Eric Judor : « J’avais envie d’inconnu »

En dépanneur avec trois gosses sur les bras, le comédien tient un rôle plus grave dans « Roulez jeunesse ».

Eric Judor : "J'allais sur un terrain totalement nouveau pour moi".
Eric Judor : « J’allais sur un terrain totalement nouveau pour moi ».

« J’avais envie de faire un héros solitaire qui allait se retrouver avec plein d’ennuis », confie Julien Guetta, qui a réalisé « Roulez jeunesse » (sortie le 25/07). L’idée de son premier long-métrage lui est venue alors qu’il était en panne, en Belgique ; il a ensuite imaginé des rencontres, des péripéties, à un dépanneur joué par Eric Judor. « J’ai une grande admiration pour Eric, en le choisissant, l’idée était d’emmener quelqu’un qui fait beaucoup de comédie vers quelque chose de plus singulier », précise le réalisateur.

Dans son camion jaune et rouge, ce « mec trop gentil », un brave type qui vit encore chez sa mère, a l’habitude d’être aimable et de rendre service. Un jour, il dépanne une fille un peu paumée, accepte même de la raccompagner chez elle. Le lendemain matin, elle a disparu, et il se retrouve avec trois enfants sur les bras ; à défaut de pouvoir s’en débarrasser, le dépanneur sachant dépanner va tenter de s’occuper d’eux, et va vivre « une journée de merde à essayer d’arranger les trucs ».

Soutenu par la Région Grand Est, « Roulez jeunesse » a été tourné en partie près de Colmar, et dans une casse de voitures, à Sélestat. L’habillage du film (affiche, bande-annonce…) pourrait faire croire qu’avec cette situation de base, un célibataire paumé avec trois mômes, il s’agit d’une comédie ; en fait, plus l’histoire avance et plus elle laisse la place à la gravité et à la tendresse, le réalisateur Julien Guetta assumant de faire « un cinéma divertissant mais profond ».

« Il faut être maso pour faire un métier de cet état »

« Je fais un peu plus l’acteur que d’habitude », confie Eric Judor à propos de son rôle dans « Roulez jeunesse ». Si une interview avec l’acteur tourne souvent au sketch, rencontre détendue dans un resto écolo sur un toit-terrasse du quartier de Stalingrad, à Paris.

Comment avez-vous abordé ce film, sans humour absurde, ni vannes ni gags ? Eric Judor : « J’allais sur un terrain totalement nouveau pour moi, j’avais envie d’inconnu en fait, je connais plutôt bien le terrain de la comédie maintenant et je sais plutôt bien cacher mes émotions, jouer sur l’immédiateté. J’attendais un scénario qui ne me perde pas complètement dans juste de l’authentique, qui m’amène doucement vers ça par la comédie ; le scénario de Julien, c’était ça, de la comédie qui se délite au fur et à mesure, c’était super d’y aller par paliers. Je pense que je n’aurais pas été capable d’aller cash directement dans un drame pur, là on y est allé en me prenant la main. Les comédiens, on a tous un petit diapason à l’intérieur, où on a l’impression d’être plutôt juste ou plutôt mauvais, ou plutôt très mauvais ; et là, j’avais l’impression d’être au diapason, j’ai très peu fabriqué ».

Qu’est-ce qui fut le plus difficile sur le tournage ?

« De devoir pleurer, d’avoir une scène un peu costaud dont je n’ai pas l’habitude, de montrer quelque chose d’autre que la surface. Ce film m’a permis de découvrir autre chose que la comédie, et de la belle manière, il m’a permis de jouer avec des gens qui ont de la bouteille dans ce domaine.  Depuis Platane, j’essaie de proposer autre chose, d’être plus dans la vraie vie, moins abstrait, jouer des situations réelles, et détourner la comédie de situations réelles, ça m’apprend forcément à être vrai. Maintenant c’est une chose d’être vrai, et c’en est une autre de montrer son intimité ».

« Là, j’étais Schtroumpf triste, c’est dur »

Le dépanneur sachant dépanner se retrouve bien embarrassé avec la charge de trois enfants
Le dépanneur sachant dépanner se retrouve bien embarrassé avec la charge de trois enfants

Pour vous, le drame est plus difficile à jouer que la comédie ?

« C’est une souffrance, à moins d’être extrêmement technique, de retenir les choses, et de fabriquer de manière très performante, au point que ça ne transparait pas, que ça paraisse extrêmement vrai et poignant, et touchant, moi je ne sais pas faire ça. Si je dois y aller, j’y vais, et ça me perturbe, c’est dur. Pour moi, aborder ce métier, c’était toujours une joie et j’allais la fleur au fusil sur un plateau, en chantant comme un Sept nains ; et là, j’étais Schtroumpf grognon, Schtroumpf triste, c’est dur, quoi. Les films qui m’ont touché, et les séquences fortes que j’ai vues, je me dis que ces acteurs y ont laissé quelque chose à chaque fois, ou ont vécu une période dure à ce moment-là. Pour avoir un petit peu effleuré ces moments là dans Platane, si je vais à fond là-dedans ça risque de me perturber un moment ».

Il y a aussi une scène assez dure, un face à face avec la mère de votre personnage, jouée par Brigitte Rouän…

« C’est aussi un moment émouvant. Pareil, je l’ai vécu vraiment comme si je parlais à ma mère, et j’ai eu l’impression qu’elle était aussi touchée à ce moment-là. Ce sont des choses que je découvre dans le métier, de pouvoir soudain avoir des moments d’extrême émotion, mais il faut être maso pour faire un métier de cet état ».

Vous considérez que vous avez de la chance dans la vie ?

« Oui, sans hésiter, je pense être extrêmement chanceux. J’ai fait toujours ce que j’ai voulu, même quand ma carrière marchait moins bien ou que j’étais moins populaire, j’ai quand même toujours fait les projets que je voulais faire ».

Un projet de late-show avec Ramzy, pour Canal+

Quel est votre rapport avec la notoriété ?

« Je ne suis pas Michael Jackson non plus. On s’y fait, on apprend à vivre avec, ça fait vingt ans maintenant. Je vis bien avec, je ne suis pas malheureux quand je suis à l’étranger et que personne ne me reconnait, et je ne suis pas malheureux non plus quand j’arrive à Paris, ça fait partie de ma vie. Je suis juste sous le radar je pense, je peux encore dire des conneries sans que ça soit repris et que ça fasse des histoires pas possibles ; et juste assez pour que les gens viennent voir mes projets, et que mes projets puissent être financés, c’est une situation qui me convient parfaitement ».

Le crédit de popularité que vous avez permet-il de faire à nouveau un film en tant que réalisateur, après « Problemos » sorti l’an dernier ?

« Le dernier que j’ai fait a fait 150.000 entrées, avec pourtant des critiques dithyrambiques, le public n’était pas concerné, mais c’est la vie. Du coup, je fais une saison 3 de Platane pour Canal+, et après je fais un late-show sur Canal avec Ramzy. Maintenant, les gens ont tellement de moyens de lecture, de manière de regarder des œuvres, que les sorties ça ne veut plus rien dire, il faut faire des bonnes choses, les bonnes choses ressortent. Si le film de Julien ne frémit pas à la sortie, il aura sa vie et trouvera ses spectateurs. Les spectateurs peuvent aller maintenant chercher des trucs qui les concernent plus tard, l’échec à la sortie n’est garant d’aucune qualité de quoique ce soit ».

Sur Canal, vous aurez une garantie de liberté totale avec les équipes Bolloré ? « Carrément, ce sont eux qui sont venus me chercher pour faire la saison 3. Et pour le show aucun problème, s’ils viennent me voir ils savent le ton qu’il y aura et la liberté qu’on développe depuis des années ».

Patrick TARDIT

« Roulez jeunesse », un film de Julien Guetta, avec Eric Judor (sortie le 25/07).

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