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Émeutes, récession, inflation : Marc Touati alerte sur « le péril France »

Taux d’emprunt proches de 5 %, écart record avec l’Allemagne, CAC 40 en repli, inflation qui repart, excédent chinois historique : dans sa chronique hebdomadaire, l’économiste Marc Touati dresse un tableau très sombre et chiffre à « des dizaines de milliards d’euros » le coût des violences urbaines. Il appelle les épargnants à se protéger.

Marc Touati (YouTube)
Marc Touati (YouTube)

Un coût direct estimé à 3 à 5 milliards d’euros, « optimiste » selon lui

Pour l’économiste, la facture des émeutes se décline en trois étages. Le premier est celui des pillages et destructions. Il rappelle que les Gilets jaunes avaient coûté 900 millions d’euros et les émeutes de juin-juillet 2023 un milliard d’euros en un peu plus d’une semaine. Les dégâts actuels étant, selon lui, environ deux fois supérieurs à ceux de 2023, il évalue le coût direct à au moins 1,5 milliard d’euros, qui retomberait in fine sur les Français, via les primes d’assurance ou de nouveaux impôts.
Le deuxième étage tient à l’activité. Fermeture des commerces pillés, couvre-feux dans certaines villes, moral des ménages entamé : les commerçants qui comptaient sur la fin d’année pour se redresser, notamment dans le textile, verront leurs espoirs douchés. Le tourisme est aussi dans le viseur : Marc Touati évoque des assureurs japonais qui refuseraient désormais de couvrir les voyages en France et rappelle que la crise de 2023 avait provoqué 25 % d’annulations, voire 50 % dans certaines villes. Il chiffre le manque à gagner à 2 milliards d’euros pour le tourisme et 1,5 milliard pour la consommation d’ici à la fin 2026.
Dans ce contexte, il estime que la récession est « déjà » enclenchée. Le PIB a reculé de 0,2 % au premier semestre 2026 ; sa prévision de croissance de 0,4 % pour l’année, longtemps jugée pessimiste, pourrait elle-même s’avérer trop optimiste, avec un risque de croissance nulle, donc de hausse du chômage et d’aggravation du déficit.
« Ce n’est pas 3 à 5 milliards, ce sont des dizaines de milliards d’euros que nous allons perdre. » — Marc Touati
Taux à 4,96 % : la défiance des marchés
Le troisième étage, et le plus lourd, serait la confiance. Selon les graphiques présentés par l’économiste, le taux à dix ans de la dette française atteignait 4,96 % à midi mardi, un niveau inédit depuis juillet 2002, tandis que celui de l’Allemagne reculait sous 3,5 %. L’écart (spread) entre les deux pays s’établit à 152 points de base, un plus haut depuis novembre 2011. Son « tableau dramatique » compare aussi la France à ses partenaires : elle emprunte plus cher que l’Italie (35 points de base d’écart), la Grèce (54), la Belgique (58) et le Portugal (plus de 100).
Marc Touati s’inquiète de la structure du financement : selon la Banque de France, 59,7 % de la dette publique est détenue par des non-résidents, soit près de 70 % si l’on exclut la part de l’institution elle-même. La moitié de ces investisseurs seraient des fonds spéculatifs. Il affirme n’avoir obtenu ni de la Banque de France ni de la commission des Finances du Sénat la ventilation par nationalité, et y voit une « omerta ». Par déduction, il estime que les Japonais, les Américains et les Britanniques se détournent progressivement de la dette française, que les Chinois préfèrent acheter des actifs, et que les pays du Golfe resteraient l’une des rares sources de financement – d’où, à ses yeux, le déplacement de Bruno Le Maire dans la région.

PART DES NON-RÉSIDENTS DANS LA DETTE PUBLIQUE (selon M. Touati)

  • Belgique 63 %
  • France 60 %
  • Luxembourg 45 %
  • Espagne 40 %
  • Royaume-Uni 30 %
  • Italie 27 %
  • États-Unis 22 %
  • Japon 10 %

L’économiste cite également une déclaration de Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne : la BCE ne pourrait pas aider la France, qui doit « prendre les bonnes décisions elle-même ». Il en déduit qu’une aide du FMI viendrait avec une cure d’austérité. Il anticipe par ailleurs une dégradation de la note française, peut-être dès vendredi par Moody’s, et un service de la dette de 85 milliards d’euros cette année, plus de 100 milliards l’an prochain, soit l’équivalent du produit de l’impôt sur le revenu.
Sur le marché actions, le CAC 40 s’établissait ce matin à 7 805 points, soit un recul de 10,7 % depuis son pic du 10 août. D’après lui, c’est la seule grande Bourse développée à afficher une baisse annuelle en 2026 ; 33 des 40 valeurs ont nettement reculé la veille. Et si 80 % des bénéfices du CAC 40 sont réalisés à l’étranger, « cela n’explique pas tout », ajoute-t-il : il y aurait bien un « risque France ».

Inflation : la hausse reprend partout

Les derniers chiffres confirment, selon lui, la remontée des prix. En France, l’inflation atteint 3,4 % sur un an selon la norme européenne harmonisée d’Eurostat (3,1 % selon l’Insee), contre 3,8 % dans la zone euro et 3,7 % aux États-Unis. Depuis 2021, les prix ont augmenté de 21,3 % en France, dont environ 70 % pour l’énergie et 26 % pour l’alimentation, contre 27,6 % dans la zone euro. Dans la quasi-totalité des pays de la zone, l’inflation dépasse 3 %, loin de l’objectif de 2 % de la BCE, ce qui fait peser un risque de hausse des taux directeurs ; la Lituanie culmine à 6,1 %.
Marc Touati voit d’autres signaux d’alerte : les prix à la production américains progressent de 6,3 %, ce qui laisse présager une inflation de 4 à 5 %, le baril de Brent est remonté à 111 dollars sous l’effet des tensions au Moyen-Orient et l’euro s’affaiblit, renchérissant les importations. L’indice CRB des matières premières affiche environ + 47 % depuis le début de l’année, un mouvement qui, assure-t-il, ne s’est pas encore répercuté sur les prix à la consommation.

Chine : un excédent commercial record

Seule grande économie à échapper à l’inflation (0,9 %), la Chine a enregistré un excédent commercial record de 133,5 milliards de dollars en un mois et de 1 261,6 milliards sur douze mois. Ses exportations ont bondi de 36 % sur un an en septembre, pour environ 4 200 milliards de dollars, soit l’équivalent de 125 % du PIB français selon l’économiste. Le déficit commercial bilatéral de la France avec la Chine atteint 51,4 milliards d’euros sur douze mois, à portée du record de 54 milliards de 2022.
Pour Marc Touati, ce « rouleau compresseur » s’explique par quatre facteurs : un dumping pratiqué malgré les règles de l’OMC, un yuan sous-évalué (6,90 pour un dollar contre un niveau d’équilibre qu’il situe à 3,50), la désindustrialisation européenne, qu’il impute à des choix politiques anciens et à une fiscalité jugée trop lourde pour les entreprises, et enfin une montée en gamme dans la recherche et l’innovation. Ces excédents nourrissent environ 3 400 milliards de dollars de réserves de change, un « coussin de sécurité » dont la France, avec 200 milliards d’euros d’or à la Banque de France, ne dispose pas.

Épargne : « ouvrir un compte à l’étranger », en toute légalité

À la question de ses spectateurs – comment protéger son épargne ? –, l’économiste répond que les 6 500 milliards d’euros d’épargne financière des Français pourraient être mis à contribution, craignant « une dépossession » si l’État ne trouve plus à se financer. Il recommande, « en toute légalité » et en déclarant ces avoirs au fisc, d’ouvrir un compte dans un autre pays (Luxembourg, Belgique…), en notant que la Suisse limiterait désormais les ouvertures de comptes pour les Français. Il met en garde contre les arnaques utilisant son image et invite à vérifier tout établissement sur le site de l’AMF.

Ses recommandations

À éviter : dette publique, notamment française ; immobilier français « pour l’instant », retour envisagé en 2028.
À privilégier : dollar et franc suisse comme valeurs refuges ; or, malgré sa volatilité ; actions et immobilier, mais sur le long terme.
Prudence : Bourse très volatile, possible bulle de l’IA ; liquidités limitées à cause de l’inflation ; cryptomonnaies, domaine qu’il dit ne pas maîtriser.
Il conclut son conseil par un « carpe diem », invitant à profiter du moment présent. Ces recommandations ne constituent pas un conseil en investissement personnalisé.

La « bonne nouvelle » et les citations de la semaine

Seule éclaircie relevée par l’économiste, de son propre aveu « un peu forcée » : les retombées économiques des concerts de Céline Dion en France, estimées à plus de 700 millions d’euros par une étude, mais qui seraient déjà « absorbées » par les émeutes.
« Plus une société s’éloigne de la vérité, plus elle haïra ceux qui la disent. » — George Orwell, cité par un spectateur
« Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ne voient la nécessité que dans la crise. » — Jean Monnet, cité par une spectatrice
Marc Touati juge que « les six prochains mois seront très compliqués » et se demande comment le pays atteindra le printemps 2027 et l’échéance électorale. Il espère que la crise provoquera enfin une réaction de la classe politique.

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