Edition du lundi 20 novembre 2017

La lettre inacceptable d’un commandant de police à un brigadier

Le ton comminatoire avec lequel un commandant de police de Valenciennes s’adresse à un brigadier des unités d’agglomération laisse pantois. Le syndicat UNSA police réagit.

Des radars aux endroits ''stratégiques'' pour verbaliser (DR)

Des radars aux endroits ”stratégiques” pour verbaliser (DR)

On lira ci-dessous la lettre adressée à un brigadier de « l’Unité de Garde et de Soutien, Unités d’Agglomération de Valenciennes ». Elle est datée du 28 septembre 2017 et signée par le commandant de police ‘’chef des Unités d’agglomération’’ dont la charité chrétienne, sans doute, nous empêche de donner le nom.
La forme, d’abord : pas de « monsieur » en guise d’introduction. Pas de formule de politesse non plus en fin de lettre. Le Commandant de police s’adresse sans doute à une machine à verbaliser, pas à un homme.
Le fond ensuite : il est question de l’activité routière. Le commandant reproche au brigadier de ne pas en foutre lourd ! « Une étude de l’activité routière de votre unité démontre que votre travail dans ce domaine demeure à un faible niveau, en l’occurrence entre le 1er janvier et le 25 septembre 2017 inclus, vous n’avez relevé que 30 contraventions. Dans le même temps la moyenne de votre unité, tous grades confondus, est de 153 ! (…) Je vous demande d’exécuter le travail qui est le vôtre. »
En guise de formule de politesse cette injonction : « Vous accuserez réception de la présente note ».

La politique du chiffre

Philippe Capon, secrétaire général UNSA-Police

Philippe Capon, secrétaire général UNSA-Police

On comprend un peu mieux le malaise des policiers dans les commissariats. Mais au-delà de la façon surprenante avec laquelle un commandant s’adresse à un subordonné, il y a cette pression exercée sur les policiers pour faire du chiffre. A valenciennes comme ailleurs, il faut verbaliser à tout va pour remplir les caisses, au prétexte de lutter contre la délinquance routière. On s’en doutait un peu compte tenu des endroits stratégiques utilisés pour placer les radars.
Le syndicat UNSA-Police a aussitôt réagit en publiant un communiqué. « Durant l’année 2013, le ministre de l’Intérieur d’alors, Manuel Valls, mit officiellement fin à la « politique du chiffre ». Pourtant, quatre ans plus tard (…), l’UNSA Police dénonce une énième fois cette course à l’échalote…
Rejetée par la quasi-unanimité des policiers, cette politique, clivante et dépassée, reste un point négatif, incompréhensible et mal vécu par les français qui, rappelons-le, ont, pour 82% d’entre eux, une opinion favorable de la police.
A l’aube de la mise en place de la Police de Sécurité Quotidien (PSQ), le maintien de cette « politique du chiffre », et de primes liées à des outils statistiques « mille-feuilles », sera vecteur de dysfonctionnements tels, qu’ils mettront en danger la volonté du Président de la République de répondre aux préoccupations de chacun, en termes de protection et de tranquillité.
« L’UNSA Police continuera à dénoncer fermement cette « politique du chiffre », n’étant qu’un moyen de pression subit par les policiers, et visant une activité uniquement répressive. L’inefficacité de cet outil de management, totalement obsolète, est aujourd’hui avérée. Il doit être supprimé. » Philippe Capon, Secrétaire Général.

Courrier d'un commandant de police à un brigadier de Valenciennes

Courrier d’un commandant de police à un brigadier de Valenciennes

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