Edition du mardi 23 janvier 2018

Portrait. Yunos Bakhshi, messie des astres

Le professeur Yunos Bakhshi, à gauche, pendant une leçon d'astronomie dans collège de Kaboul en 2009

Le professeur Yunos Bakhshi, à gauche, pendant une leçon d’astronomie dans collège de Kaboul en 2009. Crédit : Afghanistan astronomy association.

Dans son pays, on le surnomme le “Fou des astres”. Yunos Bakhshi est un petit homme pétulant et souriant qui prend ses quartiers dans un faubourg discret de Kaboul.  Devant la fenêtre de son club d’astronomie, trois télescopes trônent tels des trophées. Ils lui ont valu quelques visites de policiers en pleine nuit, armes d’assaut à la main. Ici, les ombres des astronomes qui s’agitent devant un télescope aux allures de lance roquette, attirent les foudres.

Il est né à Kaboul. Il a 42 ans. Photographe professionnel, astronome amateur et fondateur du premier club d’astronomie de la capitale, ce féru des étoiles a plusieurs casquettes.

Apporter un “autre point de vue”

Combattre l’obscurantisme par les étoiles. C’est le rêve que caresse Yunos Bakhshi.
Tout commence il y a 5 ans, une nuit d’été mouchetée d’étoiles, à une vingtaine de kilomètres de la capitale. Yunos et son équipe d’astronomes en herbe observent le ciel au télescope. Le pur player Newsweek la décrit comme “une nuit parfaite”.

Dans un pays gangréné par la guerre depuis 36 ans, les superstitions autour des phénomènes cosmiques pleuvent comme les armes. L’idéologie des talibans règne en maîtresse. Le journal rapporte qu’ ”il est conseillé aux femmes de ne pas toucher leur visage pendant une éclipse, au risque de faire apparaître une tache de naissance sur celui de leur enfant”. Le jour où Yunos dépose les statuts de son club au ministère afghan de la Justice, “le fonctionnaire ouvre sa paume et lui demande de lire son avenir”.

Le “Fou des astres” se raccroche alors au côté terre-à-terre de la science pour “étendre les horizons personnels, susciter de l’empathie et combattre le radicalisme.”
Pendant son temps libre, il se rend dans les écoles du pays, une tente gonflable sous le bras en guise de planétarium et quelques posters de ses astres préférés. Son ambition : enseigner l’astronomie. Sous toutes ses formes. De la théorie mais aussi de la pratique comme par exemple savoir se servir d’un télescope. Dans un pays qui respire au rythme de la charia, pas question de dénigrer la religion. Yunos propose une troisième voie qui apporte un “autre point de vue”.
Certains de ses élèves comme Abdul Basir, l’ont déjà emprunté : “ça m’a vraiment incité à réfléchir à la création de la vie et à quoi va ressembler notre futur.”.

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