La place des femmes dans les secteurs qui recrutent

En 2017, l’Insee dénombrait 26,9 millions de personnes en emploi dont 12,9 millions de femmes et 13,9 millions d’hommes. Perspectives pour les années à venir avec le CIDJ.

Les métiers qui recrutent les jeunes (CIDJ)
Les métiers qui recrutent les jeunes (CIDJ)

La part des femmes progresse depuis 1975 en raison du recul de l’emploi dans l’industrie, la construction et l’agriculture (secteurs majoritairement masculins) et de la hausse de l’emploi dans le tertiaire. Près de 88 % des femmes travaillent dans le tertiaire contre 65 % des hommes ; cela s’explique par leur forte présence dans l’enseignement, la santé, l’hébergement médico-social, l’action sociale et les services aux particuliers.
Parmi les actifs diplômés de l’enseignement supérieur, la part des femmes est plus élevée que celle des hommes : 44 % contre 36 %.
Bien que plus diplômées que les hommes, les femmes occupent majoritairement des emplois plus précaires, moins qualifiés, moins rémunérés et 80 % des temps partiels.
De surcroît, sur 87 familles professionnelles, seules 13 sont mixtes ; un métier est dit mixte lorsque les femmes et les hommes représentent entre 40 % et 60 % de ses effectifs.
Alors que l’Egalité entre les femmes et les hommes a été déclarée « grande cause nationale » du quinquennat, ce zoom propose un panorama des perspectives de recrutement « au féminin » à travers une sélection de secteurs qui recrutent.

SURREPRÉSENTÉES DANS LES MÉTIERS PEU QUALIFIÉS

Point sur ces secteurs très féminisés, peu qualifiés et qui recrutent massivement :

Services à la personne, santé
Les salariés des services à la personne sont des femmes à près de 90 %, plutôt âgées et peu diplômées. Elles exercent majoritairement les activités d’aide à domicile et de garde d’enfants et les hommes des activités plus ponctuelles (bricolage, jardinage, livraison). Dans la santé, 90 % des aides-soignants ou des agents de services hospitaliers sont des femmes.
Perspectives de recrutement :
Les aides à domicile sont la 1re famille professionnelle créatrice d’emplois en France selon le rapport « Les métiers en 2022 », avec 159 000 créations nettes d’emplois sur la période 2012-2022.
Aides-soignants : 2e famille créatrice d’emplois avec 103 000 emplois supplémentaires pour 2012-22.

Pôle emploi recense + de 65 000 projets de recrutement par an pour les aides à domicile, + de 58 000 pour les aides-soignants et 20 000 pour les agents de services hospitaliers.
Assistante maternelle : selon le baromètre Fepem des Emplois de la famille, la moitié des assistantes maternelles (164 000) partiront à la retraite à l’horizon 2030.

Propreté
65 % des salariés du secteur de la propreté sont des femmes. Elles sont largement majoritaires sur les postes d’agents de service (73 %), d’employés (67 %) et de maîtrise administrative (90 %) et minoritaires sur les postes cadres (32 %) et de maîtrise d’exploitation (37 %). Les postes de chefs d’équipe sont répartis à parts égales.
Près d’1 femme sur 2 (41 %) est concernée par le phénomène de « multi-emplois » contre 27 % des hommes.
En Île-de-France, 1re région recruteuse, elles occupent 55 % des postes d’ouvriers non qualifiés et 75 % des postes d’employés.
Perspectives de recrutement
Le secteur a créé près de 90 000 emplois en 10 ans selon la fédération Fep et propose 16 000 CDI chaque année (d’une durée supérieure à un mi-temps).
Pôle emploi a recensé plus de 105 000 projets de recrutement d’agents d’entretien de locaux en 2018, soit + 23% par rapport à 2017.
Les agents d’entretien constituent la famille professionnelle la plus recruteuse de France avec 387 000 postes à pourvoir sur la période 2012-2022 dont 375 000 liés aux départs à la retraite.

Hôtellerie-restauration
Près de la moitié des actifs de l’hôtellerie-restauration sont des femmes (47 %) ; elles sont majoritaires dans les secteurs des cafétérias (68 %), de l’hébergement (54 %) et de la restauration collective (52 %). Elles sont surreprésentées dans plusieurs métiers pour la plupart peu qualifiés : employées en hôtellerie (82 %), maîtrise de l’hôtellerie (63 %), serveuses (60 %), aides de cuisine et employées polyvalentes de restauration (59 %). À l’inverse, les métiers de l’encadrement et celui de cuisinier demeurent essentiellement masculins.
Perspectives de recrutement
250 000 projets de recrutement ont été recensés en 2018 par Pôle emploi dont 55 % saisonniers. La restauration collective réalise 20 000 recrutements par an mais manque de cuisiniers : 16 000 postes ne sont pas pourvus actuellement. La restauration rapide effectue 80 000 recrutements par an (dont 80 % de CDI), et pour les 3/4 à temps partiel.

Commerce-vente
Globalement, ce secteur comprend 53 % d’hommes et 47 % de femmes ; 40 % d’entre elles travaillent à temps partiel. Elles exercent majoritairement dans le commerce de détail (61 %) et la grande distribution (60 %) : elles occupent plus des 3/4 des postes de caissiers (79 %), employés de libre-service (79 %) et vendeurs (74 %).
Elles sont 33 % dans le commerce de gros et 19 % dans le commerce et la réparation auto/moto.
Le métier de commercial reste majoritairement masculin. Les femmes occupent seulement 3 emplois cadres sur 10.
Perspectives de recrutement
+ 290 000 projets de recrutement en 2018 dont 2/3 dans le commerce de détail, selon Pôle emploi. 38 % des projets de recrutement du commerce de détail sont des emplois saisonniers et près de 50 % pour les caissiers, vendeurs (habillement, sport, loisirs, luxe…), vendeurs en produits alimentaires.
Vendeurs : 3e famille créatrice d’emplois avec 103 000 emplois supplémentaires pour 2012-22, selon le rapport Les métiers en 2022.

Industrie
Dans tous les secteurs industriels, les effectifs sont majoritairement masculins. Dans l’agroalimentaire et la plasturgie, les femmes représentent environ 1/3 des effectifs, respectivement 37 % et 29 %. Elles occupent principalement des postes d’employées et d’ouvrières (qualifiées et non qualifiées).
Perspectives de recrutement
Le secteur agroalimentaire est le 1er recruteur industriel de France en volume de recrutements compte tenu du poids significatif de l’emploi saisonnier et de l’intérim. Pôle emploi recensait plus de 65 000 projets de recrutement en 2018 dont près de la moitié pour des postes ouvriers. Près de 45 % des projets de recrutement étaient des emplois saisonniers ; 59 % pour les ouvriers non qualifiés.
La part des femmes dans les emplois d’ingénieur et cadre de l’industrie augmentera à l’horizon 2022 (31 % en 2022 contre 22 % en 2012) selon le rapport Les métiers en 2022.

SECTEURS QUALIFIÉS OÙ LES FEMMES SONT PLUS PRÉSENTES QUE LES HOMMES

Enseignement
La part des femmes dans les effectifs enseignants diminue quand le niveau d’enseignement augmente : elles représentent 84 % des professeurs des écoles (92 % dans le privé sous contrat), 59 % des professeurs du secondaire (66 % dans le privé sous contrat) et 53 % des professeurs agrégés (dans le public et le privé sous contrat). Concernant les professeurs du supérieur, elles ne sont que 39 %.
Perspectives de recrutement
Les enseignants sont la 3e famille professionnelle la plus recruteuse selon le rapport Les métiers en 2022, avec 300 000 postes à pourvoir entre 2012 et 2022 dont 256 000 départs en fin de carrière.
Pour 2019, plus de 24 000 postes sont ouverts aux concours de professeur des écoles et 15 800 postes d’enseignants du 2nd degré : + 12 800 dans l’enseignement public et + 2 900 dans le privé sous contrat.

Santé
3/4 des emplois du secteur santé sont féminins, 87 % des infirmiers sont des infirmières !
Près d’un médecin sur deux est une femme (47 %) mais moins d’une femme sur trois pratique la chirurgie. La pédiatrie reste la spécialité la plus féminisée avec 69 % de femmes médecins, suivie par la biologie médicale (52 %)
Avec 59 % de femmes parmi les nouveaux médecins, la féminisation de la profession se confirme : elles devraient devenir majoritaires dès 2021.
Perspectives de recrutement
Plus de 25 000 projets de recrutement d’infirmiers, 15 000 masseurs-kinésithérapeutes et techniciens médicaux et près de 10 000 médecins en 2018, selon Pôle emploi.

Gestion et administration des entreprises
Les métiers de la gestion et de l’administration des entreprises sont très féminisés :
– Secrétaires : 98 % ; assistantes/secrétaires de direction :
95 %
– Techniciennes des services administratifs, comptables et financiers : 70 %
– Ressources humaines : 63 % des professionnels des RH sont des femmes
– Cadres : 50 %. La part des femmes dans l’emploi cadre de-vrait atteindre 57 % à l’horizon 2022.
Perspectives de recrutement
D’importants volumes d’embauche chaque année : 36 000 projets de recrutement de secrétaires, 16 000 employés de la comptabilité et 4 500 secrétaires de direction en 2018, selon Pôle emploi.
Cadres des services administratifs, comptables et financiers : – 25 000 recrutements de cadres en 2018 selon l’Apec dont 60 % de jeunes.
– 247 000 postes à pourvoir dont 97 000 créations d’emplois sur la période 2012-2022 : 4e famille professionnelle la plus recruteuse.

Assurance-banque
Dans l’assurance, les femmes représentent 60 % des effectifs et des recrutements, et 49,8 % de l’effectif cadre. Elles sont 57 % dans les banques commerciales et représentent 51 % des embauches en 2017. Elles occupent 48 % des emplois cadres mais leur part demeure prépondérante dans la catégorie techniciens : 73 %.
Perspectives de recrutement
14 000 recrutements annuels dans l’assurance et plus de 42 000 dans la banque. Les jeunes représentent la majorité des recrutements.
L’Apec prévoyait 18 000 recrutements de cadres en 2018 dans les secteurs banque et assurance dont 42 % de jeunes.

SECTEURS MASCULINS QUI RECHERCHENT DES TALENTS… FÉMININS ?

Informatique-numérique
Les femmes sont très minoritaires dans le secteur : moins de 30 % des effectifs selon Pôle emploi, 27 % des moins de 30 ans pour les ingénieurs de l’informatique (Dares). Cette absence des femmes est liée à leur très faible inscription en cursus d’ingénieur : seulement 27 % alors qu’elles représentent 41 % des effectifs des séries scientifiques et 47 % des bachelières en terminale S. De gros efforts sont mis en place par ces écoles afin de les inciter à rejoindre leur rang, mais elles peinent à attirer des étudiantes.
Un Plan mixité dans les métiers du numérique a été signé le 31 janvier 2017.
Perspectives de recrutement
Informatique/télécom : 1er secteur recruteur de cadres selon l’Apec avec de 55 000 à 59 000 recrutements en 2018. Les diplômés et les jeunes cadres (1 à 5 ans d’expérience) représentent + 60 % des recrutements.
190 000 postes à pourvoir dans le secteur informatique sur la période 2012-2022 dont près des 3/4 pour les ingénieurs (136 000 postes) et 1/4 pour les techniciens (48 000). Les ingénieurs de l’informatique bénéficieraient de 90 000 créations de postes.

Commerce-vente
Le métier de commercial reste majoritairement masculin. Mais, parmi les diplômés des grandes écoles de management, les femmes sont surreprésentées dans le commerce où elles occupent 61 % des nouveaux emplois. C’est le 3e secteur de recrutement des managers-femmes, selon la Conférence des Grandes écoles (CGE).
Perspectives de recrutement
L’Apec prévoyait plus de 20 000 recrutements dans le commerce en 2018, dont plus de la moitié de jeunes cadres dans la distribution.
Cadres commerciaux : 205 000 postes à pourvoir dont 80 000 créations sur la période 2012-2022. La part des femmes cadres et technico-commerciaux passerait de 30 % en 2012 à 38 % en 2022.

Recherche et développement (R&D)
Les femmes représentent 32 % du personnel de recherche et sont plus présentes au sein du secteur public (46 %) que dans les entreprises privées (23 %) où elles représentent cependant un quart des jeunes chercheurs. La part des femmes est plus faible parmi les chercheurs (27 %) que parmi les personnels de soutien (42 %).

Elles sont plus présentes dans les domaines de la santé, la chimie ou l’agronomie que dans l’aéronautique, l’automobile ou le numérique.
Exemples :
– Industries chimiques : les femmes sont particulièrement pré-sentes dans la R&D (46 %).
– Industries pharmaceutiques : elles sont majoritaires avec 57 % des effectifs et leur part est encore plus importante dans la R&D (64 %) et la commercialisation (66 %). À l’inverse, elles sont minoritaires dans les activités de production (47 %).
Perspectives de recrutement
En 2018, l’Apec prévoyait entre 34 000 et 37 700 recrutements de cadres en ingénierie et R&D dont 63 % dans les activités spécifiques d’étude et R&D, dont 2/3 de jeunes cadres.
Sur la période 2012-2022, 156 000 postes à pourvoir pour les personnels d’études et de recherche selon France Stratégie et la Dares : 83 000 créations d’emploi et 73 000 postes liés à des départs à la retraite.

BTP-construction
Le BTP reste un univers très masculin. Malgré la signature, en 2015, du Plan mixité dans les petites entreprises du bâtiment, l’objectif d’un tiers de métiers mixtes d’ici à 2025 et les campagnes de promotion menées par la FFB et la Cafeb, les femmes ne représentaient que 11,6 % des salariés du BTP en 2016.
Place des apprenties : en 2016-2017, les femmes représentaient 4,7 % des 48 500 apprentis du génie civil et de la construction mais il y a de fortes disparités selon les niveaux de formation : 2,6 % préparent un diplôme de niveau V, 11 % sont en BTS-DUT et plus de 16 % suivent une formation de niveau I et II.
Artisanat du bâtiment : 77 % des femmes occupent un poste ETAM (employés, techniciens, agents de maîtrise), 15 % sont ingénieurs et assimilés cadres et 8 % ouvrières.

Perspectives de recrutement
En 2018, les entreprises de la construction prévoyaient de recruter plus de 13 000 cadres selon l’Apec (+ 12 % par rapport à 2017) : 6 000 dans le bâtiment, génie civil et matériaux de construction et près de 7 000 dans les travaux de construction spécialisés.
Les recruteurs recherchent des cadres expérimentés (environ 1 recrutement sur 2), en particulier pour des postes de cadres de chantier.

SECTEURS TRÈS FÉMINISÉS QUI PEINENT À RECRUTER DES HOMMES

Services à la personne, santé, propreté, hôtellerie-restauration, commerce-vente, enseignement, petite enfance, gestion et administrations des entreprises… Tous ces secteurs qui recrutent massivement et majoritairement des femmes font face généralement à de fortes difficultés de recrutement. Exemples :
– 77 % des employeurs déclarent des difficultés à recruter des aides à domiciles.
– Plus d’1 recruteur sur 2 déclare des difficultés à recruter des techniciens et des cadres administratifs, comptables et financiers.
– Plus de 70 % des recrutements de médecins sont jugés diffi-ciles en France…
Si la difficulté à recruter revêt de multiples facettes (compétences du candidat, attractivité du poste, salaires, conditions de travail…), le recours aux candidatures masculines est sans doute une piste pour réussir un recrutement, améliorer la mixité des métiers et lutter contre les inégalités entre les femmes et les hommes.

Filles et garçons sur le chemin de l’égalité de l’école à l’enseignement supérieur 2018, ministère de l’Éducation nationale, ministère de l’Enseignement supérieur, mars 2018 Perspectives de l’emploi cadre 2018, Apec, février 2018 Résolutions. Contributions au « Tour de France de l’égalité », Cese, janvier 2018
Les métiers en 2022, France Stratégie-Dares, avril 2015
Agir pour la mixité des métiers, Cese, novembre 2014

Femmes actives : en 2017, 68 % des femmes étaient actives contre 76 % des hommes. Leur taux d’activité a progressé de 3 points entre 2007 et 2017 (contre 1,2 pour les hommes).
• CDD : les femmes salariées sont davantage en CDD que les hommes (13 % contre 9 %).
• Intérim/Apprentissage : elles sont deux fois moins nombreuses que les hommes à être intérimaires ou apprenties.
• Chômage : depuis 2013, le taux de chômage des femmes est inférieur à celui des hommes (9,3 % contre 9,5 % en 2017).
• Statut : 91 % des femmes sont salariées contre 85 % des hommes ; les hommes sont plus fréquemment indépendants (non-salariés) que les femmes : 15 % contre 9 %.
• Cadres : la part de cadres reste moins élevée chez les femmes que chez les hommes : 15 % contre 21 %.