Mamie et les sept nains

« Moi je suis une mamie confiture », confie l’actrice Chantal Ladesou, qui incarne une drôle de grand-mère dans le film de Gabriel Julien-Laferrière, « C’est quoi cette mamie ?! ».

Choc des générations, mamie est bien plus délurée que les sages petits-enfants.

Comédie sur et avec une famille très très recomposée, « C’est quoi cette famille ?! » avait fait près de 800.000 entrées. On retrouve donc toute la turbulente tribu, enfants, parents, grand-mère… dans « C’est quoi cette mamie ?! » (sortie le 7 août), suite également réalisée par Gabriel Julien-Laferrière. « Dans le premier film, les enfants sont raisonnables, structurés, et les parents c’est n’importe quoi ; là, c’est vraiment Chantal et les enfants le moteur de l’histoire », confiait le réalisateur, lors des avant-premières à l’UGC Nancy et Ludres.

Chantal, c’est bien sûr l’actrice Chantal Ladesou, en drôle de mamie fêtarde, pour qui il est hors de question de rater l’heure de l’apéro. La veille des grandes vacances, les parents (Julie Gayet, Julie Depardieu, Lucien Jean-Baptiste, Philippe Katerine, Thierry Neuvic, Arié Emaleh, Claudia Tagbo…) font la répartition des sept enfants : qui part avec qui et où, Londres, Bretagne, montagne… Oublié, le petit dernier, Gulliver, est du coup envoyé chez Mamie Aurore, dans le sud de la France.

« Je me suis découvert bon avec les enfants, pour moi c’est un vrai plaisir », constate Gabriel Julien-Laferrière, grand-père lui aussi.

L’immature Mamie préférant sortir faire la fête à son rôle de baby-sitter, elle laisse tout seul dans une grande maison le petit Gulliver, alias « Dormeur ». Alertés, toute la bande de frères et soeurs débarque chez la grand-mère, bien embêtée avec ses sept nains. Choc des générations, mamie est bien plus délurée que les petits-enfants, qui lui font la leçon. « La grand-mère est bloquée en 1973, Saint-Tropez, les bagnoles, les palmiers, la fête… et les gosses sont d’aujourd’hui, ils sont assez raisonnables, ils s’inquiètent de l’avenir », constate Gabriel Julien-Laferrière, grand-père lui aussi, d’une petite-fille née juste après le tournage.

« Tout le monde est au service des enfants »

Réalisateur de plusieurs épisodes de la série « Fais pas ci, fais pas ça » et de comédies au cinéma (« Neuilly sa mère ! », « Neuilly sa mère, sa mère ! », « SMS »…), le cinéaste enchaîne les tournages avec les enfants. « J’ai été assistant réalisateur très longtemps, plutôt de films d’auteur un peu durs, du genre Leos Carax, Chantal Akerman, Claire Denis… J’ai eu une révélation avec mon premier film en tant que réalisateur de deuxième équipe, ‘’ Big City ‘’, où il y avait trente-cinq enfants », raconte-t-il, « Je me suis découvert bon avec les enfants, pour moi c’est un vrai plaisir. Il faut dire aussi que ça annihile toutes les possibilités de crises d’ego des adultes, les acteurs savent que quand on tourne avec des enfants, tout le monde est à leur service, ça démine des situations, j’adore ça, je ne vais pas arrêter, je trouve ça trop bien. Ce qui était original dans le premier film, c’est que ce n’est pas une histoire d’adultes avec des gamins comme faire-valoir, c’est presque l’inverse, ça c’est plutôt marrant ».

Moins marrant, l’écriture, puisque Gabriel Julien-Laferrière devait donner de l’espace à chacun de ses nombreux personnages : « C’est une difficulté, je n’ai pas écrit le premier film, ce sont les auteurs du premier scénario, à qui je rends hommage, Camille Moreau et Olivier Treiner. Mais tous les personnages étaient là, et il y avait déjà cette petite inquiétude que ça fonctionne bien entre eux, qu’on ne perde pas les personnages en route, il fallait qu’ils aient tous quelque chose à défendre, que ce soit intéressant à jouer », dit-il, « J’étais très jaloux à mes débuts du théâtre, de l’esprit de troupe, et là il y avait un peu ça, j’avais l’impression d’avoir une troupe de théâtre, j’adorais l’ambiance ».

Chantal Ladesou : « Je suis un peu comme ça dans la vie »

« Elle est elle-même cette mamie, elle a envie de vivre, elle est cash, brut de décoffrage », confie Chantal Ladesou.

Dans cette comédie simpliste, où enfants, parents, et mamie sont bien sûr tous réunis à la fin, la meilleure réplique revient évidemment à Chantal Ladesou : « M’appelle pas mamie, ça donne des rides ! ». « Elle est elle-même cette mamie, elle a envie de vivre, elle est cash, brut de décoffrage, je suis un peu comme ça dans la vie, c’est vrai, c’est ma façon d’être », dit l’actrice aussi énergique que son personnage. « En fait, moi je suis une mamie confiture, c’est ma nature, je suis hyper classique », confie-t-elle.

« Les enfants sont un peu timorés, ils ont peur de pas mal de choses, mais cette génération de grand-mère là, c’est la liberté », ajoute Chantal Ladesou, qui finalement joue une mamie plus attentive qu’on ne le croit : « Souvent les parents ont la tête dans le guidon, ils ont leur métier, leur vie de tous les jours, ce n’est pas facile, ils ne voient pas les choses, les histoires d’amour, les petits malheurs de leur enfants, et elle, elle voit sans qu’on lui raconte ».

Habituée à être seule sur scène, elle avait cette fois toute une tribu autour d’elle. « C’est une autre discipline la scène, j’aime beaucoup être en troupe aussi », dit la comédienne, qui a joué essentiellement des rôles secondaires dans une bonne trentaine de films dans, et a donc attendu d’être grand-mère pour qu’on lui confie son tout premier grand rôle : « Et bien oui, c’est comme ça la vie, ce n’est pas très grave, j’ai fait plein d’autres choses pendant ce temps-là, il était temps ».

Scène, télé, radio, pub… A 71 ans, Chantal Ladesou est effectivement plus présente que jamais. « Oui, ça converge, parce que je fais de plus en plus de choses, j’ai toujours travaillé, j’ai fait du théâtre, du one-man-show, la radio depuis huit ans où je suis rentrée chez Bouvard, c’est vrai que là d’un seul coup ça s’accélère, on me demande beaucoup, et je trouve ça très agréable, je suis ravie, je ne prendrai jamais ma retraite, j’ai même pas envie ».

Une popularité qu’elle doit notamment à ce qui est devenu son image de marque, sa gouaille, sa voix, particulièrement reconnaissable. « Elle est comme ça, elle s’accentue peut-être avec l’âge, j’avais déjà cette voix-là toute petite, ça faisait peur », dit-elle, « Quand je suis arrivée au Cours Simon, j’avais 23-24 ans, et j’avais déjà cette voix, je travaillais une jeune première et René Simon m’avait dit : ‘’ Toi, tu ne feras jamais de jeunes premières, avec la voix que tu as, ton autorité naturelle, tu feras des personnages beaucoup plus tard ‘’. Donc j’ai travaillé les soubrettes de Molière, les putes, les femmes de ménage, les concierges, les femmes à caractère… Et voilà, c’est un don du ciel finalement d’avoir une voix comme ça quand on est comédienne ».

Patrick TARDIT

« C’est quoi cette mamie ?! », un film de Gabriel Julien-Laferrière, avec Chantal Ladesou (sortie le 7 août).