Edition du lundi 16 juillet 2018

Société. La bisexualité dans le viseur des agresseurs sexuels

Aux Etats-Unis, les agressions sexuelles sont devenues monnaie courante sur les campus universitaires. Une étude de la revue américaine Violence et Gender du 2 juin révèle que les étudiants bisexuels – surtout les femmes – sont plus exposés que leurs congénères hétérosexuels. Décryptage.

Nuit d'action contre la "culture du viol" Etats-Unis

Nuit d’action contre la « culture du viol » – Université de l’Oregon, 25 avril 2013. Source : Flickr / Wolfram Burner

Sur les campus des universités américaines, la bisexualité s’attire les foudres des agresseurs. Là-bas, près de deux femmes bisexuelles sur cinq sont victimes de violences sexuelles durant leur quatre premières années d’université. Soit 1,5 fois plus que leur congénères hétérosexuelles. C’est le chiffre mis en évidence par une étude publiée le 2 juin dans la revue américaine Violence and Gender. Elle porte sur 21.000 étudiants de 21 universités interrogés anonymement sur internet entre la rentrée 2005 et le printemps 2011. En dehors des femmes, elle relève également qu’un homme bisexuel ou homosexuel sur quatre a été victime de ce type de violences au cours de sa scolarité.

Source: Sexual Assault Victimization Among Straight, Gay/Lesbian, and Bisexual College Students. Ford Jessie and Soto-Marquez José G. Violence and Gender. June 2016.  

Par ailleurs, l’appartenance des individus LGB (lesbiennes-gays-bisexuels) des deux sexes est un facteur de risque aggravant. La plus grosse proportion des agressions survient lorsque la victime n’est pas en capacité de consentir –parce qu’elle a trop bu, parce qu’elle est droguée, parce qu’elle dort, etc. Les deux réalités étant de toute évidente étroitement liées.

Déjà sur le tapis en 2014

La réalité des viols dans les universités américaines – ainsi que leur lutte – ne datent pas d’hier. En 2014 déjà, les poings sont levés, les langues déliées. Plusieurs stars comme Jon Hamm, Kerry Washington, Rose Byrne prêtent leur trait et leur voix à la campagne lancé par le président américain Barack Obama. Baptisée « It’s on Us » (« Nous sommes concernés »), cette campagne dénonce le fléau des agressions sexuelles à travers notamment une vidéo et un site Internet. « Nous voulons clairement indiquer à tout le monde dans le pays (…) que nous devons nous mobiliser pour combattre et éliminer la violence sexuelle sur les campus universitaires, a précisé un porte-parole de la Maison Blanche. « It’on Us » mise sur la prévention et la vigilance de chacun, notamment des hommes, tout en encourageant les jeunes victimes à briser le silence.
Les Etats-Unis ne sont pas le seul pays concerné. En Grande-Bretagne, la National Union of Students publie en septembre 2014 un sondage montrant que 37 % des étudiantes (et 12 % des étudiants) ont subi des avances sexuelles qui n’étaient pas les bienvenues sur leur campus.

« Comprendre la victimologie »

Le procès de Brock Allen Turner, étudiant de Stanford de 20 ans alimente le débat national sur la « culture du viol » dans les campus américains. Le 2 juin dernier, le verdict tombe. Il écope de six mois de prison, dont trois de sursis en cas de bonne conduite, et trois ans de mise à l’épreuve pour le viol, lors d’une soirée arrosée, d’une jeune fille inconsciente.

Slate  rapporte les propos de Mary Ellen O’Toole, rédactrice en chef de la revue Violence and Gender et ancienne criminologue du FBI qui estime que « Nous ne pouvons tolérer les agressions sexuelles sur nos campus, sur quelque groupe d’hommes ou de femmes que ce soit »

« Pour réellement comprendre l’ampleur et la profondeur du problème, ajoute-t-elle, il est essentiel de comprendre la victimologie des agressions sexuelles, ce qui inclut tous les étudiants, et pas uniquement les femmes hétérosexuelles. »

Jessie Ford et José G. Soto-Marquez, chercheurs en sociologie de l’Université de New York et auteurs de l’étude soulèvent une autre vérité qui aggrave encore la condition des femmes bisexuelles. Elles sont non seulement plus vulnérables, mais ont tendance à moins porter plainte contre leurs agresseurs. Un phénomène qui s’explique notamment par la stigmatisation de la bisexualité au sein des communautés étudiantes et dans la société plus largement.

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