Le train du Vendredi Saint : symbole ponctuel, mais locomotive du projet de train international direct SAR-LOR-LUX.

Bernard Aubin, ancien cheminot natif de Bouzonville (Moselle), milite depuis 28 ans pour la création d’un train international reliant Sarrebruck au Luxembourg via Bouzonville (projet SAR LOR LUX). Celui qui a débuté sa carrière dans la gare de sa ville natale avant de gravir les échelons jusqu’à diriger une fédération syndicale à la SNCF, connaît ce dossier mieux que quiconque. Son combat trouve ses racines dans un événement ferroviaire aussi symbolique qu’emblématique : le célèbre train du Vendredi Saint.
Locomotive du projet de train international direct SAR LOR LUX
Chaque année, à l’occasion de la grande braderie du Vendredi Saint à Bouzonville, un train spécial traverse la frontière franco-allemande pour acheminer des centaines de visiteurs allemands vers cet événement populaire. Ce qui peut sembler anecdotique est en réalité le fruit d’un combat acharné en 1998 : il aura fallu à Bernard Aubin trois mois d’interventions incessantes auprès de la SNCF, avec l’appui des élus locaux, pour obtenir les autorisations nécessaires à la circulation d’un train de voyageurs sur une portion de ligne qui n’en avait plus vu passer depuis la Seconde Guerre mondiale.
Depuis, ce train circule chaque année sans interruption (à l’exception des années COVID). Et son succès ne se dément pas : avec ses sept allers-retours entre l’Allemagne et la France, ces convois affichent une affluence remarquable, comparable à celle d’un métro aux heures de pointe. Une popularité qui témoigne, s’il en était besoin, de l’appétit réel des populations transfrontalières pour une liaison ferroviaire régulière entre les deux pays.

Mieux que de longs discours
Car derrière cet événement festif se cache une ambition bien plus grande. Le train du Vendredi Saint n’est en réalité que le prolongement exceptionnel des navettes allemandes circulant en voie unique entre Dillingen et Bouzonville, et qui s’arrêtent actuellement à la frontière, à seulement sept kilomètres de la gare. Bernard Aubin y voyait dès l’origine un formidable outil de démonstration : prouver par les faits que la ligne existe, qu’elle fonctionne, qu’elle attire du monde — et qu’il suffirait de peu pour en faire une vraie liaison internationale permanente. Fort de son expérience syndicale à la tête de la SNCF, il savait mieux que personne que ces démonstrations concrètes valent souvent plus que de longs discours pour convaincre les décideurs politiques.
Un projet ambitieux sans cesse repoussé
L’idée initiale de Bernard Aubin était claire : créer un train international direct reliant Sarrebruck au Luxembourg via Bouzonville, desservant deux des plus importants bassins de travailleurs frontaliers de la région : la Sarre avec quelques milliers de salariés et le Luxembourg avec près de 50 000 navetteurs à proximité immédiate du train. Malgré le soutien indéfectible des élus locaux franco-allemands, de plusieurs communautés d’agglomération soit l’équivalent d’une centaine de villes ayant voté une motion en faveur du projet en 2019 et du conseil départemental de Moselle, les Conseils Régionaux successifs — Lorraine puis Grand Est — y ont opposé une résistance constante et tenace pendant un quart de siècle et jusque très récemment.
Premières avancées en 2024 : une ambition réelle, mais trop timide, en retrait du projet initial
La Région Grand Est a finalement commandé une étude, restituée fin 2025, mais portant sur un itinéraire alternatif via Forbach, Béning et Creutzwald, plutôt que sur le tracé historique. Pire encore, au lieu d’un train direct, la Région envisage une rupture de charge à Thionville, ce que Bernard Aubin juge comme une trahison du projet originel et de ses soutiens. Une date de réalisation serait néanmoins avancée pour 2031, et des cheminots auraient déjà été sollicités pour évaluer les critères de remise à niveau des points d’arrêt sur la ligne, toujours opérationnelle, mais seulement parcourue par du fret.
Silence inquiétant à Bouzonville
Lors de l’accueil traditionnel des élus allemands venus en train à Bouzonville, le maire de Rehlingen-Siersburg a exprimé sa volonté de voir les navettes du Vendredi Saint se poursuivre au-delà de cet événement annuel. Le maire de Bouzonville, en revanche, n’a pas soufflé mot du projet SAR LOR LUX, un silence d’autant plus pesant que la ligne Dillingen-Bouzonville célèbre cette année ses 125 ans d’existence, et que les usagers réclament avec insistance la concrétisation du projet. Ironie du sort, la partie allemande de cette ligne sera entièrement modernisée et dotée de trains fonctionnant sur batteries !
Bernard Aubin, lui, reste plus déterminé que jamais après 28 années de combat. Lui, qui a consacré une grande partie de sa vie professionnelle et militante à défendre le service public ferroviaire, ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Son objectif est inchangé : mettre sur rails une relation directe entre la Sarre et le Luxembourg, que ce soit via Dillingen ou via Forbach, à condition qu’une correspondance soit assurée à Bouzonville avec les navettes en provenance d’Allemagne — exactement comme il le proposait déjà en 1998.