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Peut-on continuer longtemps à dire des âneries aux Français sur l’énergie électrique ?

Point-de-vue. Conseil en énergie, Loïk le Floch-Prigent met en garde contre la politique de production qui marginalise EDF. « Il faut poursuivre les expérimentions du solaire et de l’éolien, dit-il, mais il faut se concentrer sur les circuits courts, c’est-à-dire à l’utilisation de l’électricité produite au plus près de la production. »

Loïk Le Floch-Prigent Conseil en energie, chez Llfp (Photo Linkedin)
Loïk Le Floch-Prigent Conseil en énergie, chez Llfp (Photo Linkedin)

Par Loïk Le Floch-Prigent

Le 11 juin la Ministre de l’écologie et de l’énergie accompagnée du Président de RTE responsable du réseau électrique national ont voulu rassurer les Français : ils sont vigilants , s’il fait froid cet hiver , il n’y aura pas de black-out ! En plein déconfinement après que les français , désormais masqués, se souviennent des propos rassurants du début de la pandémie sur le fait que, certes nous n’avions pas de masques, mais qu’ils étaient inutiles et peut-être même nuisibles, cet avertissement du type « dormez bien mes petits », a des saveurs d’avertissement ! Il est vrai que l’ensemble du discours qui suit montre bien l’étendue du problème, le PPE dont les décrets viennent de sortir en Avril est déjà dépassé et c’est grâce aux centrales à charbon qui ne ferment qu’en 2022, et aux centrales à gaz que nous allons nous en sortir cet hiver 2020 /2021 !

Fermeture de Fessenheim

C’est effectivement au Parlement et dans les ministères que se décide une politique très technique, celle de la fourniture d’une énergie essentielle pour la population française, l’électricité. Il y a donc eu un plan , Plan Pour l’Electricité (PPE) et un examen permanent de la politique de production qui marginalise la Société Nationale (EDF) qui doit se plier aux vœux de la nation et des technocrates qui lui sont associés. La population doit donc être rassurée, elle vivra bien un black-out, pas forcément en 2021, mais peut-être en 2022, tout est organisé en ce sens puisque jour après jour ceux qui ont eu en charge de sécuriser une énergie abondante et bon marché sont écartés des décisions, ils doivent s’adapter aux diktats des idéologues et des bureaucrates .

La production électrique est assurée pour plus de 70% par les centrales nucléaires, pour 11% par les centrales hydrauliques, le reste par le charbon, le gaz, le solaire et l’éolien.

Deux décisions ont été prises, celle de fermer la centrale nucléaire de Fessenheim en 2020, la première tranche le 21 Avril, la deuxième le 30 Juin, privant le pays de 6 à 7 TWH, soit plus de 2% de la consommation nationale, et l’autre (PPE) de passer au plus vite à 50% seulement la production des centrales nucléaires et donc d’en fermer encore d’autres parfaitement utilisables et amorties .
Ces décisions n’ont aucune justification, ni technique, ni économique, ni climatique, il s’agit de politique politicienne destinée à plaire à un électorat anti-nucléaire. Ces décisions sont d’un cout prohibitif pour un pays qui ressort difficilement d’un séisme coronavirus qui lui a fait perdre au moins 4 ans de croissance. On aurait pu souhaiter que quelqu’un, quelque part, demande de surseoir à ces deux décisions dont la stupidité n’a d’égale que la charge pour le contribuable, mais les responsables viennent de nous dire, nous allons dans le mur, mais ne vous inquiétez pas, on s’en occupe.

Une centrale à charbon

Qu’importe si la décision de fermeture de Fessenheim a entrainé la mise en service d’une centrale au charbon de 600 MW dès le mois d’avril pour veiller à l’approvisionnement électrique de la région aux trois pays qu’elle desservait , qu’importe les 9 millions de tonnes de CO2 émises, qu’importe les 2000 emplois, qu’importe les risques de pénurie …ou de black out, nous avons encore les centrales à charbon, nous avons un programme d’effacement (industriels prêts à arrêter leur production) procédure non gratuite pour le contribuable, (faut-il vraiment encourager les usines à arrêter de produire alors qu’elles viennent de subir trois mois de difficultés-coronavirus ), et puis les Français n’ont pas de thermostats et le gouvernement (donc le contribuable) va leur donner 150 euro par nouveau thermostat installé destiné à faire des économies d’énergie. Bien sur il a été remarqué que nous vivions en électricité inter connectée et que nos voisins allaient nous fournir une énergie (gratuite ?) dès que nous en aurions besoin !

Quand va-t-on arrêter de prendre 65 millions de français pour des enfants attardés à qui on peut asséner n’importe quoi ? Les masques ne vous ont pas suffi ?

Éviter le black-out

La réalité c’est que nous avons une des électricités les plus décarbonées du monde, de l’ordre de 85% avec le nucléaire et l’hydraulique, et que c’est notre intérêt de les conserver. Pour passer l’hiver 2020/2021 , compte tenu de la fermeture de Fessenheim et du retard pris dans le programme de maintenance dû au confinement et donc à l’arrêt des travaux, la production d’électricité nucléaire doit être réexaminée pour être surs d’éviter le black-out. Heureusement il nous reste des centrales à charbon -celle de Cordemais en Loire-Atlantique sauve chaque année la Bretagne depuis dix ans- des centrales à gaz qui ont fonctionné à plein régime toute l’année 2019, car il se trouve, les responsables se gardent bien de le dire, que l’hiver correspond à une période souvent sans vent et sans soleil ! C’est donc le mix électrique associé au nucléaire qui nous permet chaque hiver de nous donner lumière et chauffage. Les beaux discours sur les énergies nouvelles sont intéressants en Mai et on arrive alors à dire: « tel jour on a eu 10% de solaire, tel autre 30 % d’éolien » , ce n’est pas inexact, mais cela correspond , à cause de l’intermittence et de la non prévisibilité à des surcouts qui ont déjà augmenté de 25% la note d’électricité de chaque Français et qui a réduit la compétitivité industrielle des gros consommateurs. Il faut poursuivre les expérimentions du solaire et de l’éolien, mais maintenant que nous disposons des chiffres , il faut se concentrer sur les circuits courts, c’est-à-dire à l’utilisation de l’électricité produite au plus près de la production .

Quatre fois le prix

Nous avons tous les éléments pour remettre le dossier électrique sur les bons rails, nous savons que nous allons à plus ou moins brève échéance connaitre un black-out un hiver prochain, on nous l’a annoncé, qu’attendons-nous pour revenir sur un programme suicidaire ? En hiver froid nous ne pouvons pas compter sur les fermes éoliennes ou solaires pour nous en sortir. Fermer le charbon et une partie du nucléaire conduit à nous précipiter sur des centrales à gaz, est-ce que nous le voulons, comme le font les Italiens ? Mais continuer à sortir des âneries en mélangeant la base et le pic, en prenant des jours de soleil et de vent pour crier victoire et en déroulant des programmes d’investissements d’éoliennes en mer comme au Cap Fréhel en Bretagne avec un prix de l’électricité quatre fois celui du nucléaire et en faisant payer le raccordement au contribuable touche à l’odieux. On a le droit de penser et de réfléchir dans notre pays, le droit aussi d’éviter notre faillite collective.

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La production électrique est assurée pour plus de 70% par les centrales nucléaires, pour 11% par les centrales hydrauliques, le reste par le charbon, le gaz, le solaire et l’éolien.(photo LLFP)
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