Meurthe et Moselle

Nancy : Urgences et pompiers, même combat

Les urgentistes en colère et les pompiers en grève manifesteront ce jeudi 26 septembre 2019 de 14 à 18 heures devant l’Agence régionale de santé (ARS), place de la République à Nancy.

Le service des urgences de Nancy en grève (DR)

Les violences aux urgences sont quotidiennes. Samedi 14 septembre 2019, un patient très agité, sans doute sous l’emprise de stups, est conduit aux urgences du CHRU de Nancy par les sapeurs-pompiers. L’individu d’une trentaine d’années se débat, veut quitter le service où neuf personnes sont autour de lui, comme le prévoit le protocole dans ces cas-là, dont trois pompiers, le personnel incendie et trois personnels des urgences. Le patient est placé sur le brancard dans la salle d’attente, où on doit lui poser des contentions médicales, sortes de sangles, pour l’immobiliser. C’est alors que l’individu irascible décoche un violent coup de poing au visage d’un infirmier.

260 services en grève

Les sapeurs pompiers 54 associés au mouvement de protestation des urgences (Affiche)

« La violence est quotidienne, elle commence par des insultes, puis c’est l’engrenage, constate Camille Séroux, infirmier depuis 12 ans et aux urgences depuis sept, adhérent du Collectif Inter-Urgences. Cela devient difficile pour tous. »
Nancy n’est pas un cas isolé. La violence aux urgences des hôpitaux s’exprime partout. En mars dernier, des actes de violence à l’hôpital Saint-Antoine de Paris ont marqué le début d’un mouvement de grève qui s’est étendu à toute la France. Un collectif s’est créé. Actuellement, ce sont 260 services des urgences qui sont en grève, soit une bonne moitié des urgences du pays.

Angoisse et agressivité

Comment en est-on arrivé là ?
« Les temps d’attente sont inadmissibles » reconnaît Camille Séroux. « Les patients attendent jusqu’à 10 ou 12 heures pour voir un médecin. Cela génère de l’angoisse et de l’agressivité. C’est compréhensible. »
Si les urgences sont saturées, c’est par manque de lits à l’hôpital. En attendant qu’un lit se libère, le patient reste aux urgences. D’où une prise en charge supplémentaire qui suppose davantage de personnel. Or, les urgences manquent cruellement de personnel. D’où saturation, d’où angoisse et agressivité.

Plusieurs filières

Le service des urgences du CHRU de Nancy, à l’hôpital Central, fonctionne H 24 avec un médecin la journée, un infirmier à l’accueil, une aide-soignante et un agent administratif.
Le service est scindé en plusieurs filières selon l’état et les besoins médicaux des patients. Il y a une filière ‘’non valide’’ pour les patients nécessitant une prise en charge plus importante (examens médicaux, bilan sanguin, imagerie…). Il y a là 3 infirmiers pour 14 patients dans des boxes individuels plus deux médecins et, la journée, une aide-soignante.
Une filière des urgences vitales, dans la salle d’Accueil des Urgences Vitales (SAUV), il y a 5 emplacements, un infirmier et une aide-soignante ainsi qu’un médecin dédié de 14 h à 22 h 30.
Il existe aussi une filière ‘’courte’’ qui s’apparente à la consultation de médecine de ville. Sans paramédicaux mais avec un médecin dédié, un interne et des externes.
Il existe aussi une « zone bleue », où sont installés 10 ou 11 emplacements couchés pour les patients en attente soit de résultats médicaux soit d’une hospitalisation. Un infirmier et un aide-soignant sont affectés à ce service.
Enfin, la filière trauma, ouverte de 9 à 19 heures fonctionne avec son propre personnel.
Au total, le service des urgences du CHRU de Nancy est composé de 6 infirmiers, 4 aides-soignants, et un personnel administratif. Quant au personnel médical, il est composé la journée de deux médecins pour les filières et d’un médecin pour l’accueil renforcé par un médecin pour les urgences vitales de 14h à 22h30. Et la nuit 2 médecins pour l’ensemble des urgences.

collectif inter-urgences

https://www.facebook.com/InterUrg/

https://twitter.com/interurg?lang=fr

Camille Séroux : « C’est tout le système de santé qu’il faut revoir »

Camille Séroux, infirmier aux urgences de Nancy (DR)

-Comment expliquez-vous la crise du service des urgences ?

Cette crise est due au fait que le personnel soignant ne tolère plus la qualité des soins qu’il peut offrir aux patients. Celle-ci s’est dégradée parce qu’il y a une augmentation du passage aux urgences : multipliée par deux en vingt ans ! Mais il n’y a pas eu une augmentation du personnel dans les mêmes proportions. En outre il y a une diminution du nombre de lits dans la même période. Cela génère un temps d’attente de plus en plus long. On en est arrivé à des records de près de 5 jours sur un brancard aux urgences, comme à Saint-Étienne, cet été. Avec les conséquences que cela suppose : inconfort, absence de douche, de repas chauds… Tout cela heurte nos consciences et nos valeurs de soignants.

La ministre de la Santé a récemment fait des propositions pour sortir de la crise : une enveloppe de 750 M€ et une réorganisation des urgences via un nouveau service d’accès aux soins (SAS). Cela ne vous convient pas ?

-Non, il n’y a pas d’enveloppe supplémentaire. Il s’agit d’une redistribution sur trois ans d’un budget déjà octroyé à la Santé. Quant au SAS, si j’ai bien compris, c’est un service accessible 24 h/24 et 7 jours/7 par téléphone et par internet. Cela se fait déjà en France, c’est le SAMU, le 15.

Les infirmiers pourraient-ils être amenés à pratiquer certains actes médicaux ?

L’infirmier de pratique avancée est un infirmier qui prend en charge les malades chroniques. Or, ceux qui arrivent aux urgences souffrent d’une maladie aiguë. Cela ne rentre pas dans les prérogatives actuelles d’un infirmier de pratique avancée. C’est louable de vouloir décharger le médecin de certaines tâches (sutures, prescription de radios…) Mais il faut que le temps infirmier soit disponible. Or, actuellement, on n’est pas en mesure de répondre complètement aux demandes qui nous sont faites en tant qu’infirmier. On est déjà saturé.

Comment sortir de l’impasse ?

Nous demandons : un arrêt de la fermeture des lits. 174 lits vont être fermés sur le CHRU de Nancy d’ici 2024 et la réouverture de lits en fonction des besoins. L’embauche de personnels. Nous demandons aussi qu’il y ait une législation sur le nombre de personnels (médicaux, paramédicaux, administratif, …) nécessaires pour garantir des soins corrects, adaptés, de qualité et dignes pour les patients. Et cela dans tous les secteurs de soin (hospitalisation conventionnelle, Urgence, Réa, Maison de Retraite, …)

Vous allez protester le 26 septembre devant l’ARS avec les pompiers de Nancy. Pourquoi ?

Pour dénoncer la dégradation du système de santé français dans tous les maillons qui la constituent : du médecin libéral aux sapeurs-pompiers qui font partie de la chaîne du secours et de la prise en charge des patients, la partie hospitalière et maison de retraite, où les aides-soignantes ne peuvent pas faire leur travail correctement par manque de personnel. C’est tout le système de santé qu’il faut revoir. On appelle l’ensemble du système de santé à rejoindre la grève des urgences.

Les sapeurs-pompiers solidaires

Les pompiers du SDIS 54  se joindront aux urgentistes, ce jeudi 26 septembre 2019 devant l’Agence régionale de santé (ARS), pour témoigner leur solidarité avec ceux qui portent secours et assistance aux personnes.

Valentin Martet : « nous aimons notre travail  » (DR)

 Ils sont en grève depuis le mois de juin 2019 même s’ils assurent malgré tout la continuité du service public. Les sapeurs-pompiers de Meurthe-et-Moselle, comme leurs collègues de toute la France, dénoncent la baisse drastique des effectifs (ils sont 280.000 en France) alors que le nombre d’interventions ne cesse d’augmenter. Deux chiffres. En 2.000, les pompiers effectuaient environ 35.000 interventions par an sur tout le territoire national. En 2018, 50.000 ! Essentiellement pour des secours à personne (SAP). « On aime notre métier, on veut juste le faire correctement » affirment-ils. Ce n’est pas sans raison qu’ils se sentent un peu négligés par les pouvoirs publics. D’autant que d’autres revendications ne sont pas prises en compte comme la revalorisation de la prime de feu (sapeur-pompier n’est pas reconnu comme un métier à risque !) ou la reconnaissance de maladie professionnelle (l’inhalation de particules fines sur les incendies).

Un projet mal venu

Banderole sur la façade de la caseerne Nancy-Joffre (DR)

Les quelque 500 pompiers professionnels du Service départemental d’incendie et de secours (SDIS) de Meurthe-et-Moselle se sont déclarés en grève en août 2019. Leurs revendications sont celles exprimées au niveau national. Mais en septembre, le mouvement s’est durci. En cause ? Un projet d’une nouvelle baisse des effectifs, notamment de nuit, dans les cinq prochaines années.
« C’est la goutte d’eau » explique Valentin Martet, caporal-chef à la caserne Joffre de Nancy et membre du Syndicat Autonome de Meurthe-et-Moselle. Nous avons placé des banderoles sur les murs et sur les engins. Face à cette levée de boucliers, la direction a fait machine arrière. Le projet est pour l’instant suspendu…
Valentin Martet constate que « le mouvement est porté par l’ensemble des sapeurs-pompiers du SDIS 54, qu’ils soient syndiqués ou non. Nous avons aussi le soutien de certains politiques et d’intellectuels comme Michel Onfray qui s’est exprimé lors de sa vue au Livre sur la Place. »

Solidarité

Les pompiers du SDIS participeront donc à la manifestation devant l’ARS de Nancy, jeudi. « Parce que nous avons été invités, précise Valentin Martet. Parce que, comme les urgentistes, nous ne sommes plus capables de faire notre métier correctement. Nous sommes confrontés aux mêmes besoins d’effectifs qu’eux, aux mêmes soucis de faire un service public de qualité. D’où notre solidarité avec eux. »
Les pompiers profiteront de cette action pour montrer au public les gestes qui sauvent, comme les massages cardiaques…

 

France,Grand Est,Lorraine,Meurthe et Moselle,