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« Sham », les risques du métier

Un instituteur est-il harceleur d’un élève ? Dans ce film, Takashi Miike expose les deux versions d’une affaire judiciaire et les vérités « alternatives » des parents et de l’enseignant.

Film de procès, ce long-métrage met en scène la parole de l’un contre celle de l’autre.

Cinéaste japonais prolifique (« Audition », « Hara-kiri », « 13 assassins », « First love, le dernier yakuza »…), Takashi Miike s’est emparé « de faits réels » pour son nouveau film, « Sham » (sortie le 16 septembre), tiré d’un livre consacré à une médiatique affaire judiciaire opposant une famille et un instituteur. Sélectionné au Festival du Film Policier de Reims et primé à Cannes Ecrans Juniors, ce long-métrage est en grande partie un film de tribunal, de procès, où les deux principaux témoignages sont contradictoires, un enseignant et la mère d’un élève qu’il aurait maltraité.

Takato, garçon de 9 ans aux cheveux roux, souffre d’un trouble de l’attention ; Yabushita son instit lui aurait reproché d’être métis, d’avoir un ancêtre américain, ces « assassins » du Japon, et d’avoir ainsi « un sang entaché ». L’enfant porterait aussi les traces de punitions corporelles, les oreilles décollées et le nez tiré jusqu’au sang par l’enseignant qui l’aurait même incité à se suicider. Le gamin était prêt à sauter d’un toit si sa maman ne l’avait retenu au dernier moment.

Le récit de cette première partie est alors terrible, mais le film perd de sa force sur la longueur, au fur et à mesure que l’on subodore ce qu’est (peut-être) la vérité, car ce sont des vérités « alternatives » qu’expose Takashi Miike. Telles les deux versions de la visite de Yabushita au domicile des parents de Takato. Face à la détermination d’une mère voulant faire condamner le « prof meurtrier » qui a maltraité à son enfant, s’oppose la détresse d’un homme qui clame son innocence.

Du harcèlement scolaire devenu fait-divers

Si l’instituteur (au centre) s’excuse, demande pardon, fait des aveux face aux parents d’élèves, ce n’est que pour calmer les choses, cédant à la pression.

Car l’instituteur nie totalement les faits qu’on lui reproche, dénonce une « mascarade », et s’il s’excuse, demande pardon, fait des aveux face aux parents d’élèves, ce n’est que pour calmer les choses, cédant à la pression de la direction de l’école. Suspendu, lâché par tous à commencer par sa hiérarchie, il devient une proie des médias, subissant les risques du métier, et n’est guère soutenu que par sa famille et un vieil avocat, qui se révèle finalement efficace.

Cette affaire de harcèlement scolaire devient ainsi un fait-divers, un feuilleton abondamment suivi par la presse, avec de « bons » personnages et un méchant désigné dès le début. Mettant en scène la parole de l’un contre celle de l’autre, « Sham » rôde entre les mensonges et la vérité, forcément déformée, car qui dit vrai, qui ment ? Puisque « la vérité n’est qu’une version parmi d’autres ».

Patrick TARDIT

« Sham », un film de Takashi Miike (sortie le 16 septembre).

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