Une plainte simple a été déposée le 16 mai 2026 auprès du procureur de la République de Grenoble, pôle environnemental, après le signalement d’un dispositif de rejet d’eaux usées d’une station de lavage automobile directement dans le ruisseau de Lara, à Corps, en Isère.

L’association Anti-Corruption (AC!!), agréée au titre de la protection de l’environnement, a déposé une plainte contre X auprès du parquet de Grenoble. La démarche, engagée par l’intermédiaire de Maître Vincent Poudampa, avocat au barreau de Bordeaux, vise une station de lavage automobile implantée au lieu-dit Le Bourg, à Corps, en Isère.
Un signalement né d’un courrier anonyme
Tout est parti d’un courrier anonyme adressé à l’association, dénonçant des rejets polluants issus de l’établissement, situé à proximité immédiate du ruisseau de Lara. Selon ce signalement, les eaux usées de la station, chargées en détergents, s’écouleraient directement dans le réseau pluvial puis dans le milieu naturel, sans dispositif de traitement apparent.
Pour étayer ces accusations, un lanceur d’alerte a transmis à AC !! des photographies géolocalisées ainsi qu’une description précise des installations. Ces éléments font état d’un tuyau provenant de la station, raccordé à un collecteur intermédiaire, puis relié par une canalisation d’environ 300 millimètres de diamètre à une résurgence du ruisseau de Lara, à une trentaine de mètres en contrebas du site. Le lanceur d’alerte décrit notamment, à l’intérieur du collecteur, un tuyau taillé en biseau ainsi qu’une matière noire et visqueuse au fond de l’ouvrage.
Deux infractions environnementales visées
Dans sa plainte, l’association fonde son action sur deux dispositions du code de l’environnement. D’une part, l’article L. 216-6, qui sanctionne le déversement de substances susceptibles de nuire à la santé, à la faune ou à la flore dans les eaux superficielles ou souterraines. D’autre part, l’article L. 173-1, qui réprime l’exploitation d’une installation soumise à autorisation ou à prescriptions environnementales sans en respecter les obligations.
AC !! souligne que les eaux de lavage automobile contiennent généralement détergents, hydrocarbures, boues et résidus graisseux, des substances dont le rejet non traité dans un cours d’eau est susceptible de constituer une infraction pénale autonome, indépendamment même de la preuve d’une pollution écologique caractérisée.
Des vérifications réclamées par l’association
L’association demande au parquet d’ordonner l’ouverture d’une enquête et de faire procéder à des constatations sur le site, notamment par l’Office français de la biodiversité (OFB) ou les services de police de l’eau. Elle sollicite également des prélèvements et analyses des eaux, des canalisations et des dépôts observés, ainsi qu’une vérification des conditions administratives d’exploitation de la station : existence d’une autorisation, présence d’un dispositif de traitement — un séparateur d’hydrocarbures notamment — et conformité du raccordement.
AC !! demande enfin l’identification des responsables des rejets dénoncés et se réserve la possibilité de se constituer partie civile au cours de la procédure.
Pour mémoire
La plainte a été déposée le 16 mai 2026 (réf. 2026-1616) par voie de communication électronique pénale (RPVA) auprès du procureur de la République de Grenoble, pôle environnemental. À ce stade de la procédure, aucune personne n’est mise en cause nommément ; la plainte vise X ainsi que toute personne ayant pu commettre ou concourir aux faits dénoncés.
Précisions. Nous avons joint le maire de la commune de Corps, Gérard Delor, qui se préoccupe de cette affaire. Voici ce qu’il nous dit : « Les inspecteurs de la Police de l’eau sont intervenus pour faire des analyses. Nous sommes en attente de leur rapport. Pour l’instant, rien ne permet de dire que cette station de lavage de voitures pollue car elle a été contruite dans les règles de l’art. L’entretien et la vidange des bacs sont effectués régulièrement. il semble qu’il n’y ait pas de problème particulier. Mais attendons les résultats de l’enquête. »