Alors que le monde commémore ce 28 avril la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail, les chiffres publiés par l’Assurance maladie pour l’année 2024 dressent un tableau alarmant. La FNATH, association des accidentés de la vie, tire la sonnette d’alarme et réclame des mesures concrètes.

Un bilan mortifère : plus de deux morts par jour
Le chiffre est brutal. En 2024, 764 personnes ont perdu la vie à la suite d’un accident du travail dans le secteur privé — le bilan le plus lourd depuis 2018. Ramené à l’échelle d’une année, cela représente plus de deux décès par jour ouvré.
En élargissant le périmètre aux accidents de trajet et aux maladies professionnelles reconnues, ce sont 1 297 décès liés au travail qui ont été recensés sur l’ensemble de l’année. Et encore, ces statistiques officielles excluent les salariés agricoles, les fonctionnaires, de nombreux travailleurs indépendants, ainsi que les cas non déclarés — phénomène que la FNATH qualifie de « sous-déclaration massive ».
« Ce n’est pas une fatalité », affirme l’association, fondée il y a plus d’un siècle. « C’est le résultat d’un manque criant de formation, d’accompagnement, et surtout d’une absence de volonté politique d’investir dans la santé au travail depuis des années. »
Les jeunes, premières victimes d’un système défaillant
Parmi les enseignements les plus accablants de ce bilan : plus de 20 % des décès touchent des travailleurs au cours de leur première année de poste. Pour les moins de 25 ans, cette proportion dépasse la moitié.
Un drame illustre tragiquement cette réalité. Vendredi dernier, un élève de 15 ans scolarisé dans un lycée professionnel du Gard a été tué, écrasé par un chariot élévateur sur son lieu de stage d’observation dans une entreprise du BTP. Un accident qui, selon la FNATH, « révèle l’insuffisance criante des dispositifs d’encadrement des jeunes en milieu professionnel ».
Maladies professionnelles : la bombe à retardement psychique
Si les accidents du travail concentrent l’attention médiatique, les maladies professionnelles progressent, elles aussi, à un rythme préoccupant : +6,7 % en 2024. Les troubles musculo-squelettiques, pathologie la plus répandue, bondissent de 6,6 %, tandis que les affections liées à l’amiante augmentent de 8,5 %.
Mais c’est la hausse des pathologies psychiques qui inquiète le plus les défenseurs des droits des travailleurs : +9 % en un an et un doublement depuis 2020. Des milliers de salariés brisés par leurs conditions de travail, souvent confrontés à des parcours de reconnaissance longs, épuisants et solitaires, pour une indemnisation jugée insuffisante.
Cette année, l’Organisation internationale du travail (OIT) a justement placé la journée du 28 avril sous le signe de la santé psychosociale, avec pour thème : « Agissons pour un environnement de travail psychosocial sain ». Un signal salué par la FNATH, qui tempère néanmoins : « Ces intentions, toutes louables soient-elles, ne suffisent pas. »
La FNATH en a assez des effets d’annonce
Face à ces chiffres, la FNATH hausse le ton. L’association dénonce pêle-mêle la réduction des effectifs des inspecteurs du travail, le faible taux d’aboutissement des plaintes pénales et la condition de « milliers de livreurs traités comme des esclaves des temps modernes ».
Elle pointe également ce qu’elle appelle le greenwashing de la santé au travail : « Il ne suffit pas d’installer une table de ping-pong dans l’entreprise et de se gargariser de qualité de vie au travail. »
Pour la FNATH, les réponses institutionnelles — plans successifs, missions flash, déclarations solennelles — ne sont plus à la hauteur de l’urgence. L’association formule quatre exigences claires à l’adresse du gouvernement :
- Renforcer massivement la prévention dans les entreprises ;
- Garantir une reconnaissance juste et rapide des maladies professionnelles ;
- Améliorer l’indemnisation des victimes, dont les droits restent « sous-évalués » ;
- Mettre fin à la sous-déclaration des accidents et maladies du travail.
« Derrière chaque statistique, il y a une personne, une famille, une vie abîmée par un travail qui aurait dû la protéger », rappelle l’association, mobilisée depuis plus de 100 ans aux côtés des victimes d’accidents du travail et de maladies professionnelles.
La FNATH (Fédération Nationale des Accidentés du Travail et des Handicapés) est une association fondée en 1921, qui informe, défend et accompagne les victimes d’accidents du travail et de maladies professionnelles en France.