Augmentation de sociétés contrôlées par l’État

Quelle est la bonne façon de privatiser les actifs stratégiques ? (Photo de l'aéroport Roissy - Charles de Gaulle). Dmitry Avdeev / Wikimedia Commons, CC BY-SA
Quelle est la bonne façon de privatiser les actifs stratégiques ? (Photo de l’aéroport Roissy – Charles de Gaulle). Dmitry Avdeev / Wikimedia Commons, CC BY-SA

Fin 2017, l’État contrôle 1 751 sociétés françaises, dont 89 directement (Insee).

Les 767 000 salariés travaillant dans ces sociétés représentent 3,1 % de l’emploi salarié en France. Par rapport à 2016, 43 sociétés supplémentaires sont détenues majoritairement par l’État. À l’inverse, les effectifs salariés des sociétés contrôlées par l’État continuent de décroître. Le secteur d’activité prédominant demeure celui du tertiaire. Il regroupe les deux tiers des sociétés détenues majoritairement par l’État et les trois quarts de leurs effectifs salariés. L’année 2017 a notamment été marquée par la restructuration de la filière nucléaire française.

1 751 entreprises contrôlées par l’État fin 2017

Fin 2017, le nombre de sociétés françaises détenues par l’État s’établit à 1 751 unités, soit 43 sociétés supplémentaires par rapport à 2016. Cet accroissement net est dû principalement à l’augmentation du nombre de filiales au sein des groupes La Poste (+ 36 sociétés) et Électricité de France (EDF, + 32 sociétés). En 2016, la hausse nette du nombre de sociétés détenues par l’État s’élevait à 77 sociétés. Les groupes La Poste et EDF y avaient déjà particulièrement contribué.

Des acquisitions de sociétés privées dans la santé et le numérique

L’évolution du contour des sociétés détenues par l’État provient en premier lieu d’acquisitions de sociétés privées par des groupes publics.
En 2017, les investissements publics dans les secteurs de la santé et du numérique se confirment. Le groupe SNCF, via sa filiale Keolis, a noué une alliance capitalistique avec les groupes de transport sanitaire Intégral et Douillard pour créer Keolis Santé. Keolis intègre par ce biais une trentaine de filiales. La Poste prend une participation majoritaire dans le capital d’Asten Santé et d’Agevie. Ainsi, elle complète son offre de service dans le domaine de la santé à domicile.

Boites-aux-Lettres (Photo credit: joanne clifford on Visualhunt.com / CC BY
Boites-aux-Lettres (Photo credit: joanne clifford on Visualhunt.com / CC BY

La Poste poursuit également son investissement dans les nouvelles technologies. Elle rachète Ametix, positionné dans le secteur du numérique ; KissKissBankBank&co, plate-forme de financement participatif par Internet ; Stuart, plate-forme de livraison de commande par Internet et Localeo, spécialisé dans le déploiement de services numériques pour les collectivités locales. Enfin, par l’acquisition de Domiserve, premier émetteur de chèques emploi service universel (Cesu), La Banque Postale étoffe sa gamme de services à la personne.
Des restructurations ont été opérées au sein même des groupes publics, essentiellement dans le secteur nucléaire. Le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) ne comprend plus que 3 sociétés et 16 000 salariés en 2017, contre 60 sociétés et 43 000 salariés en 2016 (encadré). EDF a pris possession de 75 % de Framatome. Elle a également créé la société Edvance, spécialisée dans les activités d’ingénierie du « nucléaire neuf », qui emploie 2 000 salariés.
Enfin, des sociétés publiques ont été vendues à des groupes privés, principalement dans le secteur des transports : ainsi, Aéroports de Paris (ADP) a cédé au groupe SAMSIC IV 80 % des parts de Hub Safe, société spécialisée dans la sûreté aérienne et aéroportuaire. SNCF Mobilités a transféré la Société de Transports de Véhicules (STVA) et sa vingtaine de filiales au groupe Compagnie d’affrètement et de transport (CAT).

L’État contrôle directement 89 sociétés

En 2017, 5 nouvelles sociétés entrent sous contrôle direct de l’État (sociétés de rang 1) et 2 en sortent, ce qui porte leur nombre total à 89.
Trois sociétés entrantes sont liées à la restructuration du secteur nucléaire : Areva SA, Areva TA (devenu TechnicAtome) et New Areva Holding (devenu Orano). FSI Equation devient également une société de rang 1 à la suite de son acquisition par l’État auprès de Bpifrance Participations. La Société financière de radiodiffusion (SOFIRAD), de rang 1 en 2016, est dissoute en 2017. Sa filiale directe, la Compagnie internationale de radio et de télévision (CIRT) passe ainsi automatiquement au premier rang de contrôle. Enfin, l’Institut d’émission des départements d’outre-mer (IEDOM), de rang 1 en 2016, est désormais détenu par la Banque de France et devient de rang 2.
Sur les 89 sociétés directement détenues par l’État, 39 ne possèdent aucune filiale ; c’est le cas notamment de la majorité des grands ports maritimes et des théâtres nationaux.
Les 50 sociétés sous contrôle de rang 1 restantes sont à la tête de groupes de tailles diverses.
Près de 80 % des sociétés détenues majoritairement par l’État appartiennent aux trois plus grands groupes : La Poste, SNCF et EDF. Ce dernier détient le plus grand nombre de sociétés (628 unités) et La Poste demeure le premier employeur avec 223 000 salariés.
Comme en 2016, ces trois groupes emploient près de 3 salariés sur 4 au sein des sociétés contrôlées majoritairement par l’État. Les effectifs de La Poste et de la SNCF reculent (respectivement de – 2,0 % et – 1,4 %), à l’inverse d’EDF dont le nombre de salariés augmente de 5,9 % en raison de l’acquisition de Framatome.

Plus des trois quarts des salariés travaillent dans le tertiaire

La SNCF et ses nombreuses filiales (Pixabay)
La SNCF et ses nombreuses filiales (Pixabay)

Le secteur tertiaire concentre toujours plus des trois quarts des effectifs (77 %), répartis dans 1 211 sociétés (69 %). En particulier, le secteur des transports et de l’entreposage rassemble 60 % des effectifs de l’ensemble des sociétés contrôlées majoritairement par l’État. Le nombre de salariés y est en légère baisse par rapport à 2016 (- 7 600 salariés). Cela est dû en grande partie à la baisse des effectifs dans les têtes de groupe La Poste et SNCF Mobilités (- 5 500 salariés et – 1 850 salariés).
L’industrie est le deuxième secteur, avec 22 % des emplois et 27 % des sociétés contrôlées majoritairement par l’État, soit une structure proche de celle de 2016. Le nombre d’emplois y diminue de 4 100 salariés.
L’emploi des sociétés contrôlées par l’État dans les secteurs de l’agriculture et de la construction reste très faible.

Restructuration de la filière nucléaire

Engagée en 2015, la réorganisation de la filière nucléaire française s’est poursuivie en 2017, avec la restructuration d’Areva, laquelle réduit fortement le périmètre du CEA, acteur principal du nucléaire en 2016 avec une soixantaine de sociétés et près de 43 000 salariés. En 2017, le plan de restructuration d’Areva a donné naissance à quatre entités distinctes :

Orano SA (15 500 salariés), anciennement New Areva Holding, garde les activités des mines d’uranium et du cycle du combustible. Il se concentre sur l’enrichissement et le recyclage du combustible nucléaire, la logistique et les services liés au nucléaire, dont le démantèlement.
Framatome (7 500 salariés), anciennement New NP, devient un sous-groupe d’EDF et se concentre sur la conception des réacteurs et le matériel nécessaire aux centrales.
TechnicAtome (1 500 salariés), anciennement Areva TA, est spécialisé dans la conception, la réalisation, la mise en service et le maintien en conditions opérationnelles des réacteurs nucléaires compacts.
Areva SA (moins de 100 salariés), seule à conserver la dénomination « Areva », est une structure de défaisance maintenue temporairement le temps d’achever le projet de réacteur EPR OL3 en Finlande et de suivre les risques liés aux irrégularités constatées au Creusot.
L’État demeure à la tête de toutes ces sociétés directement ou indirectement. Après cette restructuration et la suppression d’environ 3 000 emplois, le CEA reste à la tête d’un groupe de 3 unités et 16 000 salariés, tout en conservant des participations dans Orano SA et TechnicAtome.
Solène Faguet, Marie-Laure Portejoie-Koch, pôle national Liaisons financières, Insee