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Grèves à la SNCF… et ailleurs : les raisons de s’inquiéter

Point-de-vue. « L’environnement social n’aura jamais été aussi tendu » constate Bernard Aubin, secrétaire général du syndicat FiRST. Gros risque d’embrasement au lendemain de l’action interprofessionnelle du 5 décembre 2019.

Embrasement social possible après le 5 décembre 2019 (Photo credit: Hermann.Click on Visualhunt / CC BY-NC-SA)

Droit de retrait aux conséquences majeures, cessation spontanée de travail à Châtillon, grève des contrôleurs… après l’accalmie qui succéda à trente jours de grève en 2018, la terre tremble de nouveau à la SNCF. Prémices d’une éruption qui pourrait ensevelir tout le pays ? Les dirigeants politiques commencent à s’en inquiéter, bien tardivement, et ils ont raison. Car si les brûlots qu’ils ont allumés çà et là venaient à se rejoindre, l’incendie serait vite hors de contrôle. D’autant plus qu’eux et leurs prédécesseurs ont délibérément affaibli ou désavoué les syndicats. Espérant vaincre la résistance à leurs réformes, et imposer de nouveaux reculs sociaux, ils se sont privés d’une indispensable soupape de sécurité.

1. Le contexte social français : situation explosive

Scènes d'émeutes à Paris le 1er décembre 2018 (capture euronews)
Scènes d’émeutes à Paris le 1er décembre 2018 (capture euronews) L’assemblée des « gilets jaunes » réunie à Montpelleir appelle à rejoindre la grève du 5 décembre 2019

L’environnement social n’aura jamais été aussi tendu. Salariés, demandeurs d’emplois, exclus de tous bords ont accumulé des années durant les contraintes et reculs sociaux qui leur ont été infligés. La situation n’est pas récente. Mais à force de remplir la coupe, elle commence à déborder. Dans ce contexte déjà tendu, des dirigeants politiques totalement irresponsables n’ont rien trouvé de mieux que d’ouvrir encore plus grand le robinet. Pire, la campagne de provocations menée par le Président de la République en début de mandat : des actes gratuits, puérils, irréfléchis, qui ont laissé des traces. Tous les ingrédients d’un cocktail explosif sont désormais réunis. Premier exemple significatif : une mobilisation inattendue sur le fond comme sur la forme : celle des Gilets Jaunes.
Cet avertissement ne semble pourtant pas avoir atteint nos dirigeants, qui, après une période de silence agrémentée de voyages autour du monde, sont déterminés à rattraper le retard dans la mise en œuvre de nouveaux reculs sociaux.
Autre point que le Gouvernement ne devrait pas négliger : dépourvu de repères partagés et reconnus, la France est fragile. Socialement, notre pays est devenu un château de carte qui menace de s’effondrer. Raison de plus pour cesser de jouer aux apprentis sorciers.

2. Des attitudes plus spontanées, moins encadrées, parfois brouillonnes

Les Français ont changé. Sur ce point, le mouvement des Gilets Jaunes, comme certains débrayages hors des clous à la SNCF, sont très révélateurs. Autrefois, la situation sociale faisait l’objet d’un examen et d’un suivi constants. Par les syndicats, par des partis politiques… Des structures dans lesquelles les individus s’investissaient sur le long terme, prenaient du recul, menaient des réflexions et planifiaient des actions. Les mécontentements se trouvaient ainsi canalisés et les mouvements encadrés.
Aujourd’hui, l’individualisme, les contraintes professionnelles, les incertitudes sur l’avenir, et les Smartphones ont changé la donne. Nous sommes dans l’immédiateté. Ce qui n’est pas synonyme de résignation. Tout juste la grogne va-t-elle s’exprimer autrement : de manière spontanée, brutale, originale, autour de revendications hétérogènes voire contradictoires. Dépourvus de points de sortie, d’encadrement et d’interlocuteurs reconnus, de tel conflits risquent au mieux de s’enliser, au pire de déraper. Le contexte est propice au développement de mouvement incontrôlés… et incontrôlables.

3. Une grève « classique » vue de l’intérieur : négociations infructueuses, pourrissement, frustrations…

Lorsqu’une grève se déclenche dans une situation conventionnelle, l’état d’esprit des participants évolue au fil du temps, et au gré des Assemblées Générales. Les 3-4 premiers jours, les participants restent concentrés sur des revendications claires, formalisées. Satisfaites en totalité ou en partie, elles constituent une sortie honorable du conflit. C’est le point charnière du mouvement.
Il est impératif de trouver une solution dans cette courte période car ensuite, très vite, les choses changent. Au fil du temps, les salariés ne font plus grève, ils sont devenus la grève. Un peu comme ces Gilets Jaunes qui avaient créé une forme de société dans la société : une frontière s’est érigée. Un obstacle de plus à surmonter.
Si les négociations s’avèrent infructueuses, les esprits peuvent s’aigrir, s’échauffer, des clivages et des rancœurs peuvent apparaître. Dans les grèves, cela se traduit par des tensions entre personnel au travail et personnel en arrêt, parfois par des intimidations. A la marge, cela peut aussi prendre la forme d’actes violents ou de sabotages. L’action se délite mais se radicalise, rendant négociations et médiations hors de portée. Place à la surenchère, comportementale ou revendicative. Les syndicats perdent la main, sauf ceux qui alimentent le feu, quitte à prendre le risque d’envoyer les salariés dans le mur. Les revendications premières sont perdues de vue.
Au final, le mouvement s’étiole. Il laisse place à part à des rancœurs, des frustrations de part et d’autre, qui ne manqueront pas de ressurgir d’un moment à l’autre.

Moralité
Le gouvernement s’est assis sur un baril de poudre, celui qu’il s’est lui-même constitué. Les brûlots qui l’entourent, il les a lui-même allumés. Les casernes de pompiers, il les a délibérément fermées. Alors, si embrasement il y a, la situation pourrait très vite déraper, au détriment de TOUS les Français.

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