Le détroit d’Ormuz est bien plus qu’un simple goulot géographique : c’est un point de bascule de l’économie mondiale et de la géopolitique. Voici son histoire et sa géographie.

Le détroit d’Ormuz est un passage maritime étroit situé entre le golfe Persique à l’ouest et le golfe d’Oman à l’est, qui donne lui-même accès à l’océan Indien. Il est bordé au nord par l’Iran et au sud par Oman et les Émirats arabes unis.
À son point le plus étroit, le détroit ne mesure qu’environ 55 kilomètres de large, mais les couloirs de navigation utilisables sont bien plus restreints : deux voies d’entrée et deux voies de sortie, chacune large d’environ trois kilomètres, séparées par une zone tampon. Ces couloirs longent les côtes omanaises, car les eaux iraniennes y sont peu profondes.
L’île d’Ormuz, qui lui donne son nom, est une petite île iranienne située à l’intérieur même du détroit. Plusieurs autres îles stratégiques s’y trouvent notamment Qeshm (la plus grande du golfe Persique) et les îles Abou Moussa et Tomb, dont la souveraineté est disputée entre l’Iran et les EAU.
L’Antiquité et le Moyen Âge
Le détroit était déjà un axe commercial majeur dans l’Antiquité, reliant la Mésopotamie, la Perse et l’Inde. La ville d’Hormuz (sur le continent, puis sur l’île) devint au Moyen Âge l’un des ports les plus riches du monde, carrefour du commerce des épices, des perles, des soieries et de l’encens.
La période portugaise (XVIe – XVIIe siècle)
En 1507, le navigateur Afonso de Albuquerque s’empare d’Ormuz au nom du Portugal, reconnaissant immédiatement la valeur stratégique du passage. Les Portugais y maintiennent leur contrôle pendant plus d’un siècle, jusqu’en 1622, date à laquelle une coalition perse (sous Abbas Ier) et anglaise les en chasse. Cet épisode illustre à quel point le détroit était déjà perçu comme une clé de voûte du commerce mondial.
L’ère coloniale britannique
À partir du XIXe siècle, la Royal Navy britannique domine le golfe Persique et le détroit, notamment pour protéger la route vers l’Inde. La région entre progressivement dans la sphère d’influence britannique, avec la mise sous protectorat des émirats de la côte (futurs EAU, Qatar, Bahreïn).
L’ère pétrolière (XXe siècle)
La découverte massive de pétrole dans le sous-sol du golfe Persique au cours du XXe siècle transforme radicalement l’importance du détroit : d’axe commercial, il devient artère énergétique mondiale.
Un verrou énergétique planétaire
Le détroit d’Ormuz est aujourd’hui le point de passage maritime le plus critique au monde pour les hydrocarbures. Selon les estimations, environ 20 à 21 millions de barils de pétrole y transitent chaque jour, soit environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole, et une part très importante du GNL (gaz naturel liquéfié) exporté par le Qatar. Les principaux pays exportateurs concernés sont l’Arabie saoudite, les EAU, le Koweït, l’Irak, et l’Iran elle-même.
La menace iranienne
L’Iran, qui contrôle la rive nord, brandit régulièrement la menace de fermer le détroit en cas de conflit ou de sanctions trop sévères. Cette menace est prise très au sérieux par la communauté internationale, car même un blocage temporaire provoque un choc pétrolier mondial. En réponse, les États-Unis maintiennent une présence navale permanente dans la région, notamment via la 5ᵉ flotte basée à Bahreïn.
Les tensions récurrentes
Plusieurs crises ont démontré la volatilité de la zone :
- La guerre Iran-Irak (1980-1988), dite « guerre des pétroliers », pendant laquelle les deux belligérants attaquaient des navires commerciaux dans le détroit.
- La crise du nucléaire iranien, qui a vu Téhéran menacer à plusieurs reprises de bloquer le passage en cas de frappes militaires.
- Les incidents de 2019-2020 : saisies de pétroliers, attaques de drones, tensions entre l’Iran, les États-Unis et le Royaume-Uni qui ont failli dégénérer en conflit ouvert.
- La guerre israélo-américaine contre l’Iran de 2026 rappelle tout l’intérêt géostratégique du détroit d’Ormuz.
Les alternatives limitées
Pour réduire leur dépendance au détroit, plusieurs pays ont investi dans des oléoducs de contournement : l’Arabie saoudite dispose du pipeline East-West vers la mer Rouge, et les EAU ont construit l’oléoduc Abu Dhabi Crude Oil Pipeline vers le port de Fujairah (sur le golfe d’Oman). Ces alternatives existent, mais leur capacité reste bien insuffisante pour absorber l’intégralité du trafic actuel.
Un enjeu de puissance mondiale
Le détroit cristallise les rivalités entre grandes puissances : les États-Unis (garants de la liberté de navigation), l’Iran (qui revendique un droit de regard sur le passage), la Chine (qui dépend massivement du pétrole du Golfe et surveille avec attention toute déstabilisation), et les monarchies du Golfe (dont la survie économique en dépend directement).