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Léon XIV publie une encyclique sur l’IA et la dignité humaine

Dans Magnifica Humanitas, le pape appelle l’humanité à choisir entre la « tour de Babel » numérique et la reconstruction fraternelle d’une cité juste.

Robert F Prévost, le pape américain (Wikimedia Commons)
Robert F Prévost, le pape américain (Wikimedia Commons)

C’est un texte fondateur que le pape Léon XIV a signé ce lundi 25 mai 2026, jour de la Pentecôte. Intitulée Magnifica Humanitas « la magnifique humanité », cette lettre encyclique porte sur « la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle ». En 242 paragraphes, le souverain pontife convoque la grande tradition de la Doctrine sociale de l’Église pour éclairer un moment qu’il qualifie de « tournant historique ».

Le texte s’ouvre sur une alternative saisissante : l’humanité se trouve devant un choix entre deux chantiers bibliques. D’un côté, la tour de Babel, symbole d’une technologie sans Dieu,  »uniformisatrice », qui sacrifie la diversité à l’efficacité et la personne à la performance. De l’autre, la reconstruction de Jérusalem par Néhémie : une œuvre patiente, partagée, ancrée dans la prière et la responsabilité collective. Le message du pape est limpide : l’IA n’est ni bonne ni mauvaise en soi, mais elle prend le visage de ceux qui la conçoivent, la financent et l’utilisent.
« Aucune machine ne pourra jamais remplacer la splendeur de l’humanité. Le véritable progrès naît d’un cœur ouvert à l’autre. »

Un texte ancré dans cent trente-cinq ans de Doctrine sociale

Léon XIV situe explicitement son encyclique dans la lignée de Rerum novarum, publiée en 1891 par Léon XIII — dont c’est le 135e anniversaire — et qui inaugurait la Doctrine sociale de l’Église face à la révolution industrielle. « Comme nos prédécesseurs, nous devons demander à Dieu la sagesse nécessaire pour interpréter les grandes tendances de notre époque », écrit-il.

Deux chapitres denses sont consacrés aux fondements de cette Doctrine : la dignité inviolable de la personne humaine, image du Dieu trinitaire ; l’égalité de tous les êtres humains ; et les grands principes que sont le bien commun, la destination universelle des biens, la subsidiarité et la solidarité.

L’IA : aide précieuse ou accélérateur technocratique ?

Le cœur du document est le troisième chapitre, consacré aux promesses et aux dangers de l’intelligence artificielle. Le pape reprend la notion de « paradigme technocratique » introduite par François dans Laudato si’ et en analyse l’amplification numérique. Il s’inquiète que le contrôle des plateformes, des algorithmes et des données soit concentré dans les mains d’acteurs privés transnationaux, échappant au contrôle des États et au service du bien commun.

Face aux courants transhumanistes et posthumanistes, Léon XIV rappelle que la limite, la fragilité et la dépendance ne sont pas des erreurs à corriger, mais des dimensions essentielles de la condition humaine. Le « plus qu’humain » chrétien passe par la grâce, non par la machine.
Les cinq chapitres de l’encyclique

  1. Une pensée dynamique fidèle à l’Évangile — histoire de la Doctrine sociale
  2. Fondements et principes — dignité, bien commun, subsidiarité
  3. Technique et maîtrise — l’IA face à la personne humaine
  4. Vérité, travail, liberté — les trois piliers à défendre
  5. La culture du pouvoir et la civilisation de l’amour — guerre, paix, multilatéralisme

Vérité, travail, liberté : trois piliers menacés

Le quatrième chapitre identifie trois domaines où l’humain est particulièrement vulnérable. La vérité d’abord : la désinformation industrielle, la manipulation de l’imaginaire collectif par les algorithmes et la crise de la démocratie exigent une « écologie de la communication ». Le pape appelle à « éduquer les jeunes à jeûner de l’IA » pour préserver la pensée profonde et la capacité de vérification des faits.

Le travail ensuite : l’automatisation menace la dignité de millions de personnes. Léon XIV dénonce les « nouvelles formes d’esclavage » numériques — dépendance aux plateformes, marchandisation des comportements — et appelle à une économie qui valorise chaque travailleur, protège les familles et les jeunes.

La liberté, enfin : contre la surveillance généralisée et le contrôle social exercé via les technologies, le pape défend la liberté intérieure comme condition de toute vie digne.

Guerres, armes autonomes : l’appel urgent à la paix

Le cinquième et dernier chapitre est peut-être le plus grave. Léon XIV observe que la révolution numérique modifie « la grammaire des conflits » : cyberattaques, manipulation de l’information, automatisation des décisions stratégiques et abaissement du seuil du recours à la force transforment la guerre en une option banale. Il dénonce avec force la crise du multilatéralisme et l’impuissance des institutions internationales, et appelle à relancer la diplomatie et le dialogue.

Face à cette « culture du pouvoir », il oppose la vision héritée de Paul VI : la « civilisation de l’amour », non pas comme utopie naïve, mais comme projet exigeant qui consiste à « traduire la charité en structures de justice ».

« Nous sommes des artisans inconscients »

En conclusion, le pape revient sur l’image de Néhémie comme « figure de référence » pour notre époque : non des spectateurs résignés face aux ruines, mais des femmes et des hommes qui entrent sur les chantiers de l’histoire pour relever ce qui s’est écroulé. Il invite chaque chrétien — et au-delà, toute personne de bonne volonté — à « ne pas craindre de se salir les mains sur le chantier de notre époque ».

L’encyclique se clôt sur le Magnificat, hymne de la Vierge Marie, dont le texte fournit son titre : Magnificat anima mea Dominum. Une façon de rappeler que la « magnifique humanité » que l’Église appelle à protéger est avant tout celle que Dieu a voulu habiter.

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