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Retraites : « L’universalité est un leurre… »

Point-de-vue. « En apportant une nouvelle fois une de mes pierres à l’édifice des retraites, je vais sans doute encore provoquer des réactions diverses » reconnaît l’ancien secrétaire d’Etat au Budget.

par Christian Eckert

Christian Eckert, ancien secrétaire d'Etat au Budget (DR)
Christian Eckert, ancien secrétaire d’Etat au Budget (DR)

Le discours sur l’universalité et les points qui mettraient justice et égalité en lieu et place des trimestres et des régimes différents est une ânerie : les tergiversations et les nombreuses exceptions entament jour après jour le principe affiché d’un régime identique pour tous. C.Q.F.D.
Je suis né dans le Nord de la Lorraine, au pays des mines de fer. Je vis à Trieux, petite ville où les mineurs ont occupé le fond de leur mine (y compris le soir de Noël) en 1963 pendant 79 jours. Ils protestaient contre leur licenciement et la disparition de leur outil de travail. J’en ai été Maire pendant 27 ans, succédant aux deux leaders syndicaux de la grève…
Outre le fait qu’eux aussi avaient refusé une trêve pour les fêtes, parler d’eux illustre mon propos initial. Les mineurs avaient un régime spécial : ils bénéficiaient du droit à la retraite après 30 années de travail « au fond ». Beaucoup avaient d’ailleurs commencé à travailler très jeunes… Certains les trouvaient privilégiés.

La négociation, le dialogue

Pourtant, la plupart d’entre eux mourraient peu de temps après la fin de leur carrière, tant leurs conditions de travail étaient rudes. Et comme il ne reste plus qu’une poignée de mineurs actifs aujourd’hui, la caisse de retraite des mines (qui sert encore des pensions surtout à des veuves !) a été stigmatisée pour ses déficits inévitables.
Cet exemple est à méditer : Les conditions de travail, l’espérance de vie et la démographie des actifs et des retraités engendrent une extrême hétérogénéité entre les secteurs d’activité.
Le système actuel a, au fil du temps, géré ces différences par des accords de branche, en exigeant plus ou moins de trimestres pour tenir compte des situations et en adoptant un calcul des retraites variable suivant les catégories. Le temps a évidemment changé certaines des conditions de travail et bouleversé des équilibres démographiques. Des mises à jour sont nécessaires, mais par la négociation, le dialogue et en revalorisant aussi les salaires des actifs comme pour les enseignants.

Accepter les différences

Que l’on compte en points ou en trimestres, on retrouve en fait les mêmes difficultés : celles d’attribuer des trimestres « gratuits » (enfants, services militaires, pénibilité, périodes de chômage…) ou de bonifier des points (pour les mêmes cas particuliers).
Tout le monde parle de la valeur de service du point. C’est certes important. Mais les conditions d’obtention des points est encore plus essentiel ! Au passage, je rappelle que seules 90% des cotisations seraient converties en points… Et que le couplet sur les pauvres hauts salaires qui cotiseront un petit peu pour rien, oublie de dire que c’est le cas pour tous !!!!

Plus que le principe des points (qui trouvera sans doute les mêmes réponses complexes que le décompte des trimestres…) c’est donc l’idée d’une gestion respectueuse des métiers qui devrait prévaloir. A l’inverse de ce qui est mis en avant par le Gouvernement. Accepter les différences et les effacer au mieux par des règles spécifiques, c’est sans doute plus républicain que de les prolonger par un dispositif injustement simpliste.

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