Gros coup de gueule des policiers

« On continue à nous flinguer parce qu’on est flics et on voudrait nous enlever nos avantages. Nous nous sentons abandonnés » regrette Yves Milla secrétaire zonal de l’UNSA-Police.

Yves Milla, secrétaire zonal de l'UNSA-Police
Yves Milla, secrétaire zonal de l’UNSA-Police (Photo DR)

Ils n’en peuvent plus. Les policiers sont au bord de la rupture. Depuis le début de l’année, 52 fonctionnaires se sont donné la mort. Mercredi 1er octobre, ils étaient 27.000 à défiler dans Paris pour dénoncer leurs conditions de travail déplorables, leurs craintes liées à la réforme des retraites, le malaise de l’institution, l’usure liée au mouvement des Gilets jaunes, le harcèlement de la hiérarchie.
La tuerie de la Préfecture de police de Paris, le 3 octobre 2019, arrive dans ce climat déjà explosif. « On nous dit que le métier de policier est un métier comme les autres. Mais on ne voit pas nos difficultés. On nous flingue parce qu’on est flic et on voudrait nous enlever nos seules compensations, comme la retraite. Qui peut l’accepter « demande Yves Milla secrétaire zonal UNSA-Police ?

Au nom d’Allah

« Un policier qui sort de l’école gagne 1800 € par mois. C’est le prix des emmerdes et parfois le prix de la vie d’un flic. A ce tarif, mieux vaut être dealer. 1.800 € pour se faire trouer la peau au nom d’Allah, c’est pas cher payé. »
Le syndicaliste dénonce aussi l’engorgement des procédures dans les commissariats. Un exemple. « Dans un bureau de police de la région messine, on a affecté deux fonctionnaires pour traiter plus de 6.000 procédures (plaintes pénales, affaires courantes…) en affichant un délai de traitement d’un an pour cette tâche. Ce qui est utopique,  car pour tenir cette échéance, il en faudrait 10 fois plus. C’est la preuve que l’analyse hiérarchique est tronquée,  et que les patrons n’ont plus les moyens humains de pouvoir faire tourner leurs services. »

Résultat ? « Le système ne fonctionne pas » assène Yves Milla. « On alourdit les procédures tous les ans. Ce n’est plus gérable. Dans un bureau de Belfort, sur un effectif de huit fonctionnaires, trois sont en burnout. Le management est archaïque. Le fichier qui sert de base de données au DRH ne fonctionne pas. Il n’y a plus de dialogue social. Du coup, c’est la foire d’empoigne. Voilà l’une des explications des suicides. Et cela ne dérange personne. Nous sommes abandonnés par l’Etat. Cela ne peut plus durer. »