Une semaine après les pillages du 17 octobre, Nice a vécu un samedi sous tension. Malgré l’interdiction préfectorale de manifester, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées en centre-ville avant d’être dispersées. Les forces de l’ordre ont multiplié les moyens pour empêcher tout regroupement.

Par Bernard Aubin
Le souvenir des dégâts causés dans le centre-ville lors de la précédente journée de mobilisation a dicté la stratégie des autorités. Le préfet des Alpes-Maritimes a pris un arrêté interdisant, de 8h à minuit, tous les regroupements, cortèges et manifestations revendicatives dans plusieurs secteurs : la gare, le Carré d’Or, la place Masséna, l’avenue Gambetta, le Vieux-Nice et le port. De fait, les contrevenants s’exposent à une amende pouvant atteindre 135 euros.
Un dispositif massif
La préfecture a annoncé vouloir empêcher tout début de regroupement interdit et protéger les commerces contre les dégradations et les pillages. Le dispositif déployé à Nice est l’un des plus importants de ces dernières semaines : 450 policiers nationaux, aux côtés de 310 policiers municipaux. Des CRS, des enquêteurs de la police aux frontières, des équipes cynophiles et des gendarmes du PSIG complètent les effectifs.
Deux moyens lourds ont marqué la journée. Un blindé du RAID a été positionné en ville. Un camion lance à eau a aussi été déployé : arrivé de Lyon, ce véhicule blindé a une capacité de plus de 6 000 litres. Face à ce dispositif, plusieurs enseignes de l’avenue Jean-Médecin avaient barricadé leurs vitrines ou fait appel à des agents de sécurité privée dès la veille au soir.
Dispersion place Masséna, puis cortège sauvage
Les premiers rassemblements se sont formés vers 14h. Plusieurs centaines de manifestants se sont réunis place Masséna, où les CRS les ont rapidement encerclés avant de les disperser. L’évacuation s’est déroulée dans le calme, selon la presse locale.
La mobilisation ne s’est pas éteinte pour autant. À 14h40, un cortège sauvage s’est dirigé vers la Promenade des Anglais, où les CRS ont averti qu’ils feraient usage de la force. Les estimations de participation divergent : la préfecture a d’abord évoqué environ 1 000 personnes, puis 600 personnes selon un comptage par drone, dans un cortège qui se perdait progressivement dans les rues.
Sur le terrain, nous avons constaté que des groupes de manifestants tournaient en rond à plusieurs reprises pour tenter de regagner le centre-ville, systématiquement repoussés par les forces de l’ordre. Au moment où nous écrivons ces lignes, le préfet a annoncé 26 interpellations après la découverte de protections contre les gaz lacrymogènes.
Un défilé « de soutien à la police » ?
Fait notable de l’après-midi : une centaine de personnes, qualifiées par certains médias de militants d’« extrême droite », ont défilé derrière une banderole « Touche pas à ma ville ». Elles disaient être venues exprimer leur soutien à la police. Elles entonnaient des chants en Nissart, le dialecte local.
Des slogans loin des revendications officielles
Du côté des manifestants conventionnels, nous avons entendu une Marseillaise et vu quelques drapeaux français. Placés où nous étions, nous n’avons pratiquement relevé aucune expression en phase avec les revendications officielles contre la vie chère ou la problématique des lycées, hormis quelques pancartes noyées dans la masse. En revanche, la foule a entonné à de multiples reprises « ACAB, ACAB », sigle en anglais très hostile aux forces de l’ordre.
Un contexte déjà tendu
Cette journée s’inscrit dans le prolongement des violences du 17 octobre. 114 personnes ont été interpellées en deux jours à Nice, et le préfet a fait état de douze policiers blessés. Un couvre-feu pour les mineurs, de 21h à 6h, est en vigueur dans les zones concernées du centre-ville jusqu’au 25 octobre.
À 18h00, la situation semblait rester sous contrôle des forces de l’ordre dans le centre-ville même si des heurts entre manifestants et forces de l’ordre étaient signalés. Le dispositif devait rester en place jusqu’à minuit, heure de fin de l’interdiction. Mais les manifestants n’ont pas dit leur dernier mot et font entendre leurs voix dans la ville. Le face à face avec les forces de l’ordre se poursuit. Et ces dernières ne sont pas avares de bombes lacrymogènes.