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L’image de Marie dans le Coran

L’Annonciation, Miniature de Jami al-tawarikh de Rashid al-Din, 1314.

Mohamed Arbi Nsiri, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières

Marie, Maryam en arabe, mère de Jésus, se trouve souvent mentionnée dans le Coran. On l’y trouve en 34 occurrences contre 19 dans les Évangiles et les Actes des Apôtres. Mais sur ces 34 occurrences coraniques, son nom apparaît 24 fois intégré à la désignation de son fils en tant que Messie. En conséquence, Marie ne s’y trouve mentionnée par son nom et pour elle-même qu’à 11 reprises.

Seule femme à être mentionnée d’une manière directe dans le Coran, elle est décrite comme un personnage au-dessus de tout soupçon, vierge, pure et purifiée par la grâce divine. Marie est également décrite dans le Coran comme l’unique femme consacrée à Dieu dès avant sa naissance par sa mère, et l’unique à être saluée avec vénération par les anges.

Le Coran accepte, sans hésitation, l’histoire de la fécondation miraculeuse de Marie par le Saint-Esprit. Néanmoins, il ne reconnaît ni la divinité de Jésus, ni la réalité de sa passion, de sa mort sur la croix, ni de sa résurrection. Selon le Coran, Jésus ne serait pas mort mais aurait été rappelé par Dieu auprès de lui sans passer par les épreuves de la passion, ni par la mort.

Outre des notations essentielles, mais éparpillées, le Coran consacre à Marie/Maryam deux récits continus et relativement longs, très différents par le fond comme par la forme. Le premier se trouve dans la sourate XIX qui porte son nom (sûrat Maryam) ; le second dans la sourate III qui aurait été révélée à Médine, donc à une époque tardive. En dehors de ces deux références principales, la figure de Marie/Maryam se trouve évoquée en quatre autres sourates (IV, 171 ; V, 75 ; XXI, 91 ; LXVI, 12).

Il faut noter que, concernant Marie/Maryam, le Coran n’adopte pas une forme proprement biographique, à la différence des Évangiles et particulièrement celui de Luc. Le récit y a pour principale fonction de convoquer et d’assembler les signes majeurs de la révélation en une constellation significative par elle-même.

À vrai dire, le Coran ne cherche pas à inscrire Marie/Maryam dans l’histoire et les généalogies de la promesse, mais à en proposer la figure des signes qui surplombent l’histoire.

Néanmoins ce qui, de prime abord, peut surprendre, c’est le fait que Coran fond en une seule personne le personnage de Marie, mère de Jésus et celui de Marie, sœur de Moïse et d’Aaron. La répétition de ce schéma d’identification des deux figures dans plusieurs passages coraniques ne peut laisser de doute sur le mélange, dû sûrement à la ressemblance onomastique.

La narration coranique concernant Marie s’ouvre par un épisode qui ne figure pas dans les Évangiles : le vœu de sa mère qui consacre par avance à Dieu l’enfant qu’elle porte en son sein. Le texte coranique propose deux versions de l’histoire de Marie/Maryam, en deux sourates fort différentes par leur style de narration comme par leurs orientations respectives.

Marie ou Maryam : un personnage et deux traditions

La sourate XIX suit la même chronologie que l’Évangile de Luc, ouvrant sur l’annonce de Zacharie d’un fils, précédant la visite de l’ange à Marie. Quant à la sourate III, comme le laisse entendre son titre « Al-’Imran » (La famille de ‘Imran), elle met pour sa part en évidence l’articulation des deux testaments remontant à la conception de Marie et sa consécration par sa mère, désignée simplement comme épouse de ’Imran, celui que le Livre des Nombres présente comme petit-fils de Lévi, de la tribu des Lévites, père de Moïse et d’Aaron.

Miniature persane : Marie en train de cueillir des dattes.

L’une des caractéristiques premières de la figure coranique de Marie/Maryam réside dans son silence. La seule fois où elle prend la parole, c’est lors de l’annonciation, pour s’adresser aux anges et non aux humains, et leur affirmer sa résolution de demeurer vierge, puis les interroger, en conséquence, sur les modalités de la réalisation du décret divin. Par la suite, même calomniée par les siens, elle ne leur répond pas et laisse la parole à son fils encore au berceau que le Coran présente comme « ‘Isa ibn Maryam » (Jésus fils de Marie).

En plus de cela, le Coran ne dit rien non plus des prophéties, miracles et autres événements qui, dans les Évangiles, précèdent et entourent la venue au monde de Jésus, jusqu’à l’adoration des bergers et des mages et la fuite en Égypte. Il ne retient de la vie de Marie que les signes les plus transcendants, de sa conception jusqu’à la naissance de Jésus et la présentation de celui-ci à sa famille.

En effet, les renseignements sur Marie/Maryam issus du texte coranique correspondent, dans une grande partie, aux données fournies par les Évangiles canoniques, mais de nombreux éléments sont également empruntés aux Évangiles apocryphes. Selon le Coran, les douleurs de l’enfantement s’emparèrent de Marie/Maryam alors qu’elle était au pied d’un palmier. Ce passage correspond à un texte de l’Évangile apocryphe de Pseudo-Matthieu qui mentionne, lui aussi, que la naissance de Jésus s’est faite au pied d’un palmier qui se trouve juste à côté d’un ruisseau.

Le lecteur peut facilement constater par lui-même les similitudes et les divergences du Coran avec les textes évangéliques concernant la figure de Marie. Le texte coranique confirme par exemple la naissance virginale de Jésus, mais rejette le statut du Theotokos (mère de Dieu) attribué à la Vierge Marie, par la plume des évêques de l’Antiquité tardive.

Il peut bien sûr s’avérer très éclairant et précieux de relever, dans la perspective d’une lecture d’histoire comparative, les analogies et les différences du Coran avec les Évangiles, ainsi qu’avec les diverses traditions chrétiennes, à condition que l’on n’en fasse pas le centre d’un dispositif d’explication en termes d’influences et d’emprunts. En aucun cas une telle approche, en termes de dépendances, ne pourra ouvrir à la compréhension de l’originalité d’un texte, quel qu’il soit.The Conversation

Mohamed Arbi Nsiri, Doctorant en histoire ancienne, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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