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« Orwell », c’est aujourd’hui !

« Il a tout vu. Tout analysé. Tout prédit », estime Raoul Peck, qui consacre un documentaire à l’écrivain de « 1984 » et « La Ferme des animaux ». Un film terriblement d’actualité tant les vérités alternatives, fake news et manipulations font désormais partie de notre quotidien.

Le documentaire de Raoul Peck montre combien « 1984 » est « une œuvre visionnaire ».

« Big Brother is watching you », écrivait George Orwell en 1948-49 dans un roman d‘anticipation censé se dérouler en « 1984 », et qui ressemble tant à ce que nous vivons quatre décennies plus tard, aujourd’hui. « Ce n’était pas un écrivain qui m’était très proche, mais en me replongeant dans son œuvre, j’ai trouvé un questionnement plus proche de moi », confiait Raoul Peck au Festival du Cinéma américain de Deauville, où était présenté en avant-première son documentaire « Orwell 2+2=5 », sélectionné auparavant par le Festival de Cannes (sortie le 25 février).

« Il a tout vu. Tout analysé. Tout prédit », constate Raoul Peck, qui a récemment consacré des films à l’écrivain James Baldwin (« I am not your negro ») et au photographe sud-africain Ernest Cole. Journaliste et écrivain britannique, auteur de « La Ferme des animaux » et « 1984 », George Orwell (1903-1950) était « un romancier qui révèle le monde tel qu’il est ». Jeune il fut pourtant « un odieux petit snob », engagé dans la police impériale en Birmanie, un rouage du despotisme, dont il reviendra hanté et tourmenté en 1927.

En 1936, il fait partie des volontaires britanniques antifascistes, engagés auprès des Républicains en Espagne, qui ont rejoint les forces du Poum. Revenu à jamais dégoûté de la politique, il travaille à la BBC et en démissionne durant la Seconde guerre mondiale. Au-delà de la simple biographie, Raoul Peck s’intéresse à l’écho contemporain de son tout dernier roman, « 1984 », qu’Orwell achève d’écrire sur l’île de Jura, en Ecosse.

Totalitarisme, surveillance, propagande…

Quarante ans après 1984, le monde d’Orwell n’est presque plus de l’anticipation.

« Orwell 2+2=5 » est ainsi un kaléidoscope, mêlant des images de fictions tirées de ce fameux livre, des archives, des reportages, des extraits de films de Ken Loach… et fait référence à ce théorème que la dictature fait accepter par la force aux récalcitrants : 2+2=5, puisque ainsi en ont décidé les tortionnaires. Et c’est effrayant de comparer ce que dénonce Orwell, le totalitarisme, l’oppression, la surveillance, la censure, la propagande… et notre réalité, les vérités alternatives, les fake news, le complotisme, le trumpisme, la falsification des événements, les trompeuses technologies numériques…

Raoul Peck accumule des horreurs passées et présentes, une longue liste de dictateurs, les mensonges des états totalitaires, et, oui, « 1984 » est « une œuvre visionnaire », avec sa novlangue, son ministère de la Vérité et sa police de la pensée. L’écrivain anglais avait choisi ce titre car il en avait commencé l’écriture en 1948 ; deux chiffres inversés, et le futur semblait alors tellement lointain. Quarante ans après 1984, ce n’est presque plus de l’anticipation, et il est glaçant de constater combien nous avons parfois l’impression de vivre dans ce qu’avait écrit George Orwell. « Prophète de l’apocalypse », il nous avait prévenus : Big Brother is watching us.

Patrick TARDIT

« Orwell 2+2=5 », un documentaire de Raoul Peck (sortie le 25 février).

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