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Conflit au Moyen-Orient : la France, grande perdante de la crise pétrolière ?

Alors que les marchés pétroliers ont connu en quelques heures des variations dignes des ‘montagnes russes — plus 29 % puis moins 30 % — l’économiste Marc Touati livre une analyse sans concession : la zone euro, et la France en particulier, seront les grandes victimes de cette nouvelle crise géopolitique.

MARC TOUATI
Marc Touati

Le baril sous haute tension

En quelques jours seulement, le prix du baril de Brent a connu des soubresauts historiques. Après avoir atteint un sommet à 119,5 dollars — son plus haut niveau depuis mars 2022 — il s’est effondré à 83,7 dollars en l’espace de dix-sept heures, avant de se stabiliser autour de 92 dollars. Principale cause de ce retournement : une déclaration de Donald Trump évoquant une fin imminente du conflit au Moyen-Orient. Pour Marc Touati, la leçon est claire : « soyons très prudents sur les cours du baril, c’est extrêmement volatil ». Il rappelle à cet égard le choc de 2007-2008, où des prédictions de 250 dollars le baril avaient été balayées par une chute à 34 dollars.
Si la hausse actuelle (+50 à 60 % depuis fin 2025) reste pour l’heure moins sévère que celle consécutive à la guerre en Ukraine (+130 dollars le baril en 2022), l’économiste souligne que « le mal est fait » : les effets inflationnistes, une fois enclenchés, mettent du temps à se résorber.

L’inflation de retour, la croissance en berne

La corrélation entre prix du pétrole et inflation est mécanique et bien documentée. Marc Touati prévoit désormais une inflation française à 3,2 % d’ici décembre 2026, contre 1 % en février. Une mauvaise nouvelle pour les ménages, d’autant que ce sont les postes incompressibles — énergie et alimentation — qui seront les plus touchés, pesant davantage sur les foyers modestes.
Sur le front de la croissance, le tableau n’est guère plus réjouissant. L’économiste révise sa prévision pour la France à seulement +0,4 % pour 2026, contre +2 % aux États-Unis — pays exportateur net d’énergie, donc avantagé par la hausse des cours. La zone euro dans son ensemble n’atteindrait que +0,7 %, tandis que la croissance mondiale serait ramenée à 2,5 %. Fait aggravant, en février 2026, la France figurait avec le Canada parmi les deux seuls pays développés dont l’indice des directeurs d’achat (PMI composite) restait sous la barre des 50, signalant une contraction économique.

Des finances publiques qui paralysent toute réaction

C’est ici que réside, selon Marc Touati, la principale différence avec la crise de 2022 : la France n’a plus les moyens de « relancer la machine« . Avec une dette publique à 117,7 % du PIB et un déficit chronique — la France est le pays de la zone euro ayant le plus souvent (21 fois depuis la création de l’euro) dépassé le seuil de 3 % de déficit, devant la Grèce et le Portugal — l’État ne peut ni dépenser davantage ni espérer que la BCE baisse ses taux, puisque l’inflation repart à la hausse.
Les taux d’intérêt français à dix ans ont déjà reflué vers 3,5-3,6 %, leurs plus hauts depuis novembre 2011. Pire, l’économiste n’exclut pas un krach obligataire qui les propulserait à 4,5 %. Ce phénomène, couplé à un euro affaibli — qui renchérit mécaniquement les importations libellées en dollars, pétrole en tête —, constitue un cocktail potentiellement dévastateur pour l’économie française.
Les signaux microéconomiques confirment cette détérioration : les défaillances d’entreprises ont atteint un nouveau record historique à près de 69 000 sur douze mois en janvier 2026, soit 14,5 % au-dessus du précédent sommet de septembre 2009.

Marchés financiers : l’Europe sanctionnée, l’Amérique épargnée

La géographie des pertes boursières depuis le début du conflit (27 février – 10 mars 2026) illustre parfaitement cet écart de vulnérabilité. Le CAC 40 accuse la plus forte baisse parmi les grandes bourses européennes (-6,3 %), devant le DAX allemand (-5,4 %) et l’EuroStoxx 50 (-5,1 %). À l’inverse, le S&P 500 américain ne cède que 1,2 %, le NASDAQ grappille même quelques dixièmes, et la bourse saoudienne progresse de 1,5 %.
L’or, valeur refuge par excellence, maintient quant à lui ses niveaux élevés autour de 3 185 dollars l’once. Sur l’immobilier, en revanche, la remontée des taux laisse présager une reprise de la baisse des prix.

Un constat sévère mais cohérent

Marc Touati dresse un constat sévère mais cohérent : contrairement aux crises précédentes où l’État pouvait amortir le choc par la dépense publique, la France se retrouve aujourd’hui prise en étau entre une inflation repartie à la hausse, des finances publiques dégradées, et des banques centrales dans l’impossibilité de baisser leurs taux. Le résultat : une stagflation annoncée, une bourse à la peine et une croissance quasi nulle. Pour l’économiste, l’issue passe impérativement par une réduction des dépenses publiques et de la pression fiscale — un changement de cap que les dirigeants actuels, selon lui, refusent toujours d’engager.

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