Avec tendresse, humour et émotion, Louis Clichy raconte une histoire « personnelle » dans son film d’animation. Celle d’un garçon au corps tordu qui grandit dans une ferme de la Beauce.

Animateur chez Pixar (sur « Wall-E » et « Là-haut ») puis coréalisateur avec Alexandre Astier de deux « Astérix » (« Le Domaine des Dieux » et « Le Secret de la potion magique »), Louis Clichy a réalisé un premier long-métrage d’animation « personnel », « Le Corset », multi-primé au Festival d’Annecy et à Un Certain Regard à Cannes (sortie le 14 octobre).
« Personnel », parce que comme Christophe, le jeune personnage principal du film, le cinéaste a grandi dans une ferme de la Beauce et a porté (et porte encore) un corset pour redresser sa colonne vertébrale de guingois. Il y a donc un peu beaucoup de son enfance dans l’histoire de ce gamin chétif (auquel son propre fils Gary prête sa voix) qui « pousse de travers ». Christophe est chez lui dans la ferme familiale, emmené par son père à l’école en tracteur ; un tracteur qu’il rêve de conduire, mais cela va lui être interdit à cause de cette satanée tête tombante, ce cou qui ne reste pas droit, cet air penché (même sur les photos de classe) qui le déséquilibre et le fait inexorablement chuter.
Inutile à la ferme, moqué à l’école

Pour détordre son corps, la médecine préconise le fameux corset du titre que le garçon de onze ans est contraint de porter, nuit et jour. Coincé dans tous ses mouvements, il a d’abord du mal à marcher avec tout cet attirail, ne peut plus jouer au foot à la récré ni monter sur son vélo, et encore moins participer à la moisson comme son grand-frère. Corseté comme dans une cage, Christophe peut traire les vaches, garder les moutons, qui bientôt seront vendus pour passer à une « grande » culture, mais il se sent inutile à la ferme, moqué à l’école, marchant avec la cane de son grand-père, solitaire malgré lui.
Passé le stade de la colère, il va s’apaiser grâce à la musique et la découverte de la puissance du grand orgue de l’église : d’abord chargé de tourner les pages pour le bienveillant organiste (qui a la voix d’Alexandre Astier), il se rend compte qu’il se « débrouille bien » en posant les mains sur les claviers et les pieds sur les pédales. Elle aussi conseillée par le toubib, la piscine lui fait du bien, au corps et à la tête, et puis c’est là qu’il rencontre une jolie brunette, Clara, copine de bus, de shopping, et plus puisqu’affinités.
Un drame de la vie paysanne

« Le Corset » est d’abord un récit de passage de l’enfance à l’adolescence, période où le corps (celui-ci est tordu) se métamorphose. Mais Louis Clichy y raconte aussi un drame de la vie paysanne avec cette ferme, dirigée par un père préoccupé et taiseux, qui va subir les difficultés et bouleversements du monde agricole « moderne ».
En dépit d’un imaginaire super-pouvoir qui lui permet de tout faire basculer et pencher autour de lui, lorsque la colère l’emporte, Christophe va finalement parvenir à se tenir droit dans la vie. Visuellement beau, avec un trait léger et la douceur des couleurs d’aquarelle posées sur les paysages de la Beauce, ce film (soutenu par la Région Grand-Est) est une renversante merveille de tendresse, d’humour et d’émotion.
Patrick TARDIT
« Le Corset », un film d’animation de Louis Clichy (sortie le 14 octobre) et un roman adapté du film par Emmanuel Villin (L’Ecole des Loisirs).