L’euro numérique est un projet de monnaie numérique de banque centrale (MNBC) porté par la Banque centrale européenne, qui vise à créer une version entièrement digitale des espèces, utilisable par les particuliers, entreprises et administrations de la zone euro.

Le principe
Contrairement aux euros qu’on a sur un compte bancaire (qui sont une créance sur une banque commerciale), l’euro numérique serait directement émis et garanti par la BCE, exactement comme les billets et pièces aujourd’hui. Il s’agirait d’une monnaie numérique de banque centrale, émise par la BCE et libellée en euros, tout comme les billets, mais conçue pour être utilisée dans des environnements numériques. Il ne remplacerait pas l’argent liquide mais viendrait le compléter, pour les paiements en ligne, en magasin, entre particuliers, et même hors connexion.
Pourquoi ce projet ?
L’enjeu est largement géopolitique. Dans un monde où les paiements et les services cloud sont de plus en plus dominés par des acteurs non-européens, les autorités européennes voient dans l’euro numérique une opportunité de reprendre le contrôle de la monnaie. Concrètement, les réseaux de cartes internationaux représentent 69 % des paiements par carte en zone euro, ce qui crée une forte dépendance envers Visa et Mastercard. Les responsables de l’UE et la présidente de la BCE, Christine Lagarde, affirment que l’euro numérique est nécessaire pour protéger la souveraineté monétaire de l’Europe et réduire la dépendance aux stablecoins indexés sur le dollar américain.
Confidentialité et plafonds
Les transactions seraient ‘’pseudonymisées’’ et la BCE n’aurait pas accès aux données personnelles ; seuls les intermédiaires réglementés comme les banques géreraient les données nécessaires à la lutte contre le blanchiment. Pour éviter une fuite massive des dépôts bancaires vers la BCE, un plafond de détention d’environ 3000 € par personne est envisagé, et pour les commerçants un plafond de détention à zéro est confirmé, ce qui les obligerait à reconvertir l’euro numérique en monnaie bancaire après chaque transaction. Le sujet a d’ailleurs un volet technique nouveau : la version hors ligne permettrait d’échanger des euros numériques de téléphone à téléphone sans connexion internet, garantissant une confidentialité similaire à celle de l’argent liquide.
Où en est-on (actualité très récente) ?
Le calendrier a connu une avancée notable cette semaine. La commission des affaires économiques et monétaires (ECON) du Parlement européen a voté mardi pour approuver le cadre juridique de l’euro numérique et a mandaté l’ouverture immédiate des négociations en trilogue pour finaliser la loi, mettant fin à trois ans de tensions entre banques centrales et banques commerciales. Si le règlement est définitivement adopté en 2026 comme prévu, l’Eurosystème veut être prêt pour une première émission potentielle en 2029. Un projet pilote, où le personnel des banques centrales testera l’euro numérique bêta dans des situations réelles, devrait débuter au second semestre 2027 et durer 12 mois.
Les réticences
Le secteur bancaire reste méfiant. Les banques craignent que les particuliers transfèrent une partie de leurs dépôts vers leurs portefeuilles numériques auprès de la BCE, ce qui réduirait leur capacité à accorder des crédits, et le coût de mise en œuvre serait lourd — les investissements nécessaires pour les banques de la zone euro pourraient atteindre entre 4 et 5,8 milliards d’euros selon une estimation de la BCE. À l’inverse, un collectif d’économistes (dont Thomas Piketty) a affirmé qu’un euro numérique public constitue la « seule défense » de l’Europe face à la domination croissante des services de paiement américains.
Vu votre travail sur des sujets économiques et géopolitiques, c’est un dossier qui devrait continuer à bouger d’ici la fin de l’année avec les négociations en trilogue — je peux vous tenir au courant des développements si vous le souhaitez, ou creuser un angle en particulier (impact bancaire, calendrier législatif, comparaison avec les stablecoins américains, etc.).