« Petra », chacun cherche son père

Présenté à Cannes l’an dernier, le film de Jaime Rosales est une tragédie en plusieurs actes, d’où émerge le charme de l’actrice Barbara Lennie.

Un drame divisé en chapitres, où l’on pressent le tragique qui ne manquera pas de survenir.
Un drame divisé en chapitres, où l’on pressent le tragique qui ne manquera pas de survenir.

C’est dans une grande maison de la campagne espagnole qu’arrive « Petra », héroïne du film de Jaime Rosales, incarnée par Barbara Lennie (sortie le 8 mai). Cette demeure isolée est celle d’un peintre célèbre, Jaume (Joan Botey), dont la jeune femme doit recueillir les préceptes lors d’une résidence artistique. « Je crois qu’on ne peut rien apprendre avec Jaume », lui dit, lucide, l’épouse du peintre, interprétée par Marisa Paredes.

Petra peint son corps, des autoportraits, des portraits d’un homme sans visage, ce père qui lui est inconnu, sa mère étant morte avant de ne lui avoir jamais révéler quoique ce soit sur son géniteur. Dans l’art, Petra recherche « la vérité » dit-elle, elle recherche surtout « la vérité » dans la vie ; et si elle est dans cette maison à l’ambiance claustrophobique, dans cette famille dysfonctionnelle, c’est parce qu’elle croit que Jaume est son père.

Parti cinquante fois, toujours revenu, il finira par partir pour de bon, le fils Lucas (Alex Brendemühl) prévient Petra : son père est « complexe », il peut être aussi charmant que pervers et cruel. « Trop intimiste » ta peinture, lâchera Jaume à Petra, la plus petite des méchancetés de cet homme manipulateur, vieil égoïste, égocentrique, dont elle ne verra guère que la perversité et la cruauté.

Présenté l’an dernier au Festival de Cannes, à la Quinzaine des Réalisateurs, ce film est une tragédie en plusieurs actes d’où émerge le charme de l’actrice Barbara Lennie. Un drame divisé en chapitres, lui donnant quelque chose de théâtral dans la forme, des chapitres montés dans le désordre, mais tout finira par se mettre en place, et dont les titres annoncent ce qui va se dérouler ensuite. On pressent le tragique qui ne manquera pas de survenir, les secrets se révèlant au fur et à mesure, il y a du fatalisme dans ce récit d’une grande froideur. C’est aussi un film sur la résilience et le pardon, individuel, familial, ou national avec l’évocation des fosses communes où furent entassées des victimes du fascisme espagnol.

Patrick TARDIT

« Petra », un film de Jaime Rosales, avec Barbara Lennie (sortie le 8 mai).