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Droits de douane : l’Europe va-t-elle dégainer son arme anti-coercition ?

Face à la pression croissante de Donald Trump, le président français appelle l’Union européenne à sortir de sa réserve et à activer un instrument inédit de défense commerciale. Une décision lourde de conséquences, qui pourrait marquer un tournant dans les relations transatlantiques.

Match entre l'Europe et les USA (UnlimPhotos)
Match entre l’Europe et les USA (UnlimPhotos)

 

L’Union européenne est-elle prête à se défendre ? Emmanuel Macron entend bien la placer devant ses responsabilités. Selon l’entourage du chef de l’État, le président de la République demandera l’activation de « l’instrument anticoercition » européen si les menaces de surtaxes douanières brandies par Donald Trump venaient à se concrétiser. Une annonce faite à Franceinfo dimanche 18 janvier, alors que le président américain a de nouveau durci le ton à l’égard des Européens.
Samedi soir, Donald Trump a en effet menacé d’imposer de nouveaux droits de douane de 10 % dès le 1ᵉʳ février, puis de 25 % à partir de juin, tant que Washington n’aura pas obtenu gain de cause sur un dossier explosif : l’acquisition du Groenland, territoire autonome du Danemark. Une escalade qui a fait l’effet d’un électrochoc dans les capitales européennes, tant elle mêle chantage économique et revendications territoriales.

Un outil européen encore jamais utilisé

L’instrument dit « anticoercition » n’est pourtant pas une réponse improvisée. Adopté en juin 2023, bien avant le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, ce mécanisme vise à sanctionner tout pays tiers utilisant des mesures économiques pour contraindre un État membre ou l’Union dans ses choix souverains. Les textes européens définissent la coercition comme toute action — ou menace — affectant le commerce ou les investissements dans un but politique.
À l’origine, cet outil avait été pensé dans le contexte des tensions entre la Lituanie et la Chine, lorsque Pékin avait été accusé de bloquer des exportations lituaniennes après l’ouverture d’une représentation diplomatique taïwanaise à Vilnius. Après plus d’un an de négociations, les Vingt-Sept et le Parlement européen s’étaient accordés sur cet arsenal de riposte, officiellement entré en vigueur à l’automne 2023. Pourtant, en deux ans, il n’a encore jamais été activé.
Un précédent avait bien été évoqué au printemps 2025, déjà en réaction à des annonces de Donald Trump sur les droits de douane. Mais l’Union avait reculé, suscitant l’agacement de plusieurs eurodéputés et analystes, qui dénonçaient une dissuasion purement théorique tant que l’instrument restait lettre morte.

Des représailles commerciales potentiellement lourdes

Concrètement, l’UE dispose, grâce à cet outil, d’un large éventail de sanctions : exclusion des marchés publics européens, suspension d’autorisations de mise sur le marché, restrictions aux investissements, ou encore limitations ciblées sur certains secteurs stratégiques. Des mesures pensées comme un ultime recours, l’Union privilégiant traditionnellement la négociation et la médiation.
Si Emmanuel Macron souhaite aujourd’hui passer à l’acte, c’est qu’il estime ces voies diplomatiques épuisées. À ses yeux, les menaces américaines constituent des « intimidations tarifaires inacceptables » qui appellent une réponse ferme et collective. Une position partagée par plusieurs élus européens. « L’instrument anticoercition a été conçu précisément pour ce type de situation », a souligné sur X Valérie Hayer, présidente du groupe Renew Europe au Parlement européen. L’eurodéputée française Laurence Farreng abonde : « Le vrai point sensible de Trump, c’est le business. Le marché européen est une force que les États-Unis ne peuvent pas ignorer. »

Une procédure longue et politiquement sensible

Reste que l’activation de l’instrument est tout sauf automatique. La Commission européenne peut s’en saisir de sa propre initiative ou à la demande d’un État membre. Elle dispose alors de quatre mois pour déterminer s’il y a bien coercition économique. Cette évaluation doit ensuite être validée par le Conseil de l’UE à la majorité qualifiée : au moins 55 % des États représentant 65 % de la population européenne.
Une source diplomatique confirme que la France appelle les Européens à « se saisir sans délai de tous les instruments pertinents » pour défendre les intérêts communs.
Si le feu vert est donné, une phase de médiation s’ouvrira, sans limite de temps. À défaut d’accord, la Commission proposera alors des contre-mesures, que les États membres ne pourront bloquer qu’en réunissant une majorité qualifiée contre elles. Un processus complexe, mais qui pourrait, pour la première fois, transformer l’Union européenne en véritable puissance commerciale défensive.
Au-delà du bras de fer avec Washington, c’est un test politique majeur pour l’Europe : celui de sa capacité à parler d’une seule voix et à défendre sa souveraineté face aux pressions des grandes puissances.

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