Vosges
Partager
S'abonner
Ajoutez IDJ à vos Favoris Google News

La nouvelle vie de « L’Etrangère »

« Le film est nourri d’histoires et de témoignages que j’ai rassemblés », confie la réalisatrice Gaya Jiji, venue présenter son long-métrage aux Rencontres du Cinéma de Gérardmer.

Ce mélodrame à l’esthétique sobre doit beaucoup à l’intensité de l’interprétation de Zar Amir (au centre).

« A la fin de mon premier film, ‘’Mon Tissu préféré’’, l’héroïne fait ses adieux à son pays en guerre, la Syrie. Ici, c’est une femme différente mais c’est une femme qui va vers un autre monde », confiait la réalisatrice Gaya Jiji, venue présenter « L’Etrangère » (sortie le 24 juin) aux Rencontres du Cinéma de Gérardmer. Syrienne venue faire des études de cinéma en France où elle vit désormais, la cinéaste raconte l’histoire de Selma, qui a fui la Syrie pour rejoindre la France.

C’est une autre étrangère vivant aussi en France, l’actrice Zar Amir, Iranienne qui a dû quitter son pays, qui incarne Selma, « une femme forte et fragile à la fois ». C’est dans « Les nuits de Mashhad » que Gaya Jiji a remarqué Zar Amir : « J’y ai vu mon personnage », dit-elle. Arrêtée en Hongrie, où ses empreintes sont relevées, Selma la migrante a rejoint Bordeaux où la travailleuse clandestine fait le ménage dans des bureaux le matin et la plonge dans un restaurant le soir.

Elle téléphone à son fils resté au pays, près de sa grand-mère, et ignore si son mari, prisonnier politique en Syrie, est vivant ou mort. Pour l’aider à faire sa demande d’asile, elle contacte un avocat client de la brasserie, Jérôme, joué par Alexis Manenti, choisi par la cinéaste pour « sa sensibilité, sa fragilité ». Un avocat qui jusqu’alors avait une vie tranquille, un bon job, une famille bourgeoise : « Il se retrouve face à une tragédie pour la première fois de sa vie. Lui aussi est étranger à sa vie d’une certaine façon. Ce sont deux solitaires qui se rassemblent », précise Gaya Jiji, puisque Selma et Jérôme ont une liaison.

« C’est une femme qui se sacrifie »

C’est aussi « un voyage dans l’intimité », confiait la réalisatrice Gaya Jiji, aux Rencontres du Cinéma de Gérardmer (Photo Clara Martin).

Pour ne plus être sans-papier, obtenir un regroupement familial, faire venir son fils, elle a absolument besoin d’obtenir le droit d’asile. « Elle a décidé de protéger son fils, c’est un tiraillement très dur, c’est une femme qui se sacrifie et est prête à aller jusqu’au bout », dit Gaya Jiji. Jusqu’à se mutiler les doigts et rendre ses empreintes illisibles, afin de ne pas subir la procédure de Dublin, qui veut que la demande d’asile doit être faite dans le pays européen où a eu lieu le premier contrôle. « J’ai trouvé ça un peu absurde », dit la réalisatrice, qui a choisi de « montrer le danger de ce voyage comme si c’était un cauchemar » : « Le film est nourri d’histoires et de témoignages que j’ai rassemblés ».

C’est aussi « un voyage dans l’intimité », puisque libéré, vivant, son mari rejoint Selma, qui s’était habituée à son absence et en aime désormais un autre. « C’est une famille brisée, chacun a vécu des épreuves de façon différente, les retrouvailles sont impossibles », estime Gaya Jiji, qui a tourné un mélodrame à l’esthétique sobre, tout en retenue, et qui doit beaucoup à l’intensité de l’interprétation de Zar Amir. Une femme d’abord isolée, un temps étrangère à elle-même, une battante dans la survie, puis une femme entre deux hommes, écartelée entre la loyauté, la culpabilité, et un possible retour à la vie.

Patrick TARDIT

« L’Etrangère », un film de Gaya Jiji avec Zar Amir (sortie le 24 juin).

« C’est une famille brisée, chacun a vécu des épreuves de façon différente, les retrouvailles sont impossibles », estime Gaya Jiji.
Aquitaine Vosges