Grand Est : Des signaux toujours positifs

Dans une note de conjoncture, l’insee souligne la relative bonne santé de l’économie dans un contexte européen morose.

Emploi dans le Grand Est début 2018 (source: insee)
Emploi dans le Grand Est début 2018 (source: insee)

La situation économique du Grand Est, comme celle des autres régions métropolitaines, évolue en ce début d’année 2018 dans un contexte de ralentissement général européen. La progression de l’emploi salarié est limitée ce trimestre, soutenue cette fois-ci par le tertiaire et la construction. Le taux de chômage augmente à nouveau, mais reste contenu en deçà de 9 % pendant que le nombre de demandeurs d’emploi poursuit son recul. La conjoncture reste favorable pour la construction. La fréquentation étrangère entraîne une forte progression du nombre de nuitées dans la région. Sur la lancée de la fin d’année 2017 et pour le troisième trimestre consécutif, les créations et défaillances d’entreprises sont toujours bien orientées. Les exportations sont quant à elles toujours en hausse.
Chez nos plus proches voisins, la croissance décélère en Allemagne et en Belgique, mais reste solide en Suisse et au Luxembourg. Le marché du travail est bien orienté partout.

(Erwan Auger, Nicolas Deboudt, Thomas Ducharne, Vincent Greiner, Marie-Laure Kayali, Philippe Marchet, Elena Mironova, Insee)

Ralentissement de l’emploi salarié

Dans le Grand Est, le rythme de croissance de l’emploi salarié se limite à + 0,1 % au premier trimestre 2018 (soit 1 670 créations) après une hausse de 0,3 % au trimestre précédent. C’est aussi le cas en France (+ 0,2 %, hors Mayotte). L’emploi stagne, voire diminue même dans les régions voisines. Dans le Grand Est, l’emploi progresse autant dans le secteur privé que dans la fonction publique (+ 0,1 %), contrairement au niveau national où c’est le secteur privé qui est moteur ce trimestre (+ 0,2 % contre + 0,0 %).
Avec 2 130 créations nettes, soit une hausse de 0,5 %, le Bas-Rhin contribue fortement à la croissance régionale, tout comme la Marne (+ 0,4 %). Les autres départements affichent une stabilité, voire un recul de l’emploi avec des évolutions allant de + 0,1 % en Meurthe-et-Moselle à – 0,4 % en Haute-Marne et dans la Meuse.

Le tertiaire et la construction soutiennent les créations

La croissance de l’emploi dans le secteur du tertiaire marchand hors intérim accélère légèrement (+ 0,3 % après + 0,2 %), contrairement au niveau national (+ 0,3 % après + 0,5 %). Ce sont ainsi 2 100 emplois qui sont créés dans le Grand Est. C’est le commerce qui contribue le plus à cette hausse avec 900 créations (soit + 0,4 %), notamment grâce à l’ouverture d’un Primark à Metz. L’hébergement-restauration et les services aux entreprises confirment également leur bonne santé (+ 0,6 % et + 0,4 %). À l’inverse, le nombre d’emplois diminue dans les services immobiliers et financiers (- 1,1 % et – 0,2 %). Le tertiaire marchand hors intérim se développe dans les Ardennes, la Moselle et le Bas-Rhin (+ 0,6 %, + 0,5 % et + 0,4 %). Il ne recule que dans la Meuse (- 0,1 %).
En parallèle, le tertiaire non marchand gagne 430 emplois, soit une augmentation de 0,1 %, tandis qu’il reste stable en France. Sur un an, le secteur affiche toutefois un repli de 0,2 % dans la région comme au niveau national. Ce trimestre, l’emploi s’accroît significativement dans le Bas-Rhin, la Marne et la Meurthe-et-Moselle (+ 0,4 % chacun) et se stabilise dans la Meuse (+ 0,1 %). Il régresse partout ailleurs, avec des baisses comprises entre – 0,2 % et – 0,3 %.
Dans la construction, le rythme des créations ralentit à + 0,2 % après une augmentation de 0,4 % au trimestre précédent. La tendance est similaire au niveau national (+ 0,3 %). Le secteur de la construction perd toutefois des emplois dans une majorité de départements allant jusqu’à – 2,5 % en Haute-Marne. La progression reste cependant dynamique dans le Haut-Rhin, le Bas-Rhin et la Meurthe-et-Moselle (+ 1,3 %, + 0,7 % et + 0,7 %).

L’intérim et l’industrie repartent à la baisse

Après une hausse ininterrompue de l’emploi depuis 2016, l’intérim marque un coup d’arrêt en ce début d’année avec une diminution de 1,1 % (soit 770 suppressions. Le repli de l’emploi intérimaire est visible dans six départements dont la Meuse et la Moselle (- 7,4 % et – 7,1 %). Il progresse néanmoins fortement dans l’Aube (+ 8,3 %) et résiste sur le territoire alsacien et dans la Marne. Seuls l’agriculture et les services non marchands, qui comptent peu de contrats, affichent une hausse d’intérimaires (+ 7,5 % et + 4,1 %). L’emploi dans les autres secteurs régresse, notamment dans la construction (- 5,2 %).
Dans l’industrie, la situation se dégrade à nouveau après une fin d’année 2017 encourageante, notamment au niveau national. Ainsi, 640 emplois sont supprimés, soit une baisse de 0,2 %, tandis qu’au niveau national l’emploi industriel stagne. Le recul provient essentiellement de la fabrication de matériels de transport et des autres produits industriels (- 1,0 % et – 0,3 %). Les secteurs de l’industrie agro-alimentaire et de la fabrication des biens d’équipement continuent toutefois de créer des emplois (+ 0,2 % et + 0,1 %). Seuls trois départements présentent un solde positif : la Haute-Marne, le Bas-Rhin et les Ardennes (+ 0,4 %, + 0,3 % et + 0,1 %). L’emploi industriel recule ailleurs, les baisses les plus marquées se situant dans l’Aube, en Moselle et en Meurthe-et-Moselle (- 0,8 %, – 0,6 % et – 0,6 %).

Remontée contenue du taux de chômage

Après une baisse très marquée au quatrième trimestre 2017, le taux de chômage remonte de 0,2 point en ce premier trimestre de l’année, mais reste contenu, à moins de 9 %. Il touche 8,8 % de la population active, presque autant qu’en France métropolitaine (8,9 %). Sur les douze derniers mois, le repli est de 0,6 point, mais il se réduit ; il était de 1,3 point au trimestre précédent.

La baisse du nombre de demandeurs d’emploi se confirme

Au premier trimestre 2018, le Grand Est compte 464 500 demandeurs d’emploi de catégories A, B et C, soit une baisse de 0,5 % par rapport au trimestre précédent. En revanche, en France métropolitaine, ce nombre est stable à nouveau comme au trimestre précédent.

Amélioration dans le logement résidentiel

Dans la région Grand Est, 29 900 logements ont été autorisés à la construction entre avril 2017 et mars 2018. Le nombre de permis de construire est en hausse de 4,3 % par rapport à la même période un an auparavant, plus qu’au niveau national (+ 2,5 %, hors Mayotte). Cette augmentation est particulièrement élevée dans l’individuel et le collectif (+ 6 % et + 4 %).
26 200 logements ont été commencés dans la région entre avril 2017 et mars 2018. Les mises en chantier augmentent fortement dans le Grand Est par rapport à la même période un an auparavant (+ 16 %), essentiellement grâce aux logements collectifs (+ 22 %). Sur le territoire national, le nombre de logements commencés est en hausse de 9 %.

Un début d’année marqué par une nette progression de la fréquentation étrangère

Avec plus de 3,6 millions de nuitées enregistrées entre janvier et mars 2018, les hébergements collectifs de tourisme du Grand Est ont connu pour le neuvième trimestre consécutif une hausse de leur fréquentation. Leurs nuitées augmentent de 9,3 % par rapport à un premier trimestre 2017 en demi-teinte pour le secteur. Supérieure à celle observée dans l’ensemble de la métropole (+ 7,4 %), cette hausse est avant tout à mettre à l’actif d’une clientèle non résidente en très forte augmentation en ce début d’année (+ 21 %). À l’origine de sept nuitées sur dix au cours de cette période, la clientèle originaire de métropole renforce également sa présence, mais de manière moins marquée (+ 5 %).

Les créations encore bien orientées

Le premier trimestre 2018 semble confirmer la bonne tenue récente des créations d’entreprises dans la région, à un rythme toutefois moins soutenu. Le Grand Est compte 9 000 nouvelles entreprises, soit 260 de plus qu’au trimestre précédent (+ 3 % après + 7,8 %, en données CVS). Cette croissance est un peu plus faible qu’à l’échelon national (+ 4,9 %). Les immatriculations réalisées sous le régime de micro-entrepreneurs progressent plus que les formes classiques (+ 3,6 % contre + 2,6 %).

Léger frein dans la progression des exportations

Même si elles ralentissent, les exportations du Grand Est sont toujours bien orientées en ce début d’année 2018 (+ 3,5 % à 16,1 milliards d’euros). La tendance est similaire pour les ventes vers la zone euro, qui progressent de 2,3 %.

Contexte national : l’activité économique française croîtrait en 2018 à un rythme moins soutenu qu’en 2017

En France, l’activité économique a ralenti début 2018 (+ 0,2 %) après un quatrième trimestre 2017 dynamique (+ 0,7 %). L’investissement des entreprises a calé du fait du repli de l’investissement en biens manufacturés. La consommation des ménages a été atone au premier trimestre, à l’image de sa faible progression en 2017. Enfin, les échanges extérieurs se sont légèrement repliés, la contribution du commerce extérieur à la croissance s’annulant en début d’année, après avoir été nettement positive fin 2017.
Le climat des affaires s’est replié depuis son point haut de la fin 2017 mais reste à un niveau élevé. Le PIB progresserait de 1,7 % en 2018, après 2,3 % en 2017. L’emploi marchand resterait dynamique mais ralentirait en 2018, permettant tout de même une poursuite de la baisse du taux de chômage qui s’établirait à 8,8 % en fin d’année.

Contexte international : le commerce mondial resterait solide mais ralentirait un peu

Début 2018, le commerce mondial garderait de l’élan mais décélérerait un peu après une franche reprise fin 2017. Les tensions protectionnistes pourraient, par ailleurs, peser sur la vigueur des échanges internationaux.
L’inflation s’élèverait franchement aux États-Unis et un peu moins en zone euro, portée par la diffusion des hausses de prix de l’énergie. D’ici fin 2018, la politique budgétaire expansionniste porterait l’accélération de l’activité aux États-Unis, mais intervenant en haut de cycle, elle contribuerait à la hausse des prix et pourrait présenter un risque sur les taux d’intérêt américains.
Dans les autres économies avancées, l’activité augmenterait un peu moins vite qu’en 2017.