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Lettre d’Aurore Kleper 452B à Gaïa (conte poétique d’actualité -1-)

Voici la lettre qu’une planète dénommée Kepler 452B a adressée à la nôtre. Cette planète existe dans la constellation du Cygne. Elle a été découverte par le satellite observatoire Kepler en 2015. Elle a la particularité de pouvoir être habitée par les similitudes qu’elle présente, taille, âge, distance de son soleil, avec notre terre qui, chez les Grecs, s’appelait Gaïa. Les Grecs considéraient Gaïa comme un ensemble vivant.

Kepler 452 et la Terre (wikipedia)
Kepler 452 et la Terre (wikipedia)
Dr Gilles Voydeville
Dr Gilles Voydeville (DR)

Par Gilles Voydeville

Aurore Kepler
N°452 B
Constellation du Cygne

à

Gaïa,
3 ronde du Soleil,
Superamas de la Vierge,
Laniakea, Voie lactée.

Ma chère Gaïa,

Je fais suite à la lettre que tu m’as adressée il y a trois ou quatre lunes. Les derniers événements que tu m’as rapportés me poussent à t’encourager et à te soutenir dans tes choix. Tu as toujours été exemplaire et su montrer ta résilience. Je sais que tu seras encore une fois à la hauteur de ta réputation planétaire car ton histoire est jalonnée de combats gagnés. Jusqu’à ce jour, tu t’es suffisamment protégée contre la folie de tes rejetons, si bien que tu es encore vivante. Ce qui n’est pas si fréquent dans notre univers. Mais c’est aussi parce que tu sais te faire aider quand il le faut.

À ce sujet, je me souviens d’une histoire d’il n’y a pas si longtemps, quand tu souffrais d’avoir à supporter certaines de tes créatures, pas toutes celles qui couraient et gambadaient allégrement dans très prairies, mais d’énormes bêtes devenues des mastodontes qui régnaient au lieu d’exister. Leur emprise et leur poids t’étaient devenus un tel fardeau que tu te lamentais et tournais en ronde de bien triste manière. Pour se nourrir, les uns rasaient tes prés et les autres carnassiers, déchiquetaient tes troupeaux de cervidés de leurs sanglantes mâchoires. Tu avais alors sollicité nos sœurs du Cosmos qui t’avaient envoyé un petit astéroïde. Cela avait bien fonctionné car tes prédateurs avaient disparu assez vite. Mais tu n’étais pas passée loin du désastre. Il s’en était fallu de peu que tu ne meures aussi de cette collision. Cela t’avait un peu calmé contre les mesures radicales et depuis tu as décidé d’être vigilante et de compter sur toi-même. Ce qui semble te réussir.

Il chassait, il cueillait

J’en reviens à ton problème actuel. En fin de compte, son origine ne remonte pas à beaucoup plus de trois ou quatre millions de cycles que tu as effectués autour de ton maître le soleil. En toute innocence, sur ta belle écorce au pied d’une faille parsemée de savane et de lacs, tu avais laissé se développer un petit être, un humanoïde, qui t’avait d’abord amusée. Il te séduisait par ses facéties, ses mimiques, ses inventions. Il était habile, joueur mais comme tu avais pressenti son pouvoir, tu avais pris quelques précautions pour le contenir. Tu l’avais équipé d’un système de subsistance complexe l’obligeant à se nourrir avec des aliments très variés. Et tu le contrôlais donc en lui imposant des déplacements incessants pour qu’il trouvât sa pitance. Il chassait, il cueillait. Ta générosité était mesurée pour que son emprise n’entravât pas trop le sort de tes autres créatures, les plus fragiles comme les plus fortes, car tu avais remarqué qu’il compensait sa faiblesse par sa ruse.

Ma chère Gaïa grand bien t’en prît, car si tu avais fait de cet humain un herbivore, il t’aurait créé des ennuis beaucoup plus tôt. J’ai l’une de mes amies – tu ne la connais pas car elle tourne très loin de toi, de l’autre côté de l’univers vers Cepheus, c’est à dire que je suis entre vous deux. Eh bien, contrairement à toi, elle avait négligé de concevoir un tel contrôle pour l’une de ses plus grandes créatures et avait laissé s’épanouir ces grands animaux au milieu de ses océans. Ils ne consommaient que du poisson et elle les avait dotés de longs bras pourvus de ventouses si bien qu’ils n’avaient qu’à les allonger pour porter à leurs huit becs tous les autres habitants de ses océans. Je crois savoir que tu possèdes un animal de ce type, mais si tu n’as pas réussi à lui assigner un régime particulier, tu l’as doté d’un prédateur digne de ce nom. Donc mon amie comprit trop tard qu’elle n’avait pas su limiter leur croissance. Elle aurait pu prévoir de petits alliés nocifs comme des planctons vénéneux pour les juguler, mais son céphalopode n’aimait pas le plancton. Elle songea à infester des poissons mais la masse des océans est telle qu’il aurait fallu des trillions de trillions de microbes pour avoir une chance d’infester son objectif. Eh bien, après deux millions de cycles autour de son astre, elle commença à comprendre ce qui se passait. Ses grands céphalopodes avaient tout dévoré. Il ne restait plus un poisson dans les mers et les planctons débordaient des côtes. Faute de mieux, ils commencèrent à se manger entre eux. Puis le plancton grouilla tellement qu’il leur devint impossible de nager. L’eau fut bientôt remplacée par des mers d’algues vertes et les derniers monstres moururent au fond des abysses. Le plancton déborda sur sa terre et émit tant de gaz que son atmosphère devint irrespirable et que toute forme de vie disparut. Le plancton résista un demi-million de cycles et finit par disparaître par manque d’eau. Aujourd’hui sa planète est morte. Il n’y a plus d’eau et donc aucune chance pour que la vie revienne.

À moins qu’elle ne soit frappée par un astéroïde de glace, c’est à dire une chance sur un trillion dans les dix milliards de cycles à venir.

Jaloux, violent, cupide

 

Revenons à toi ma chère Gaïa ; nous nous souvenons que ton petit être charmant se lassât en assez peu de temps de son repos dans la fraîcheur de tes grottes, de la chasse à l’ombre de tes boqueteaux et de la cueillette au pied de tes vergers. Il y avait pourtant enfanté avec ardeur et dessiné avec grâce. Tu lui avais même confié le secret du feu. Il en avait profité pour rôtir des cuissots de gazelles et déguster des échines des bisons ; quand ce n’était pas la chair de tes poissons frétillant dans tes eaux claires. Quel don tu lui avais fait là ! Qui plus était, des braises il en usait pour se garder des froidures et de tes autres créatures. Mais ta mousse avait beau eu lui faire des couches moelleuses, tes fleurs des parterres odorants, il avait en lui un besoin de créer, de dominer que tu n’as jamais pu étouffer ni refouler. Ta création t’avait échappé et proliféra. Comme tes grottes étaient trop rares, des frondaisons il fit des huttes et composa des villages. Puis il les entoura de murs de boue, de pierre, défricha alentour tes arpents, y fit germer des plantes et construisit des enclos pour garder tes bêtes qu’il avait soustraites à leur longue course dans tes larges plaines.
Heureusement tu l’avais créé jaloux, envieux, violent et cupide. Au lieu de se contenter de récolter, de traire et de polluer tes sources, il se querella avec ses semblables. La décimation par le glaive limita son accroissement et tu crus l’avoir encore sous ta coupe. Mais les plus malins et les plus méchants d’entre ces petits êtres finirent par en dominer d’autres et par les asservir. Ainsi se créèrent de grandes tribus puis des royaumes qui eurent le mérite d’organiser des guerres et de tuer en grand nombre ce que les premiers avaient déjà commencé. Tant qu’il était occupé, tu te réjouissais qu’il ne soit pas trop dangereux pour ta nature.

La terre (wikipédia)
La terre (wikipédia)

Les pouloïdes mourraient

Le jour de l’émancipation de ton petit être charmant advint toutefois dans ces moment-là : ce fut quand il comprit qu’il pouvait tracer ce qu’il aurait pu oublier. Je t’avais prévenue car j’avais subi la même chose il n’y a pas très longtemps, pas plus d’un million de cycles autour de mon astre. Mes ovoïdes eux, avaient commencé par mettre des perles (ici c’est très courant car les huitres naissaient toutes avec, enfin avant) dans leur poche dorsale qu’ils utilisaient auparavant uniquement pour la reproduction. Cela leur permit de savoir combien de fois ils avaient trait les pouloïdes qu’ils avaient domestiqués. Car s’ils leur tiraient plus de 27 fois leur lait en une petite lune (je te rappelle que moi j’en ai deux une petite et une grande), les pouloïdes mourraient.

Donc je me souviens très bien que le tien usa de petites tablettes d’argiles et y traça des bâtons pour compter les bêtes qu’il avait enfermées dans des parcs. Car il se méfiait de ses semblables qu’il savait pouvoir lui prendre ce qu’il venait lui-même de te voler. Après, il inventa d’autres signes pour noter ses pensées. Puis il les grava sur de grandes pierres, de belles pierres d’ambre, de marbre, de rosette. Ainsi il organisa ses royaumes et en fit des empires. Sa force devint si grande qu’il asservit ton bétail, épuisa tes minerais, détourna tes rivières et découpa tes montagnes pour couvrir ses villes de pierres et de palais. Cela ne manqua pas de t’inquiéter.

Les créatures célestes

Nous en avions discuté, c’était le moment d’agir. Tu laissas ta bouillante colère monter dans tes veines et fit sortir ton magma par d’énormes boutons entre les plaques de ton écorce. Et tu fis si bien que ta lave ébranla tes mers et que tes cendres obscurcirent ton ciel. Après tes eaux balayèrent ses cités et noyèrent ses récoltes. Pendant longtemps ton ciel resta si noir que les rayons de ton maître le soleil ne purent traverser cette brume morbide et que plus rien ne poussa sur ta terre. Il est toujours difficile de mesurer sa colère. Tu m’as dit que les arbres, des chênes aujourd’hui pétrifiés, qui ont vécu en ce temps portent à jamais les stigmates de ta ire. Les cernes de leurs troncs de pierre de ces années-là sont si minces que l’on sait qu’ils n’ont pas vu la lumière magistrale. Mais bonne mère, jusqu’à présent tu n’as jamais recommencé à frapper aussi fort.

gaïa
Éon, dieu de l’éternité, est représenté dans une orbe céleste constellée des signes zodiacaux, entre un arbre vert et un arbre dégarni (été et hiver). À ses pieds la terre-mère Tellus (Gaïa romaine) avec quatre enfants, les quatre saisons personnifiées (Glyptothek / Public domain)

Mais ni toi ni moi ne croyons que ton petit rejeton comprît ton message. Il dut l’attribuer comme toujours à une vengeance des créatures qu’il s’était données pour maîtres : ces fameux dieux. Ton petit être charmant est complexe et ne comprend rien à ta nature. Il veut toujours être puni pour s’être trop nourri ou avoir trop forniqué, ou n’avoir pas assez honoré les habitants qu’il s’imagine dans le ciel ; mais il ne pense jamais qu’il t’a agacée. Peu d’entre ces petits êtres charmants t’ont jamais vénérée. Peut-être quelques tribus des grandes forêts, quelques peuples des grandes plaines qui adorent tes monts ou d’autres tes sources. Bien peu en vérité. Il préfère vraiment ses créatures célestes. Grand bien t’en fasse. Car comme ces créatures célestes ne se sont jamais entendues entre elles, elles ont été à l’origine de tant de guerres qu’elles ont permis de limiter grandement le nombre des bouches que tu aurais eu à nourrir.

Toutefois déjà à l’époque tes ressources ne suffisaient pas à satisfaire toutes ses exigences. Tu essayais de lui expliquer que ta féconde nature n’avait pas le pouvoir de le nourrir à foison. Mais Il ne voulait rien comprendre. Et quand ton maître était capricieux et se cachait trop derrière tes manteaux de brume, les récoltes étaient mauvaises et la faim faisait des morts qui t’étaient reprochés. Mais qui te soulageaient du fardeau de son nombre.

Sous des herbes sauvages

J’avais rencontré le même problème avec mes ovoïdes. Mais chez eux c’était le nombre croissant qui posait problème. N’ayant pas de préjugés contre la fornication qu’ils pratiquaient partout et en tout lieux en se sautant dans la poche du dos quand il n’y avait pas de perles, ils devinrent très nombreux. Afin qu’ils n’épuisassent point toute ma nature, je rendis nombre de pouloïdes inaptes à se reproduire en générant une herbe dormitive. Ainsi une partie de mes ovoïdes mourut-elle de faim.

Quant au tien, tu m’expliquas qu’il inventa des outils pour t’exploiter.

Il découvrit d’autres graines que tu avais enfouies sous des herbes sauvages. Il les cultiva sur tes plaines les plus fertiles et se gava.

 

Après tu n’eus plus d’autre choix que de sévir. Tu sentais ta patience faillir car tu savais tes autres créatures en danger. À cette époque, certaines de tes belles à fourrure disparaissaient de tes bois parce qu’il les tuait. Pour son plaisir ou pour qu’elles ne mangeassent point les plus tendres qu’il t’avait volées. Sa voracité et sa violence troublaient de plus en plus le fragile équilibre que tu avais toujours préservé. Ainsi, tu autorisas quelques petites pestes de microbes qui végétaient sobrement dans des trous où habitent de très belles créatures qu’il appelle les rats, à se faire sucer par des petits boutons sautillants, les puces. Et ces dites puces, tu les laissas sauter sur l’aubaine de la gent des petits être charmants des bourgades et des châteaux.
Ainsi se répandit une maladie virulente qui l’infesta moult et le décima. S’ils n’en mourraient pas tous, tous en étaient atteints… Toi, ayant vu le grand effet de tes plus petites créatures, tu usas de leur pouvoir aussi souvent qu’il te le parût nécessaire. À ce moment-là, je pensai que tu commençais à détester ton petit protégé, car tu l’accablas tant et si bien que la moitié de ces petits êtres charmants mourut.

Tes amis les microbes

Mais c’était sans compter sur sa robustesse. Il se rétablit de ses pertes et partit à la recherche de nouvelles terres à subjuguer. Il traversa les océans que tu avais pourtant créés pour le mettre à distance. Dès qu’il apparaissait sur un continent, sur une île, après quelques dizaines de cycles, d’autres espèces, que tu chérissais, disparaissaient. Tu décidas donc d’extraire de la fange des plus beaux marécages de tes contrées les plus sombres, tes grands amis les microbes. Après tu en confias certains au zéphyr pour lui gâter les poumons, d’autres à la spumeuse bave de gueules rousses pour lui enrager le sang et d’autres encore à la tendre chair de bêtes laineuses pour lui charbonner la peau. Après, il accusait ses dieux de l’avoir puni de ses pêchés de luxure et de fornication, mais ton monde à nouveau prospérait d’équilibre.

Toutefois tu n’avais pas su compter sur la grande malice de l’un d’entre les siens, plus retord et plus curieux que les autres. Celui-là s’en vint à comprendre que les maladies divines, en vérité tes messagers, ne se propageaient que grâce à des organismes si petits qu’il ne les avait pas encore vues, mais seulement découvertes avec des loupes très fortes. Cet être malicieux trouva un moyen de diminuer le nombre de tes amis les microbes et y laissa un nom. Un autre jour, après avoir sorti tes microbes du sang d’un ses congénères mordu par une joli bête à la fourrure rousse, il les amoindrit et osa les lui remettre à nouveau dans le corps. Ainsi il décima tes microbes et son congénère survécut. Alors la conquête du petit être un peu moins charmant repartit de plus belle. Tu essayas en vain des légions de microscopiques armées pour lui empoisonner le sang ; mais il inventait toujours des contre poisons. Ta jolie rousse avec son majestueux panache, ton rat avec son fin museau et sa queue élégante, tes merveilleuses puces aux divines jambes, tes délicates souris volantes et leurs jolies canines, t’étaient pourtant bien dévouées. Dans les bois, dans les égouts, dans les lits, dans les airs, pour ton bien ils mordaient, se laissaient sucer ou suçaient, se glissait dans les chambres, sillonnaient l’air. Mais tes armes étaient émoussées.

Quatre cycles autour du soleil

Heureusement pour toi, la violence de ton petit être moins charmant ne faiblissait pas. Ainsi il organisa une immense bataille sur toute ta sphère et ceci pendant quatre cycles autour de ton maître le soleil. Ta crainte de le voir t’épuiser fut apaisée et tu crus même l’avoir terrassé quand peu après cette guerre, tu lui décochas des microbes qu’il ne sut amoindrir et qui lui portèrent une grande calamité. Ces derniers firent plus de morts que la grande bataille. Mais presque aussitôt, il reconstitua ses forces et ce fut pour se livrer à un nouveau carnage pendant cinq autres cycles.

Tu fus bien aise de constater qu’il savait transformer ses forces en faiblesse.

Mon ovoïde est vraiment différent. Je ne l’ai jamais vu se battre. Il faut dire qu’il n’a que des moignons de bras et que dès qu’il se rapproche d’un autre, il ne peut le tenir que d’une petite pince au bout du bras. Ses jambes ne sont pas plus grandes et ne lui permettent pas de se jeter violemment sur l’autre ou de le frapper du pied, car s’il lève une jambe plus d’une seconde, il tombe sur le côté. Et pour se relever cela n’est pas simple. D’ailleurs il dort debout dans de petites coques à deux orifices pour passer ses petits pieds. Il n’a pas construit comme le tien des tas de choses car sa capacité à construire est limitée par son manque de force et de prise. Mais il a inventé une belle chose pour se mouvoir. Alors que ton petit être moins charmant a développé de tout temps des moyens fort importants pour se déplacer, le mien use de la téléportation. Il n’y a chez moi ni véhicules, ni machines volantes qui polluent mon ciel, mais seulement des ondes qui vrombissent parfois un peu fort aux heures de la sortie des bureaux.

Un champignon rayonnant

nuclear-bomb-explosion (CC0 Public Domain)
Explosion d’une bombe nucléaire CC0 Public Domain)

 

Et je sais que le tien ne s’est pas arrêté à la conception des machines, mais qu’il a osé manipuler ta matière : tu m’écrivis qu’il avait conçu un champignon immense et rayonnant, torride et beaucoup plus nocif que les petits organismes mycéliens qui ornent le pied de tes arbres dans l’humus de tes forêts. Et que ce champignon terrassa un grand nombre d’êtres charmants, ce qui ne te navra pas trop ; mais qu’il fendit aussi ton écorce et empoisonna ta brume de rayons qui durent et tuent encore nombre de tes autres créatures, sans que tu saches quand cela finira.

Et tu me narras que là ne s’arrêtèrent pas ses exploits. Il fit des expériences et conçut, par un mauvais hasard, une drogue pour assaillir tes bataillons de microbes qui résistaient à sa première méthode d’éradication. Ainsi ce petit être moins charmant mourut plus vieux ce qui accrut son nombre. Il en profita pour occuper des parties qui autrefois baignaient dans l’air calme, remplaça le vol de tes petits insectes aux ailes multicolores par celui de machines qui grondent et salissent ton azur et se réjouit de la chaleur qui venait par l’usure de ton voile.

La bonne nouvelle réside donc dans ta lettre d’il y a trois lunes (c’est une mesure du temps que je convertis pour toi car comme tu le sais mes lunes sont deux et leurs cycles différents, alors que nos cycles autour de nos astres sont proches). Tu m’annonces avoir découvert une nébuleuse de milliards de microbes couronnés de diadèmes qui ont décidé de t’aider. Ils ondulent dans ta brume et puis vont, portés par les airs, tapisser les membranes du charmant d’une feuillure dorée qui le prive de cet air qu’il a si bien raréfié. Pour une fois, je sens que tu as des chances de le terrasser car sa malice n’a pas eu le temps de concevoir une arme pour lutter contre ta munificence.

Voilà, j’en ai fini. Je vais laisser mes ondes stellaires te porter mes messages. J’ai bien peur moi aussi de devoir lutter bientôt contre une créature qui est apparue chez moi il y a un million de cycle. Elle est délicieuse mais elle commence à m’inquiéter car elle est plus grande que mes ovoïdes et peut se rendre invisible. Je n’en ai pas fini.

Crois ma chère Gaïa, merveilleuse bleuité de l’azur infini, en mes vœux de réussite les plus purs et en ma sincère compassion de te voir si peu épargnée.

Universellement tienne,

ta sœur Aurore Kepler 452b.

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