Le duo Nakache-Toledano nous téléporte dans une faille temporelle avec cette réjouissante comédie familiale, un portrait de « la classe moyenne », avec Camille Cottin et Louis Garrel.

Célébrés pour leurs films empreints du « vivre-ensemble » (« Intouchables », « Le Sens de la fête », « Samba », « Hors normes », « Une année difficile »…), Olivier Nakache et Eric Toledano nous proposent « un voyage dans le temps » avec « Juste une illusion » (sortie le 15 avril), film dont le titre à tout à voir avec la chanson de Jean-Louis Aubert. Ils nous téléportent ainsi dans un autre monde, une autre France, celle d’il y a quatre décennies, en 1985.
Nous y découvrons une famille qui habite dans un appartement du bâtiment B d’une cité façon « ville nouvelle », dans la banlieue parisienne, comme en ont connu les coréalisateurs. C’est un peu tendu entre les parents, Sandrine et Yves ; madame, jouée par Camille Cottin, épouse en phase d’émancipation, secrétaire qui aspire à un meilleur avenir professionnel ; et monsieur, joué par Louis Garrel, chômeur moustachu après quinze ans chez Moulinex, ex-cadre en imper, qui cache sa situation à ses enfants.
« Film de sensation » et de souvenirs

Pas dupes les deux fils, frangins qui se chamaillent mais s’aiment bien quand même. Le grand frère fan de rock new-wave et enregistreur de compils, incarné par Alexis Rosenstiehl (également à l’affiche de « Ceux qui comptent », en fils de Sandrine Kiberlain) ; et Vincent, interprété par Simon Boublil, ado de presque 13 ans plutôt sérieux, qui se prépare à sa bar-mitsva, amoureux d’une Anne-Karine qui lui semble inaccessible. Et puis il y a « monsieur Berger » (interprété par Pierre Lottin, lui aussi dans « Ceux qui comptent »), le gardien d’immeuble, du genre pointilleux sur la place de parking, et un peu trop proche de madame ce qui agace le mari jaloux.
Nakache et Toledano se sont « imbibés de l’époque » pour la recracher dans ce « film de sensation », faits de souvenirs d’une période à la fois ancienne et pas si lointaine. L’équipe du décorateur Jean Rabasse a fait un beau boulot de reconstitution, déco, fringues (ils ont le look, coco !), voitures… Les années 80 revivent par les médias, les logos d’alors de Canal+, TF1, les créatures de Folon à la fin des programmes d’Antenne 2, la « Valise » de RTL, NRJ, Télé 7 Jours, Michel Drucker… Par la bande-son, un vrai juke-box des tubes d’alors (The Cure, Imagination, Francis Cabrel…). Par l’actualité, le badge « Touche pas à mon pote », les débuts de SOS Racisme, le sida… et même une très drôle réinterprétation du main-dans-la-main Mitterrand-Kohl à Verdun.
Une écriture fine et efficace

Avec l’énergie et le naturel de Camille Cottin, Louis Garrel au jeu volontairement surjoué, personnage touchant malgré ses nombreux défauts, le film est un portrait de « la classe moyenne ». Si Nakache et Toledano évoquaient déjà la famille dans « Tellement proches » et leur adolescence en colonies de vacances dans « Nos jours heureux », ils livrent dans « Juste une illusion » une part de leur intimité, de leur histoire personnelle, et évoquent la sortie de l’enfance avec le personnage de Vincent.
Construite avec leur écriture fine et efficace, c’est une réjouissante comédie familiale et temporelle, qui désamorce par un mensonge un épisode dramatique (l’exil forcé des Pieds-noirs), avec une part de tendresse, une certaine chaleur humaine, des références au cinéma français dont le chabadabada Lelouchien, et de nostalgie pour cette époque qui va disparaître. C’est finalement « Juste une illusion », à peine une sensation, rien qu’une impression des années 80, comme une bulle de savon, c’était vraiment une autre époque.
Patrick TARDIT
« Juste une illusion », un film d’Olivier Nakache et Eric Toledano, avec Camille Cottin et Louis Garrel (sortie le 15 avril).