Edition du jeudi 23 novembre 2017

« Y’a le bon cholestérol puis y’a le mauvais cholestérol ». Vraiment ?

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Viennoiserie danoise, bon ou mauvais cholestérol ?
Fredrik Rubensson/Flickr, CC BY-SA

James Brown, Aston University

Selon une étude danoise, les personnes ayant une concentration extrêmement importante de soi-disant « bon cholestérol « ont un taux de mortalité 65 % plus important que celles ayant une concentration normale. Cela signifie-t-il que le bon cholestérol vient de passer du statut de héros à celui de grand méchant ? Est-il possible de considérer qu’un bon cholestérol existe ?

On entend toujours parler du cholestérol dans les médias. Les études scientifiques reportent fréquemment que cette molécule et les médicaments qui le contrôlent, comme les statines, sont impliqués dans beaucoup de maladies : au-delà des maladies cardiaques, ils pourraient induire la maladie d’Alzheimer mais aussi des cancers. Le cholestérol est cependant essentiel à la vie, et se trouve dans l’ensemble du corps. C’est une substance grasse produite dans le foie, que l’on retrouve également dans de nombreux aliments tels que les glaces à la crème ou les graisses animales.

Le cholestérol ne peut pas voyager seul dans le sang car il ne se dissout pas dans le plasma du sang (composé majoritairement d’eau). Pour se déplacer par le sang, il se lie avec des protéines pour former des lipoprotéines. Deux types principaux de lipoprotéines co-habitent : les Lipoprotéines à faible densité : LDL (de l’anglais Low-Density Lipoproteins) et celles à haute densité : les HDL (de l’anglais : High-Density Lipoproteins). Les LDL sont ce que nous appelons communément le mauvais cholestérol car elles permettent de diffuser le cholestérol du foie vers les organes du corps. Les HDL sont donc considérés comme du bon cholestérol car elles font le chemin inverse, elles ramènent le cholestérol vers le foie pour le détruire.

Le transport du cholestérol dans le sang peut conduire à la formation d’un amas de matériaux graisseux sur les parois des artères, augmentant le risque d’accident vasculaire cérébral et d’arrêt cardiaque. Ce risque est particulièrement haut chez des personnes ayant un rapport LDL/HDL élevé. En considérant ce rapport, un taux de HDL élevé réduirait ces risques. De nouvelles preuves scientifiques suggèrent que ce ne serait pas si simple.

Leslipoproteins à haute densité (HDL) transportent le cholestérol vers le foie.
ibreakstock/Shutterstock

Des résultats surprenants

Dans cette nouvelle étude danoise, l’analyse a porté sur plus de 116 000 personnes. Un échantillon sanguin a été prélevé en début d’expérience, pour mesurer leur taux de cholestérol. Ils ont été ensuite suivis pendant plusieurs années, jusqu’à 23 ans.

Pendant cette période, plus de 10 000 participants sont décédés. Une fois les données analysées, les chercheurs ont trouvé quelque chose de très intéressant. La courbe de corrélation entre le taux de HDL et la mortalité avait une forme de U. Cela signifie que les personnes avec un taux extrêmement élevé ou extrêmement faible avaient plus de chance de mourir.

Résulats de l’étude, les courbes en forme d’U montrent un taux de mortalité plus élevé chez les personnes ayant un taux de HDL très faible ou très élevé.

Autre découverte : les hommes et les femmes ne sont pas égaux face au cholestérol. La quantité idéale de HDL chez les hommes est environ 25 % plus basse que chez les femmes.

Ces recherches vont donc bien dans le sens de ce qui était déjà admis : une concentration élevée de HDL est un facteur de risque pour une mort prématurée, mais le fait que des concentrations trop basses le soit aussi est nouveau. Mais alors, que conseiller à la population ?

Un facteur génétique ?

Aucune étude n’est parfaite, et bien que celle-ci s’appuie sur une population très large, elle n’est basée que sur un seul échantillon de sang au moment du recrutement. De plus, elle n’étudie qu’une frange de la population (des personnes de type caucasien, descendantes de danois). De plus, très peu de gens ont un taux de HDL très élevé : dans cette étude seulement 216 hommes et 218 femmes parmi les 116 000.

En revanche, l’étude nous offre l’opportunité de reconsidérer ce que ne nous savons réellement à propos des HDL. De nombreuses observations montrent une relation entre taux de HDL et risques cardiaques mais cette relation n’est pas causale. En effet augmenter le niveau de HDL grâce à des médicaments ne diminue pas les risques de maladies cardiaques ou de mort prématurée.

Il est possible qu’une mutation génétique soit la cause des taux extrêmes de HDL, ce qui expliquerait le nombre si faible de personnes atteintes. Les HDL, comme la plupart des protéines, ont différentes formes, il est également envisageable qu’un de ces sous-types de protéine soit la clé pour prévenir les risques cardiaques, d’autres recherches devront être menées pour confirmer ou infirmer cette hypothèse.

Les médecins devraient être alertés de cette étude et considérer que s’ils observent des taux extrêmes de HDL chez leurs patients, il serait pertinent de les suivre attentivement.

The ConversationIl est cependant peu probable que beaucoup de lecteurs de cet article ont un taux de HDL suffisamment élevé pour leur causer des soucis et il semble qu’il soit toujours une bonne idée de considérer que le bon cholestérol est bon pour le cœur.

James Brown, Senior Lecturer in Biology and Biomedical Science, Aston University

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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