s’est pas accompagnée d’une augmentation équivalente des moyens.
Le conflit actuel pourrait donc dépasser largement la seule question des clés de l’ancienne école de Volkrange.
Il touche au financement, aux locaux, aux responsabilités respectives de la Ville et de l’association et, plus largement, au modèle de fonctionnement du service aux habitants.
Thomas Tomschak : « Je souhaite longue vie au Centre Saint-Michel »
Après cinq années de présidence, Thomas Tomschak quitte donc la direction du Centre Saint-Michel.
Il assure néanmoins son soutien au conseil d’administration, au directeur, aux salariés, aux bénévoles, aux responsables d’activités et aux partenaires de l’association.
Son dernier message se veut d’ailleurs moins politique que personnel.
Il remercie celles et ceux qui ont fait vivre le centre et souhaite « longue vie au Centre Saint-Michel ».
Reste maintenant à savoir si la Ville de Thionville répondra aux accusations et aux cinq demandes formulées par son ancien président. Car derrière une succession de problèmes administratifs et financiers se joue désormais l’avenir d’une structure qui revendique une mission de proximité auprès des habitants des trois villages.