L’association AC !! Anticorruption a saisi le parquet de Thionville d’une plainte simple visant des activités présumées illégales dans le secteur des « Carrières » à Distroff, en Moselle. Gravats, liquides non identifiés, remblais non déclarés : les faits dénoncés remontent à plusieurs années.

C’est une affaire qui couve depuis plusieurs années dans la commune de Distroff, en Moselle. L’association AC !! Anticorruption, dont l’objet statutaire couvre la lutte contre les atteintes graves à l’environnement, a déposé une plainte simple auprès du procureur de la République du tribunal judiciaire de Thionville, révélant l’existence d’activités potentiellement irrégulières sur des terrains du secteur dit des « Carrières ».
Des signalements qui remontent à 2020
Les premiers questionnements documentés datent d’avril 2020. À l’époque, le maire de Distroff alertait déjà la préfecture de la Moselle sur des interrogations relatives à la pollution des eaux, à la gestion des eaux pluviales et à l’existence présumée de décharges de déchets inertes non déclarées sur le site. Des photographies jointes à ce courrier montraient d’importants amas de gravats, matériaux de démolition et déchets verts répartis sur plusieurs secteurs.
Le maire signalait également des écoulements en direction d’un ruisseau rejoignant la rivière Bibiche, et exprimait des craintes liées à l’historique industriel du secteur.
Des liquides déversés par citernes
Ce qui a conduit l’association à saisir la justice, ce sont des informations plus récentes. De nouvelles photographies semblent attester de la poursuite de dépôts massifs de matériaux de démolition et de terres excavées sur les parcelles concernées. Surtout, l’association dit avoir été informée que des quantités importantes de liquides auraient été déversées sur certaines parcelles au moyen de citernes, sans que la nature ni l’origine de ces substances ne soient connues à ce jour.
« Les informations recueillies concernant des déversements de quantités importantes de liquides dont la nature demeure inconnue justifient des investigations afin de déterminer si des atteintes aux eaux superficielles, aux eaux souterraines ou aux sols ont été commises » précise la plainte déposée par AC!! anticorruption
Un volet foncier impliquant la SAFER Grand Est
La plainte met également en lumière une dimension foncière. En mars 2018, la SAFER Grand Est avait rétrocédé plusieurs parcelles agricoles de Distroff à un particulier. Or, selon l’association, certaines de ces parcelles à vocation agricole auraient ensuite été utilisées pour des activités incompatibles avec cette destination, notamment des dépôts de remblais et de matériaux de démolition.
En septembre 2025, l’association avait déjà interpellé la SAFER Grand Est sur la parcelle cadastrée section 33 n°144/6, soupçonnée d’être devenue le support de telles activités. Elle demande désormais à la justice de vérifier si les engagements pris lors de la rétrocession ont bien été respectés.
Les infractions visées par la plainte
- Gestion et élimination irrégulières de déchets (art. L. 541-46 et suivants du Code de l’environnement)
- Exploitation d’installations classées sans les autorisations requises
- Pollution des eaux, des sols ou du milieu naturel (art. L. 216-6 et suivants)
- Méconnaissance des engagements liés à la rétrocession foncière SAFER
Une enquête préliminaire demandée
L’association, qui dit tenir à disposition du parquet l’ensemble des pièces en sa possession, sollicite l’ouverture d’une enquête préliminaire. Elle souhaite que celle-ci permette de déterminer la nature exacte des activités menées sur le site, l’origine et la composition des matériaux et liquides déposés, ainsi que l’existence ou non des autorisations administratives requises.
AC !! anticorruption se réserve par ailleurs la faculté de se constituer partie civile si des poursuites venaient à être engagées.
Le nouveau maire de Distroff, Mathieu Kopera, que nous avons joint au téléphone, précise qu’il n’est « pas au courant de cette plainte » récente mais qu’il va se renseigner rapidement.