L’économie française affiche les premiers signes d’une décélération en mai 2026. Les chefs d’entreprise anticipent un recul d’activité dans les services et une stagnation dans l’industrie et le bâtiment, sous l’effet conjugué de la hausse des prix des hydrocarbures et de l’incertitude géopolitique liée au conflit au Moyen-Orient.


La situation économique d’avril : une activité en modération
Production industrielle soutenue malgré le ralentissement
En avril 2026, la production industrielle française reste dynamique, surpassant les anticipations des dirigeants d’entreprise du mois précédent. Selon l’enquête mensuelle de conjoncture menée auprès de 8 500 entreprises, le taux d’utilisation des capacités de production atteint 77 %, se rapprochant ainsi de sa moyenne de long terme après une augmentation depuis 76,9 % en mars.
Les secteurs liés à la défense continuent de soutenir cette dynamique, notamment les équipements électriques et l’aéronautique. Les produits informatiques-électroniques-optiques affichent également une bonne orientation, tandis que l’habillement-textile-chaussure progresse grâce au segment du cuir-chaussure. Les produits minéraux non métalliques connaissent un rebond, bénéficiant d’une demande anticipatrice des clients craignant des pénuries et des hausses de prix futures.
Cependant, certains secteurs marquent le pas. L’automobile évolue peu après un mois de mars actif, tout comme l’agroalimentaire. La pharmacie enregistre même un recul, reflétant une activité moins dynamique dans les branches anciennes de l’industrie manufacturière.
Services marchands : stabilité fragile et hétérogène
Dans le secteur des services, l’activité reste globalement stable en avril, mais les tendances divergent fortement selon les domaines. Les activités de loisirs et de services à la personne repartent à la hausse, favorisées par un mois d’avril ensoleillé. L’hébergement se maintient, tandis que l’édition et les services d’information demeurent dynamiques.
Les transports et entreposage se renforcent, tandis que le nettoyage maintient une tendance positive. En revanche, la restauration recule, pénalisée par le coût des carburants qui freine les déplacements des consommateurs. La location automobile et le travail temporaire subissent également une baisse, reflétant l’attentisme des secteurs clients face aux incertitudes économiques.
Construction : léger redressement du gros œuvre
Dans le bâtiment, l’activité du gros œuvre recule très légèrement en avril, mais moins fortement que prévu initialement grâce à une météorologie clémente. Le second œuvre continue de progresser, bien qu’à un rythme plus ralenti après un mois de mars soutenu. Cette dichotomie reflète les différences conjoncturelles entre les deux branches du secteur de la construction.
Préoccupations majeures : prix des matières premières et perturbations logistiques
Inflation des coûts d’approvisionnement
L’indicateur d’incertitude, construit par analyse textuelle des commentaires des entreprises, se détend légèrement en avril, mais demeure élevé dans les trois secteurs majeurs. Les dirigeants d’entreprise expriment des préoccupations persistantes concernant les prix des matières premières, qui accélèrent sans atteindre toutefois les niveaux de 2022.
Dans un contexte de vive concurrence, ces hausses ne sont que partiellement répercutées dans les prix de vente de l’industrie et du bâtiment. Néanmoins, les chefs d’entreprise anticipent une continuation des augmentations tarifaires en mai. Le secteur des transports et entreposage concentre les révisions de tarifs, directement exposé au renchérissement du prix du gazole.
Chaînes d’approvisionnement fragilisées
Plusieurs secteurs stratégiques signalent des difficultés d’approvisionnement exacerbées : l’aéronautique, les équipements électriques, la chimie et les produits informatiques-électroniques-optiques font état de perturbations logistiques accrues. Ces tensions reflètent les impacts persistants des disruptions mondiales sur les chaînes de valeur, compliquées par les conflits géopolitiques et les hausses de coûts de transport.
Santé financière des entreprises : divergences sectorielles
Trésorerie industrielle normalisée mais fragile
La situation de trésorerie dans l’industrie remonte au niveau jugé normal en avril, bien que des divergences existent entre sous-secteurs. L’aéronautique voit sa trésorerie s’améliorer, tout comme l’habillement-textile-chaussure, la chimie et les produits minéraux non métalliques.
À l’inverse, les autres produits industriels, les équipements électriques et l’agroalimentaire enregistrent une dégradation. L’agroalimentaire subit particulièrement de la hausse des coûts de transport et d’emballages plastiques, sans possibilité de les répercuter sur les prix convenus avec la grande distribution.
Services marchands en détérioration progressive
La situation de trésorerie dans les services marchands est perçue en légère détérioration, tirée à la baisse par les services aux entreprises, notamment le conseil de gestion et l’ingénierie, confrontés à l’allongement des délais de paiement client et aux investissements autofinancés. La restauration et les transports-entreposage maintiennent une trésorerie jugée dégradée, reflétant les pressions inflationnistes du secteur.
Stocks de produits finis : normalisation progressive mais inégale
À fin avril, les stocks de produits finis dans l’industrie demeurent élevés dans l’ensemble. Cependant, ils enregistrent un recul dans la chimie et les produits informatiques-électroniques-optiques, dont les entreprises anticipent une demande accrue. À l’inverse, ils augmentent en pharmacie, autres produits industriels et agroalimentaire, reflétant une demande moins dynamique ou une activité de production précautionneuse.
Marché du travail : tensions de recrutement stables
Les difficultés de recrutement restent globalement stables sur l’ensemble des secteurs. Bien que les pénuries de main-d’œuvre qualifiée demeurent un enjeu structurel, elles ne s’aggravent pas significativement en avril. Cet équilibre apparent masque néanmoins des tensions persistantes dans certains secteurs spécialisés comme l’aéronautique et les services informatiques.
Prévisions pour mai : anticipations de recul
Industrie et bâtiment : quasi-stagnation attendue
En mai, les chefs d’entreprise de l’industrie anticipent une très légère baisse de l’activité. Le positionnement des jours fériés et les fermetures de sites complètent ce tableau d’une légère contraction. Un recul marqué est notamment prévu dans l’automobile, tandis que l’habillement-textile-chaussure et les équipements électriques enregistreront des baisses modérées.
À contrario, les autres produits industriels, la pharmacie devraient redresser leur trajectoire, tandis que l’aéronautique et les produits informatiques-électroniques-optiques conservent une orientation favorable. Dans le bâtiment, les prévisions suggèrent une poursuite de la stagnation amorcée.
Services marchands : premier recul depuis mars 2025
Le secteur des services marchands anticipe un recul sensible en mai, constituant le premier fléchissement depuis mars 2025. La location, le travail temporaire et les services de programmation-conseil poursuivront leur contraction. Les loisirs, services à la personne, réparation automobile et restauration devraient également fléchir, tandis que l’édition et les services d’information devraient maintenir une activité stable.
Contexte macroéconomique : résilience face aux chocs externes
L’économie française demeure résiliente malgré les premiers signes de ralentissement. Cependant, l’enquête de conjoncture révèle que la hausse du prix des hydrocarbures commence à produire ses premiers effets visibles, particulièrement dans les secteurs énergivores et du transport. Le conflit au Moyen-Orient crée une incertitude persistante sur la durée et l’ampleur de ces perturbations.
Les chefs d’entreprise restent prudents dans leurs prévisions. Au vu du peu d’informations disponibles en début de trimestre et de l’incertitude entourant les développements géopolitiques, la Banque de France n’a pas produit d’estimation chiffrée de la croissance du PIB pour le deuxième trimestre 2026 à ce stade. Cette retenue illustre la complexité d’une conjoncture marquée par des équilibres fragiles et des risques externes difficiles à quantifier.
Vers une modulation de la croissance économique : enjeux à court terme
L’enquête mensuelle de conjoncture de début mai 2026 dresse un portrait d’une économie française entrée en phase de modération. Alors que l’industrie consolide sa performance à un niveau soutenu, les services marquent un pas en avant moins asssuré. Le bâtiment poursuit son mouvement de stabilisation. Les trois secteurs partagent une préoccupation commune : l’inflation des coûts et les perturbations des chaînes d’approvisionnement, qui pèsent sur les marges et les perspectives à court terme.
La dégradation perceptible de la trésorerie dans les services et l’agroalimentaire suggère que les pressions inflationnistes commencent à éroder la rentabilité des entreprises. Pour autant, le taux d’utilisation des capacités de production et les stocks de produits finis en cours de normalisation indiquent une industrie ayant conservé une base solide. L’enjeu des prochains mois réside dans la capacité de l’économie française à absorber les chocs énergétiques tout en maintenant un dynamisme suffisant pour éviter une récession. Les prévisions pessimistes des chefs d’entreprise pour mai suggèrent que le consensus attendait déjà cette modération, reflet d’une prudence rationnelle face aux incertitudes.