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Un espion à la mosquée

Prix du scénario à Cannes, « La conspiration du Caire » de Tarik Saleh est un « thriller politique » palpitant. Un « Nom de la Rose » en pays musulman.

Le cinéaste Tarik Saleh avait auparavant tourné un polar remarqué, « Le Caire Confidentiel ».

A la toute fin de « La conspiration du Caire » (sortie le 26 octobre), le cheikh de son village interroge Adam : « Qu’as-tu appris ? ». Le jeune homme rentre de l’université d’Al-Azhar, au Caire, « le phare de l’Islam » sunnite, où le fils de pêcheur avait obtenu une bourse. A son arrivée dans cette école prestigieuse, Adam était ébahi par cet antre du savoir et de l’érudition, à la très grande bibliothèque et aux maîtres religieux vénérés. A la question « Qu’as-tu appris ? », Adam ne pourra pas répondre qu’il a certes beaucoup appris, mais surtout des compromissions humaines, des manœuvres des pouvoirs, politique et religieux, et comment survivre en milieu hostile.

Au début de ce film de Tarik Saleh, Prix du scénario au Festival de Cannes, avant qu’Adam (joué par Tawfeek Barhom) ne parte étudier à la grande ville, son père lui avait dit : « N’oublie pas tes racines ». De mère Suédoise et de père Egyptien, Tarik Saleh n’oublie pas les siennes, lui qui se considère « Egyptien de Suède ». Mais en 2015, alors qu’il s’apprêtait à tourner un polar en Egypte, « Le Caire Confidentiel » perçu comme une attaque contre la police locale, il avait dû quitter le pays et délocaliser le tournage au Maroc.

Cette fois, c’est en Turquie, notamment dans une mosquée d’Istanbul, qu’il a tourné « La conspiration du Caire ». Et ce n’est pas ce film qui fera retirer le nom de Tarik Saleh d’une « liste d’indésirables » en terre égyptienne. Le réalisateur a imaginé une sorte de « Nom de la Rose » en pays musulman, a voulu faire un « thriller politique », palpitant, dans lequel il critique aussi bien le pouvoir politique que religieux, la corruption, les jeux d’influence, les mensonges, les manœuvres de palais, et cette dictature du maréchal Al-Sissi qui a besoin de dieu pour gouverner tranquille.

Manipulé par les uns et les autres

Après la mort du Grand Imam, un nouveau chef religieux doit être choisi ; pour une question de sécurité nationale bien sûr, le gouvernement le souhaite proche du pouvoir, et veut éviter un extrémiste ou un candidat trop « pur ». Alors qu’il débarque de sa campagne, le jeune Adam, d’apparence naïf et innocent, va être utilisé comme un pion dans cette « Conspiration du Caire ». Malgré lui, il devient le nouvel « ange », le nouvel indic d’un vieux colonel de la police gouvernementale (incarné par Fares Fares), un espion à la mosquée, infiltré parmi les Frères Musulmans, et auprès d’un cheikh intégriste, dont il doit empêcher l’élection.

Manipulé par les uns comme par les autres, la taupe n’est pas aveugle, et si Adam perd ses illusions, sa clairvoyance et son intelligence lui permettent de se sortir de chaque piège tendu, d’être plus malin que les malins. Dans ce récit implacable, le flic n’est finalement pas aussi pourri qu’on aurait pu le croire, et le novice sous-estimé plus habile qu’il n’en avait l’air. Si bien qu’il saura trouver une bonne réponse à la question : « Qu’as-tu appris ? ».

Patrick TARDIT

« La conspiration du Caire » (« Boy from Heaven »), un film de Tarik Saleh (sortie le 26 octobre).

Accepté dans la prestigieuse université d’Al-Azhar, le jeune Adam (joué par Tawfeek Barhom) va être utilisé comme un pion dans cette « Conspiration du Caire ».
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