Edition du dimanche 19 novembre 2017

La Chine va-t-elle dominer le monde ?

L’empire du Milieu possède un quart des bons du Trésor américain, place ses capitaux dans les multinationales et veut consolider ses investissements en Europe pour prendre le leadership économique mondial.

Faut-il avoir peur de la Chine ?

photo-chine2Au lendemain du sommet européen qui prévoit le rachat d’une partie de la dette européenne par les pays émergents, François Hollande estime « profondément troublante » la participation de la Chine au sauvetage de la zone euro.

*« Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera »* avait prédit Napoléon. Trois siècles plus tard, la Chine est devenue un acteur majeur de l’économie mondiale. La deuxième économie de la planète après les Etats-Unis dont elle détient plus du quart des bons du Trésor. Autrement dit elle peut asphyxier la grande Amérique quand elle veut.
La Chine dispose de 3.500 milliards de dollars de réserves de change. Elle construit des autoroutes en Pologne, elle achète des terres en Afrique, elle gère le port d’Athènes, rachète les PC d’IBM, dicte ses conditions à la conférence de Copenhague sur le climat. Les capitaux chinois sont présents dans les multinationales comme Total, EDF, GDF Suez, Alstom etc. La boulimie économique de l’empire du Milieu est sans limites. Et rien ne semble pouvoir l’arrêter.

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Leadership

Avec 1,3 milliards d’habitants, la Chine a organisé son récent développement sur les exportations. Elle est devenue en quelques décennies le plus grand atelier du monde. Elle produit plus du tiers de l’acier mondial, la majorité des jouets, du textile, des chaussures, des appareils ménagers, des ordinateurs… Grâce à sa main d’œuvre abondante et docile, la Chine est un pays d’assemblage low cost pour les multinationales. Ce qui a pour effet d’entraîner la fermeture massive d’usines dans les pays industrialisés.
Puissance redoutable, la Chine vise depuis quelques années à prendre le leadership de l’économie mondiale. Elle axe sa stratégie sur le long terme. Et sur deux fronts. D’une part elle maintient sa monnaie, le yuan, sous-évaluée afin d’exporter ses produits à faible coût sur les marchés étrangers. D’autre part elle combat le protectionnisme de ses partenaires. Stratégie payante. Le pays connaît une croissance économique à deux chiffres quand les pays occidentaux peinent à avoir une croissance positive. L’excédent commercial est de 200 milliards de dollars.

Reconnaissance

La Chine lorgne depuis longtemps sur l’Europe pour asseoir sa suprématie planétaire. Ses investissements sont conçus en termes géopolitiques. Face aux pays du Vieux Continent englués dans leurs égoïsmes nationaux, elle joue la carte d’investissements ciblés. Les capitaux placés dans les ports du Pirée ou du Havre visent à lui assurer la supériorité du trafic sur les mers dont elle a besoin pour ses échanges commerciaux. En France, elle s’intéresse à l’industrie du luxe et à quelques secteurs agroalimentaires, à l’industrie automobile allemande etc.
En contre partie du rachat d’une partie de la dette des pays européens, la Chine espère aussi que l’Union européenne reconnaîtra son statut d’économie de marché avant 2016, date de la reconnaissance prévue par l’Organisation mondiale du commerce.

Archaïque

Pourtant, si son économie est florissante, la Chine reste un pays archaïque par bien des aspects. Même si le revenu moyen par habitant a sextuplé en vingt-cinq ans, il reste comparable à celui du Maroc. La majorité de la population vit dans des conditions déplorables. Les inégalités sont criantes entre la ville et la campagne. La politique de la l’enfant unique provoque un choc démographique dangereux : la Chine vieillit. La corruption est généralisée. Les droits de l’Homme quasiment absents, le régime politique est l’un des plus sclérosés du monde.
Aujourd’hui, le salarié chinois accepte de travailler 70 heures par semaine, 6 jours sur 7, sans protection sociale, pour un salaire souvent inférieur à 100 euros par mois.
Jusqu’à quand ?

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