Deux ans après son installation dans les jardins du musée des Beaux-Arts, le pavillon « Dollander » de Jean Prouvé est en cours de démontage.

Cette petite maison de 1947, véritable manifeste de l’architecture industrielle imaginée par le constructeur nancéien, poursuit désormais son destin de bâtiment itinérant, à l’image de nombreuses réalisations de son créateur.
Monté en quelques heures à l’été 2024 grâce à son système constructif entièrement démontable, ce pavillon de 8 mètres sur 8 avait été prêté par un collectionneur français. Son installation offrait aux visiteurs une occasion rare de découvrir grandeur nature les principes développés par Jean Prouvé, dont les meubles et les bâtiments relèvent d’une même logique constructive.
Un pionnier de l’habitat industriel
Conçu en 1947 dans les ateliers de Maxéville, le pavillon Dollander appartient à une série extrêmement limitée de maisons à portique axial imaginées par Jean Prouvé et son frère, l’architecte Henri Prouvé. Ces constructions devaient répondre aux immenses besoins de logements de l’après-guerre grâce à une fabrication industrielle rapide, économique et démontable.
Seulement deux exemplaires furent réalisés pour l’industriel vosgien Roger Dollander, destinés à loger des contremaîtres de son usine textile de Fresse-sur-Moselle. Les deux maisons furent habitées durant plus de quarante ans avant d’être soigneusement démontées et sauvegardées.
Déjà, Jean Prouvé défendait une architecture légère, transportable et adaptable. Une vision qui lui vaut aujourd’hui d’être considéré comme l’un des précurseurs d’une architecture durable, bien avant que ces préoccupations ne deviennent centrales.
Une architecture pensée comme une mécanique
Le pavillon résume à lui seul les innovations développées par les Ateliers Jean Prouvé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
Sa structure métallique est réduite à l’essentiel : un portique central supporte l’ensemble de la toiture, tandis que des panneaux préfabriqués composent les façades. Les fenêtres à ouverture escamotable, inspirées des mécanismes ferroviaires, témoignent de l’ingéniosité technique du constructeur, toujours soucieux de produire plus efficacement avec des matériaux encore rationnés.
Henri Prouvé apporte quant à lui une dimension architecturale supplémentaire en travaillant les espaces de vie, les auvents, les circulations et les relations entre intérieur et extérieur.
De la reconstruction au marché de l’art
Ironie de l’histoire, ces maisons conçues comme des constructions économiques et temporaires sont aujourd’hui devenues des pièces majeures de l’histoire de l’architecture du XXe siècle.
Parce qu’elles étaient démontables, beaucoup ont disparu au fil des décennies. D’autres ont été sauvées par des galeristes et collectionneurs qui les ont restaurées avant de les faire voyager à travers le monde, alimentant ce que les spécialistes appellent désormais la « Prouvémania ».
Les collectivités publiques françaises, elles, n’ont conservé qu’un nombre très limité de ces architectures. La maison « Tropique » du Centre Pompidou constitue l’un des rares exemples appartenant à une collection nationale.
Nancy, capitale de l’héritage Prouvé
La présence du pavillon Dollander s’inscrivait dans une longue histoire entre Nancy et l’œuvre de Jean Prouvé.
Dès 2001, la ville organisait une exposition exceptionnelle réunissant treize constructions du célèbre constructeur dans le parc de la Pépinière. Une décennie plus tard, un parcours permanent consacré à Prouvé voyait le jour entre le musée de l’Histoire du Fer de Jarville et le musée des Beaux-Arts.
Aujourd’hui, si les espaces muséographiques se sont réduits, Nancy conserve les deux témoins majeurs de cet héritage : la maison familiale de Jean Prouvé et son atelier du Haut-du-Lièvre, tous deux classés Monuments historiques.
Une restauration exemplaire

Avant son exposition au musée des Beaux-Arts, le pavillon Dollander a fait l’objet d’une restauration minutieuse.
Chaque élément a été inventorié grâce aux plans conservés aux archives départementales de Meurthe-et-Moselle. La structure métallique a été remise en état, les panneaux de façade restaurés ou reconstruits à l’identique et les ingénieux systèmes d’ouverture des fenêtres ont retrouvé leur fonctionnement d’origine.
Cette restauration permet aujourd’hui de comprendre avec précision la modernité de la démarche de Jean Prouvé, où innovation technique, fonctionnalité et qualité architecturale ne faisaient qu’un.
Un nouveau départ
Le démontage engagé cette semaine marque probablement la fin de la présence du pavillon en Lorraine. Comme beaucoup d’autres constructions de Jean Prouvé, il devrait rejoindre une nouvelle destination, peut-être au sein d’une collection privée ou d’une grande institution internationale.
Une nouvelle étape dans le destin singulier de cette « petite machine d’architecture », conçue pour être démontée, déplacée et remontée, fidèle à l’idée que Jean Prouvé se faisait de l’habitat moderne : une architecture capable de voyager avec son temps.