« J’étais elle. Marguerite c’est moi parce que c’est nous toutes », assure l’actrice Salomé Dewaels, qui incarne Marguerite de la Rocque, jeune fille de la noblesse française, dans le film de Micha Wald. Une femme abusée qui a survécu dans une île déserte du Canada.

« L’Île de la demoiselle », film de Micha Wald (sortie le 25 mars), est tiré d’une histoire vraie, celle « d’une femme extraordinaire, longtemps oubliée », Marguerite de la Rocque, jeune fille de la noblesse française, évoquée dans quelques chansons, dans une nouvelle écrite par la Reine Marguerite de Navarre (sœur aînée de François Ier), et dans quelques livres. « C’est une histoire connue au Québec, j’avais une histoire avec une héroïne qui n’avait aucune idée de comment survivre », confiait le réalisateur aux Rencontres du Cinéma de Bretagne, à Guingamp, où le film était présenté en avant-première.
Venu avec son actrice Salomé Dewaels, le cinéaste belge était alors pas si loin de son lieu de tournage, l’île d’Ouessant, tout au bout de la Bretagne, censée représenter une île déserte de Terre-Neuve. « Géologiquement, ce sont les mêmes îles que Ouessant. C’est ici que ça doit se passer, c’est trop beau et trop fort », assure Micha Wald, dans cette « île hallucinante, singulière, minérale, sans arbre, proche par certains aspects des descriptions qu’on a du site historique ».
Salomé Dewaels incarne ainsi la demoiselle du titre, Marguerite de la Rocque, qui en 1542 embarque pour une traversée de l’Atlantique, une expédition coloniale à l’issue de laquelle elle doit épouser le Vice-roi du Canada à qui elle est promise. En chemin jusque La Rochelle, la jeune fille tombe sous le charme d’un gentilhomme chargé de l’accompagner, Thomas d’Artois (Louis Peres). Elle lui accorde un baiser, mais celui-ci abuse d’elle sur la plage.
Le patriarcat et la violence des hommes

« J’étais elle. Je la connaissais sur le bout des doigts. C’est une femme à qui on a imposé d’être forte. Marguerite c’est moi parce que c’est nous toutes », affirme Salomé Dewaels, habitée par ce personnage. Lors de son périple maritime, ne pouvant plus cacher sa grossesse, Marguerite est abandonnée par son oncle sur l’Île des Démons, au large de Canada, avec sa servante Damienne (Candice Bouchet), son « chevalier servant », et quelques provisions. Là, les naufragés connaissent la faim, le froid, l’hostilité, le désespoir et la folie. Seule survivante, la demoiselle est sauvée par des pêcheurs, après deux années d’abandon. De retour en France depuis le bout du monde, elle subit un procès pour sorcellerie, et n’échappe au bûcher que grâce à l’aide de Marguerite de Navarre (incarnée par Alexandra Lamy).
Dans sa façon d’évoquer le patriarcat et la violence des hommes, « L’Île de la demoiselle » est un film contemporain, mais malgré une histoire originale qui aurait pu générer un grand film d’époque, c’est un récit qui manque cruellement d’ampleur.
Patrick TARDIT
« L’île de la demoiselle », un film de Micha Wald, avec Salomé Dewaels (sortie le 25 mars).