« Les invisibles » se montrent

Le film de Louis-Julien Petit est une comédie sociale qui rend visibles les femmes de la rue et celles qui les aident, des oubliées du quotidien.

Film un peu hybride, « Les invisibles » mélange des actrices et des femmes qui ne jouent rien d’autre que ce qu’elles sont.
Film un peu hybride, « Les invisibles » mélange des actrices et des femmes qui ne jouent rien d’autre que ce qu’elles sont.

Ancrés au plus près de la réalité, les films de Louis-Julien Petit sont des chroniques sociales. « Carole Matthieu » (avec Isabelle Adjani en médecin du travail) évoquait la maltraitance en entreprise ; auparavant, « Discount » était une fable, où les employés d’une supérette créaient un magasin alternatif et clandestin avec les produits destinés à être jetés. On retrouve ce même ton, mêlant humour et gravité, la même façon de raconter joyeusement des événements dramatiques, dans « Les invisibles » (sortie le 9 janvier 2019).

Ces invisibles, ce sont les femmes de la rue, évoquées précédemment par Claire Lajeunie dans un livre, « Sur la route des invisibles », et un documentaire, « Femmes invisibles, survivre dans la rue », matières premières à la fiction de Louis-Julien Petit. Si c’est dans le Nord qu’il a tourné, cette histoire pourrait se dérouler n’importe où ailleurs en France. C’est à L’Envol, un centre d’accueil de jour, que se retrouvent Amel Bent, Piaf, Lady Di, Brigitte Bardot, Salma Hayek, Beyonce, Catherine Lara, Brigitte Macron, Dalida et les autres… Des femmes, sdf, qui y traînent leurs cabas, et y trouvent pour la journée à la fois un abri et un peu d’humanité.

Là, elles sont accueillies par d’autres « invisibles », « celles qu’on n’aide pas à aider les autres », des travailleuses sociales, des bénévoles, qui n’ont pas forcément des vies très gaies non plus. Lorsque le centre est menacé de fermeture, toutes vont s’épauler pour tenter de s’en sortir, échapper à la misère, la galère, ensemble, y compris en dehors de la légalité et du système.

L’entraide, la bienveillance, la gaieté et la camaraderie

« Les invisibles » est ainsi un film un peu hybride : proche du documentaire lorsqu’il montre le démantèlement d’un camp, la violence de la grande précarité, il se fait comédie en racontant, sans compassion, l’entraide, la bienveillance, la gaieté et la camaraderie. Hybride aussi son casting, qui mélange de vraies actrices et de vrais gens. Audrey Lamy tient un rôle dramatique en assistante sociale dévouée, Corinne Masiero est une directrice fatiguée qui retrouve de l’énergie, Noémie Lvovsky une bénévole aussi maladroite que généreuse, et Deborah Lukumuena (vue dans « Divines ») une stagiaire un peu grande gueule.

Mais les femmes les plus touchantes ne jouent rien d’autre que ce qu’elles sont, des rescapées de la vie, « à la fois fragiles et combatives », aux mille malheurs, telle cette femme battue qui a tué son mari violent et a appris en prison l’art de tout réparer. Tous les êtres humains ne sont pas réparables, mais Louis-Julien Petit voit les travailleuses sociales comme « des résistants modernes », et les femmes de la rue comme des héroïnes. Et c’est avec un ton juste, drôle et réaliste, qu’il rend visibles toutes ces invisibles, les oubliées du quotidien.

Patrick TARDIT

« Les invisibles », un film de Louis-Julien Petit (sortie le 9 janvier 2019).

 



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