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Crise politique en vue : François Bayrou joue son va-tout avec un vote de confiance

Le Premier ministre français mise tout sur un coup de poker politique en réclamant la confiance des députés le 8 septembre, dans un contexte de crise économique et financière majeure. Analyse de l’économiste Marc Touati.

Marc Touati
Marc Touati

Un pari risqué sur fond de crise

François Bayrou a annoncé lundi qu’il engagerait le 8 septembre la responsabilité de son gouvernement devant l’Assemblée nationale, avec un vote de confiance qui pourrait entraîner sa chute si une majorité ne se dégage pas. Cette décision survient dans un contexte particulièrement tendu, marqué par une récession larvée et une dégradation inquiétante des indicateurs économiques français.

Selon l’analyse de l’économiste Marc Touati, cette stratégie s’apparente à un « suicide politique ». Les calculs arithmétiques semblent défavorables au Premier ministre : avec 265 députés d’opposition (PCF, LFI, Écologistes, RN) assurés de voter contre, et seulement 226 députés susceptibles de le soutenir, les chances de survie du gouvernement Bayrou paraissent minces.

Une situation économique alarmante

L’annonce du vote de confiance intervient alors que la France traverse une période économique particulièrement difficile. Les indicateurs révèlent une situation préoccupante :

  • Récession masquée : Hors stocks, le PIB français a chuté de 0,9% en deux trimestres
  • Investissement en berne : -4,1% sur sept trimestres pour l’investissement des entreprises
  • Confiance des ménages au plus bas : plus faible que pendant le Covid-19 ou les Gilets jaunes
  • Perspectives de chômage : le taux pourrait remonter à 9% d’ici fin 2025-2026

Les marchés financiers sous pression

La simple annonce du vote de confiance a déjà provoqué des tensions sur les marchés financiers. Les taux d’intérêt français à 10 ans ont grimpé à 3,51%, creusant l’écart avec l’Allemagne (2,73%) à 80 points de base — un niveau inquiétant qui place la France en tête des taux de la zone euro, devant l’Italie, la Grèce ou le Portugal.

Cette dégradation s’accompagne d’une chute du CAC 40 (-3,5% en quelques jours) tandis que les investisseurs se tournent vers les valeurs refuges comme l’or, qui résiste bien à 3377 dollars l’once.

Des conséquences potentiellement dramatiques

En cas d’échec du vote de confiance, la France entrerait dans une crise politique majeure avec :

  • La nécessité de nommer un nouveau Premier ministre ou d’organiser de nouvelles élections législatives
  • Une aggravation de la récession déjà présente
  • Une hausse des taux d’intérêt qui pourrait atteindre 4 à 4,5%
  • Un risque de contagion à l’ensemble de la zone euro
  • Une instabilité politique prolongée nuisant à l’attractivité économique du pays

L’inflation américaine, autre sujet d’inquiétude

Parallèlement, les États-Unis font face à un retour de l’inflation (+2,7% en glissement annuel, +23,5% depuis janvier 2021), compliquant la tâche de la Réserve fédérale qui envisage pourtant de baisser ses taux d’intérêt sous la pression de l’administration Trump.

Cette situation pourrait profiter au dollar face à un euro fragilisé par la crise française, accentuant les déséquilibres économiques mondiaux.

Le 8 septembre s’annonce donc comme une date cruciale pour l’avenir politique et économique de la France, avec des répercussions potentielles bien au-delà des frontières nationales.

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