Proche-Orient
Partager
S'abonner
Ajoutez IDJ à vos Favoris Google News

ONU : Netanyahou parle devant une salle qui se vide

À l’ONU, Benjamin Netanyahou a choisi la confrontation. Ce jeudi 24 septembre, le Premier ministre israélien a pris la parole devant une Assemblée générale profondément divisée, alors que des dizaines de délégations quittaient la salle ou n’y avaient pas pris place. Une image spectaculaire qui illustre l’ampleur du désaccord international avec la politique du gouvernement israélien.

Netanyhaou à l'(ONU (BFMTV)
Netanyhaou à l'(ONU (BFMTV)

Une entrée en scène sous les huées et les départs

La scène était aussi spectaculaire que symbolique. Lorsque Benjamin Netanyahou est monté à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, des délégations ont quitté la salle. D’autres sièges étaient déjà vides. Le président de l’Assemblée générale, Khalilur Rahman, a dû appeler plusieurs fois au calme.

Selon des décomptes relayés jeudi, 77 délégations étaient absentes ou avaient quitté la salle au début de l’intervention. Il convient toutefois de distinguer les deux situations : toutes n’ont pas nécessairement participé à un départ collectif destiné à protester contre Netanyahou.

L’image n’en demeure pas moins particulièrement forte : le Premier ministre israélien prononçant son discours devant une salle partiellement désertée.

Netanyahou n’a pas cherché à esquiver la confrontation.

« Si certains lâches moraux qui n’ont pas encore quitté cette salle sont encore là, qu’ils partent maintenant », a-t-il lancé en ouverture de son intervention.

Netanyahu assume le bras de fer

Loin de chercher à apaiser ses relations avec les capitales qui critiquent Israël, le Premier ministre israélien a choisi de leur répondre frontalement. Il a dénoncé les accusations visant Israël, notamment celles de « colonialisme », en s’en prenant directement à la France et au Royaume-Uni.

« Quel colonialisme ? », a-t-il lancé, rappelant que les deux puissances européennes avaient elles-mêmes constitué d’immenses empires coloniaux.

Son discours a également été largement consacré à l’Iran, que Netanyahou présente comme la principale menace stratégique pour Israël.

Il a revendiqué les opérations militaires menées contre les capacités iraniennes et a remercié Donald Trump pour son soutien. « Nous continuerons à défendre notre État », a-t-il affirmé, ajoutant qu’Israël continuerait à combattre parce qu’il n’avait « pas d’autre choix ».

Gaza : la question qui revient comme un boomerang

Mais derrière la rhétorique sécuritaire, c’est bien Gaza et la Cisjordanie qui expliquent une grande partie de la dégradation des relations entre Israël et de nombreux États.

Depuis plusieurs mois, les critiques internationales se sont intensifiées concernant la situation humanitaire à Gaza et la politique israélienne en Cisjordanie.

Plusieurs dirigeants occidentaux ont utilisé la tribune de l’ONU pour dénoncer la conduite de la guerre et l’expansion des colonies israéliennes.

La France, le Royaume-Uni, le Canada et d’autres États occidentaux ont notamment durci leur position à l’égard de la colonisation israélienne.

Le roi Abdallah II de Jordanie est allé plus loin en appelant à des sanctions, des gels d’avoirs, un embargo et un isolement diplomatique contre Israël.

Face à cette offensive diplomatique, Netanyahou a choisi de ne rien céder sur le fond.

Macron directement pris pour cible

Le président français Emmanuel Macron est également devenu une cible privilégiée de la riposte israélienne.

Lors de son intervention à l’ONU, Macron avait dénoncé la situation à Gaza et les violences en Cisjordanie. Il avait notamment déclaré que le Hamas n’y avait « jamais sévi ».

Cette formulation était factuellement contestable : le Hamas ne dirige pas la Cisjordanie, mais l’organisation y dispose de réseaux et y a été active. Le gouvernement israélien s’est immédiatement emparé de cette erreur pour retourner l’accusation contre Paris.

Netanyahou a parlé d’une « absurdité grotesque ».

Cette polémique montre aussi une autre réalité de cette session de l’ONU : la bataille diplomatique se joue désormais autant sur les mots que sur le terrain.

Netanyahou contre Mamdani : une autre confrontation

Le Premier ministre israélien a également consacré une partie de son discours au maire de New York, Zohran Mamdani.

Celui-ci avait publiquement qualifié Netanyahou de « criminel de guerre » et avait évoqué le mandat d’arrêt délivré par la Cour pénale internationale.

Netanyahou a accusé Mamdani de diffuser des « mensonges » sur Israël et l’a également accusé d’antisémitisme. Il a rejeté catégoriquement l’accusation de génocide portée contre Israël.

La confrontation dépasse désormais largement le seul cadre israélo-palestinien : elle s’inscrit dans un affrontement politique américain et new-yorkais particulièrement visible.

Le mandat de la CPI plane toujours sur la visite

Autre élément exceptionnel de cette visite new-yorkaise : Benjamin Netanyahou reste sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale, délivré en novembre 2024 dans le cadre de l’enquête sur la guerre à Gaza.

La CPI accuse Netanyahou de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité présumés. Il s’agit d’accusations judiciaires.

Sa présence à New York souligne donc également les tensions entre le fonctionnement des institutions internationales et la réalité politique : Netanyahou peut prendre la parole devant l’Assemblée générale de l’ONU alors qu’il est recherché par une juridiction internationale.

Une image qui restera

Le fait le plus marquant de cette journée n’est peut-être finalement pas une phrase du discours. C’est l’image de cette salle qui se vide. Il faut certes éviter d’en tirer une conclusion automatique : les absences et les départs n’ont pas tous la même signification et le chiffre de 77 délégations doit être manié avec prudence.

Mais le symbole diplomatique est difficile à ignorer.

Depuis le début de la guerre à Gaza, Israël est confronté à une contestation internationale croissante. La reconnaissance de l’État palestinien par plusieurs pays, les critiques concernant Gaza, les sanctions visant certains acteurs israéliens et les tensions autour de la colonisation témoignent d’un changement du climat diplomatique.

Netanyahou a choisi de répondre à cet isolement par le défi plutôt que par la concession.

Devant une salle partiellement désertée, il n’a pas cherché à convaincre ceux qui étaient partis. Il s’est adressé à ceux qui étaient restés — et surtout, semble-t-il, à son opinion publique israélienne et à son principal allié américain.

Une victoire diplomatique ou un face-à-face de plus en plus solitaire ?

La question est désormais de savoir ce que cette démonstration produira au-delà de l’image.

Pour ses adversaires, les sièges vides constituent la manifestation spectaculaire d’un isolement diplomatique croissant.

Pour le gouvernement israélien, ils peuvent au contraire être présentés comme la preuve d’une hostilité internationale envers Israël et nourrir le discours selon lequel le pays doit compter avant tout sur ses propres forces et sur son alliance avec les États-Unis.

Une chose est certaine : la session 2026 de l’Assemblée générale de l’ONU aura donné une image particulièrement saisissante de la fracture qui sépare désormais Israël d’une partie importante de la communauté internationale.

 

◉Proche-Orient •