Brandon Kramer a suivi au jour le jour la famille de Liat Beinin, prise en otage le 7 octobre 2023, lors de l’attaque du Hamas en Israël. « Ce film ne raconte que l’histoire d’une famille parmi tant d’autres », sait bien le réalisateur.

« Ce n’est pas un doc sur le 7 octobre, c’est un film sur l’expérience d’une famille », assure Brandon Kramer, réalisateur de « Holding Liat » (sortie le 1er avril), Prix du meilleur documentaire au Festival de Berlin et sélectionné au Festival de Deauville. Cette famille c’est celle de Liat Beinin, prise en otage le 7 octobre 2023, lors de l’attaque du Hamas en Israël ; une famille israélo-américaine, dont Brandon Kramer est proche et qu’il a filmée au jour le jour, dans son intimité, alors qu’elle vivait des semaines d’inquiétude, d’incertitude et d’angoisse sur le sort de Liat et de son mari Aviv.
Ne sachant rien du sort des leurs, c’est d’abord le terrible manque d’information pour les parents, puis le soulagement d’apprendre que LIat est en vie, suivi de l’interminable attente que son nom n‘apparaisse enfin sur les listes d’otages libérés. Entre-temps, les divergences s’expriment au sein même de la famille, où tous se questionnent sur l’utilité de leur engagement, de leur mobilisation, si ce n’est d’obtenir la libération de leur chère Liat, mais bien incapable de briser « le cercle vicieux de la violence ».
Un inaudible message de paix

« Ils doivent mourir », affirment l’un des fils de Liat et Aviv, à propos des terroristes du Hamas ; lui-même a échappé à la mort ou l’enlèvement le 7 octobre. « On est dirigés par des fous, que ce soit du côté israélien et palestinien », estime quant à lui son grand-père, le père de Liat. Mais son « message de paix et de réconciliation » n’est pas audible lors d’une tournée de sensibilisation aux Etats-Unis, où une délégation de familles d’otages rencontre des élus, des médias, la communauté juive, le président Biden lui-même.
Engagé politiquement, le vieil homme est à contre-courant du discours officiel et du Premier ministre Benjamin Netanyahou, qu’il traite de « fucking idiot » : « Les otages ne sont pas au programme de Bibi », estime ce père dans l’espérance d’une réconciliation, qui parait plus que jamais impossible depuis cette autre guerre déclenchée par Israël contre l’Iran. La séquence émotion des retrouvailles familiales est particulièrement forte, comme ensuite celle des obsèques du mari de Liat, et du retour de Liat au kibboutz, à l’école où elle enseignait.
« Nous sommes pleinement conscients que ce film ne raconte que l’histoire d’une famille parmi tant d’autres, et que de nombreux récits essentiels ne seront, tragiquement, jamais racontés », sait bien Brandon Kramer.
Patrick TARDIT
« Holding Liat », un documentaire de Brandon Kramer (sortie le 1er avril).