Grand Est

Yvan Attal et son « Chien Stupide »

L’acteur-réalisateur a transposé le roman de John Fante en une comédie aussi noire que réjouissante.

Un énorme chien, grosse tête d’ours et grande gueule qui bave, va sérieusement perturber la vie d’une famille.

Il y a vingt ans déjà, Claude Berri avait proposé à Yvan Attal de réaliser un film d’après un roman de John Fante, « Mon chien Stupide ». Refus alors du jeune acteur-réalisateur, qui ne se projetait pas dans le sujet. Deux décennies plus tard, l’homme est plus mûr pour la déprime du quinqua ; il a vieilli, sa femme et leurs enfants aussi. C’est maintenant le bon moment pour se lancer dans une adaptation de ce livre de l’écrivain et scénariste américain (« Demande à la poussière », « Bandini », « Le vin de la jeunesse »…).

C’est sur la Côte Basque française qu’Yvan Attal a transposé ce récit californien, et dans lequel il s’est donné un des rôles principaux. Dans « Mon chien Stupide » (sortie le 30 octobre), il incarne ainsi Henri, un écrivain qui a écrit un best-seller il y a longtemps et rien de bien depuis. Tout ce qui lui reste de la gloire passée, c’est une vieille Porsche et une grande maison au bord de l’océan, dans laquelle vit sa famille : sa femme Cécile (jouée par son épouse Charlotte Gainsbourg) et leurs quatre enfants (l’un des fils étant incarné par… leur fils Ben).

Lassé par la vie et ses emmerdes, Henri est donc un auteur qui n’écrit plus rien. Alors qu’il ne rêve que de partir en solitaire à Rome, il rumine ses échecs, tout étant de la faute à ses quatre grands gosses, est-il persuadé, à sa famille qui le rend fou, à sa femme qui considère son mec comme « insupportable, égoïste, paresseux, râleur ». Tant de qualités incomprises de ses proches.

Un mélange de « vrai-faux », de vie et de fiction

Un soir d’orage, avec Cécile, ils découvrent un énorme chien dans le jardin, un animal à grosse tête d’ours, les bajoues pendantes, une grande gueule qui bave… Envers et contre tous, Henri décide de garder ce gros clebs puant, qu’il baptise « Stupide » car il n’a effectivement pas le regard d’une grande intelligence, aussi mal élevé qu’obsédé, qui se révèle avoir une encombrante attirance pour les garçons.

« Stupide » prend de la place, celle de compagnon quotidien pour Henri, il bouscule tout et tout le monde au milieu de cette tribu, de cette maison qu’enfants et épouse vont quitter, un par un. Henri égrène le compte-à-rebours, pensant retrouver de la liberté, du temps, du talent, à chaque départ ; finalement, il va se retrouver fort dépourvu, et seul, très seul.

Après « Ma femme est une actrice » et « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants », films réalisés par monsieur et joués avec madame, le couple Yvan Attal et Charlotte Gainsbourg prolonge son jeu auto-cinématographique avec « Mon chien Stupide ». Ils mélangent « le vrai-faux », la vie privée et la fiction, la part d’autobiographie familiale, et l’image qu’en projettent les spectateurs. Avec une adaptation maligne, c’est une comédie aussi noire que réjouissante sur la crise de la cinquantaine, l’usure naturelle du couple, la charge des enfants… Et ces sourires coupables que fait venir le ton ironique, drôle, de l’écriture de John Fante, qu’on retrouve notamment dans la voix-off d’Henri, personnage si joyeusement désabusé.

Patrick TARDIT

« Mon chien Stupide », un film de Yvan Attal, d’après le roman de John Fante (sortie le 30 octobre).

Rejetant tous ses échecs sur sa famille, Henri (joué par Yvan Attal) va finalement se retrouver seul, avec son encombrant et volumineux chien.

260 000 spectateurs lors de Ciné Cool

A l’instar de nombreux réalisateurs et acteurs, Yvan Attal était venu présenter son film dans plusieurs salles de la Région Grand Est.

« Mon chien Stupide » fut un des 40 films inédits présentés lors de la 22e édition de Ciné Cool, qui s’est déroulée du 24 au 31 août dans la Région Grand Est. Figuraient également au programme des avant-premières des films tels que « Alice et le maire », « Deux moi », « Donne-moi des ailes », « Ceux qui travaillent », « Fahim », « J’irai où tu iras », « Portrait de la jeune fille en feu », « Trois jours et une vie », « Au nom de la terre », « Les Misérables »… A l’instar de nombreux réalisateurs et acteurs, Yvan Attal était venu présenter son film dans plusieurs salles de la Région. Lors des 268 avant-premières, 60 se sont ainsi déroulées en présence d’équipes.

Avec près de 10 000 séances et plus de 260 000 spectateurs, l’édition 2019 de Ciné Cool affiche un bilan positif. Une fréquentation performante venant contrebalancer une tendance nationale à la baisse sur la même période, s’expliquant par une météo radieuse et un manque de films à même d’impacter fortement les entrées par un rôle de locomotive. Initié par les Syndicats de Directeurs de Cinémas de l’Est, avec la participation de l’Association des Cinémas Indépendants de l’Est et le soutien de la Direction Régionale des Affaires Culturelles et de la Région Grand Est, Ciné Cool est le temps fort cinématographique de l’été en Alsace, Lorraine et Champagne-Ardenne (et même, pour la première fois depuis l’an passé, en Bourgogne à Auxerre).

Son principe consiste à proposer au public, pour un tarif unique de 4,50 euros la séance dans les salles participant à l’opération, une programmation d’une quarantaine de films en avant-première. Au-delà de l’attractivité culturelle qu’il représente sur une phase traditionnellement calme en termes de sorties, Ciné Cool constitue un axe de cohésion fort entre professionnels du Grand Est et renforce sensiblement l’assise économique des exploitants (avec une augmentation d’activité de 30 à 50%) sur une semaine réputée faible au niveau de la fréquentation.

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