Vosges
Partager
S'abonner
Ajoutez IDJ à vos Favoris Google News

« La Tour », vraiment infernale

Guillaume Nicloux a tourné un « film d’horreur où il se passe des choses horribles », un huis-clos barbare qui vire au jeu de massacre.

Une tour et ses habitants sont plongés dans un grand vide, le néant, coupés du reste du monde.

« Vous allez regretter votre dernier confinement », promet aux spectateurs le slogan très humour noir de « La Tour » (sortie le 8 février), film sélectionné au Festival de Deauville, avant d’être logiquement présenté en compétition au Festival du Film Fantastique de Gérardmer. La filmographie de son réalisateur, Guillaume Nicloux, est diverse, souvent sombre, presque toujours étrange : « Le Poulpe », « Une affaire privée », « Cette femme-là », « Le Concile de Pierre », « La Religieuse », « L’enlèvement de Michel Houellebecq », « Valley of love »… Mais cette fois, Nicloux a poussé le bouchon encore plus loin, en tournant un film plus noir que noir.

C’est dans l’ultra-noir qu’il plonge décor, personnages, et spectateurs, en enfermant une tour dans un grand vide, le néant, coupée du reste du monde. Une matière noire enserre le bâtiment, brusquement isolé, il n’y a plus d’extérieur, plus d’ailleurs. « C’est quoi ce délire ? », se demandent les habitants piégés à l’intérieur, et ça ne fait que commencer. Joués par des inconnus (outre le rappeur Hatik, vu dans la série « Validé »), les résidents commencent d’abord par s’organiser, faire des provisions, trouver de l’eau, de quoi se nourrir. Mais vite arrivent les tensions, les vols, les pillages, les trafics, les menaces, le racket… Il n’est plus question que de survivre.

Violent, sauvage, barbare

A chaque étape temporelle du récit, cinq mois, un an, des années… la situation s’est aggravée, les groupes ethniques (Blancs, Noirs, Arabes) se sont rassemblés par clans, avec alliances de circonstance, des chefs plus ou moins auto-proclamés, les uns abusant de leur pouvoir sur les autres. Racisme, meurtres, torture, cannibalisme… on n’échappe à rien, c’est de plus en plus plus violent, sauvage, barbare.

Prisonnière d’un trou noir, « La Tour » est vraiment infernale, la menace n’est pas extérieure mais interne, c’est un huis-clos qui vire au jeu de massacre. Guillaume Nicloux a tourné « un film d’horreur où il se passe des choses horribles », d’une noirceur infinie, jusqu’au malaise, aucun salut possible, s’applique brutalement la loi du plus fort, du plus fou, du plus cruel, surtout envers les faibles, les différents, les autres.

Dans ce film terriblement pessimiste, inspiré par la peur du noir, du vide, de mourir, on pourrait voir une parabole sur la violence, la haine, le chaos social, le survivalisme, le communautarisme, et le monde aussi clos que cette tour. Mais heureusement, l’enfermement dans une salle de cinéma est volontaire, et ce confinement n’ayant qu’une durée limitée (1H29), on est soulagé et très content d’en sortir.

Patrick TARDIT

« La Tour », un film de Guillaume Nicloux (sortie le 8 février).

Pour les habitants prisonniers de leur bâtiment, il n’est plus question que de survivre.
France Grand Est Lorraine Vosges